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Le choix de Trump en matière de changement climatique

WASHINGTON, DC – La planification est la clé de toute action militaire réussie – comme, à bien des égards, de la réussite en général – et les Marines des États-Unis comme moi en sommes fiers. Mais, si vous avez passé 30 ans dans l'armée, comme c’est mon cas, vous savez qu'un plan efficace ne peut être statique; les environnements opérationnels changent souvent de façon surprenante ou inattendue. La victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine au début du mois constitue un tel changement.

Cela prendra sans doute un certain temps avant que nous comprenions parfaitement le nouvel environnement opérationnel. Mais nous devons commencer à nous ajuster – et continuer à le faire au fur et à mesure que des faits nouveaux viennent au jour. A défaut, nous risquons de devenir vulnérables faces à de graves menaces stratégiques – dont la pire sera probablement le changement climatique.

L'augmentation de la température de la surface de la Terre représente un changement fondamental dans l'environnement opérationnel mondial, à la fois sur le plan économique et militaire. Ce n’est pas tant que certaines soi-disant « élites » pensent que le climat va légèrement se réchauffer. Le changement climatique n’est pas trivial; ses répercussions sur la sécurité ne le sont pas non plus.

Le changement climatique représente ce que nous appelons dans l'armée un « multiplicateur de menaces ». Son lien avec les conflits n’est pas linéaire. Au contraire, il intensifie et complique les risques de sécurité existants, en augmentant la fréquence, l'ampleur et la complexité des missions futures.

L'urgence de la menace climatique augmente de plus en plus rapidement. Le changement climatique est déjà en train d’élargir le champ des opérations militaires : la Marine et la Garde côtière américaines évaluent en ce moment la possibilité de nouvelles missions en Arctique, et l’intensification des ouragans, typhons et sécheresses augmentent la demande pour des réponses humanitaires assistées par l’armée, notamment dans le Pacifique.

Alors que le climat de plus en plus extrême remodèle les schémas de migration, le nombre de personnes déplacées (déjà à des niveaux records dans le monde) augmentera, et la concurrence pour les ressources essentielles (telles que l'eau, la nourriture et l'énergie) augmentera elle aussi. Ces effets seront particulièrement déstabilisateurs dans des contextes déjà volatiles, aggravant de nombreux défis comme la mauvaise gouvernance, les inégalités économiques et les tensions sociales – et produisant des conflits vraiment toxiques. Voilà pourquoi nous appelons le changement climatique « un accélérateur d'instabilité ».

C’est le moins que l’on puisse dire. L’ensemble de l'establishment de la sécurité nationale des USA est clair à ce sujet. En fait, l'armée américaine a reconnu le changement climatique comme risque de sécurité majeur depuis plus d'une décennie, ce qui en fait un leader mondial sur ce front. L'an dernier, la Stratégie nationale de sécurité a réitéré ce point de vue, identifiant le changement climatique comme un risque stratégique de haut niveau pour les intérêts américains, aux côtés de facteurs tels que le terrorisme, la crise économique et la prolifération des armes de destruction massive.

Il ne s’agit pas de mots vides. L'armée américaine a intégré depuis longtemps le changement climatique dans sa planification. Après tout, les pires échecs de sécurité – par exemple, l'attaque japonaise sur Pearl Harbor, qui a entraîné les Etats-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, ou les attaques terroristes du 11 Septembre 2001 – ont tendance à provenir d’un défaut de préparation.

A la lumière de cette leçon, sous l'administration du président George W. Bush, une législation a été adoptée pour exiger que tous les organismes de défense des États-Unis examinent les effets du changement climatique sur le développement futur de la politique stratégique. Au cours des quatre dernières années, le ministère de la Défense a publié une série de directives qui mettent la préparation au changement climatique au centre de nos actions.

Il est trop tôt pour dire ce que l'administration de Trump fera à propos du changement climatique. Durant la campagne, il a promis d'annuler certaines politiques climatiques clés, menaçant même de se soustraire à l'accord de Paris sur le climat. Il est extrêmement important que son cabinet et lui-même reconnaissent que de donner suite à ces promesses relèverait  d’un manque extrême de vision à long terme.

La vérité, c’est qu’il est dans le meilleur intérêt de l'Amérique de rester sur le chemin vers un avenir plus propre, tant en termes de sécurité qu’économiques. Déjà, la révolution des énergies propres a créé des emplois, des revenus et de l'industrie dans l’Amérique rurale. Il s’agit d’une source d'opportunités incalculables. Et, l’identification de nouvelles opportunités n’est-elle pas une des grandes forces de l'Amérique?

L'environnement opérationnel économique changeant renforce ces opportunités. La Chine, l'Inde et d'autres économies émergentes sont en concurrence pour devenir la superpuissance mondiale des énergies propres; il ne serait pas dans l'intérêt de l'Amérique de se laisser distancer. Si l'Amérique veut retrouver sa grandeur, comme Trump l’a promis, elle a besoin de construire davantage d'industries orientées vers l'avenir capables de rivaliser à l'échelle mondiale – et de fournir des emplois aux travailleurs américains.

En outre, l'administration de Trump devra continuer le travail de l'armée américaine et créer une stratégie de sécurité nationale plus résiliente. L’American Security Projet, dont je suis le Directeur général, serait heureux de fournir à l'administration Trump des conseils et solutions pertinents. Nous appellerons également l'administration à rendre des comptes si elle ne parvient pas à protéger adéquatement les intérêts américains.

Ignorer ces menaces pourrait fonctionner sur le plan politique, mais cela est impossible dans le domaine de la sécurité. Nier la réalité du changement climatique ne la fera pas disparaître; au contraire, cela éroderait l'économie et exposerait les Etats-Unis à de graves risques. Cela reviendrait à un échec de Trump à remplir une de ses responsabilités les plus importantes en tant que président: assurer la sécurité du peuple américain.

Des risques stratégiques graves ne peuvent pas être un jouet politique. La menace du changement climatique ne s’accommode pas aisément de la fracture gauche-droite; elle est – et doit rester – une partie de la planification stratégique des États-Unis. Toute personne ayant été impliquée dans ce genre de planification sait qu’il n’est pas possible de se préparer uniquement pour les guerres que nous voulons combattre; nous devons nous préparer pour toutes les guerres à venir, que cela nous plaise ou non.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont