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Employer la technologie pour l’emploi

NEW YORK – À mesure que l’innovation technologique transforme nos économies, ceux qui travaillent font tout ce qu’ils peuvent pour réussir : traverser les frontières, changer d’emploi, lancer une entreprise. Mais les systèmes de protection sociale évoluent beaucoup trop lentement, ce qui signifie que ces travailleurs en transition sont souvent extrêmement vulnérables.

Il n’y a pas si longtemps, la plupart des salariés effectuaient toute leur carrière dans la même branche, voire dans la même entreprise. Mais aujourd’hui, 40 % des personnes occupant un emploi dans l’Union européenne sont contraintes à des conditions atypiques (temps partiel et contrat à durée variable) ou sont leur propre employé. En moyenne, un Américain occupera aujourd’hui onze emplois différents au cours de sa vie active, et souvent simultanément.

Au niveau mondial, le McKinsey Global Institute estime que d’ici 2030, jusqu’à 375 millions de travailleurs (14 % de la main-d’œuvre planétaire) devront changer de métier afin de remplir les besoins d’un marché du travail en pleine mutation. En outre, tous les travailleurs devront s’adapter – acquérir de nouveaux savoirs et de nouvelles compétences – aux évolutions de leur emploi dans un environnement mécanique de plus en plus efficace et autonome. Si l’automation décidera de l’avenir du travail, la formation continue décidera de celui des travailleurs, et plus encore avec l’allongement de leur durée de vie.

Surmonter ces changements, sans sacrifier la dignité, l’autonomie ou l’ambition, exigera que nous puissions combiner mobilité économique et protection financière, cette dernière pouvant être assurée par un nouveau genre de protection sociale – en l’occurrence un régime de prestations individualisées. Ainsi les travailleurs n’auraient-ils pas à choisir entre la perspective d’une vulnérabilité inévitable s’ils changent de métier et la nécessité de s’accrocher à un emploi qui finira par devenir obsolète pour conserver leur protection sociale. Car tout comme elle bouleverse leur vie au travail, la technologie peut les protéger, en permettant le versement des prestations tout au long de la vie active, quel que soit le type d’emploi occupé ou la localisation de cet emploi sur la planète.

Certains États ont d’ores et déjà entrepris de répondre à cette ambition. En 2015, la France a mis en place un compte formation individuel pour tous ceux qui travaillent dans le secteur privé, accessible depuis l’entrée sur le marché du travail jusqu’à la retraite. Chaque personne employée reçoit vingt-quatre heures de formation par année de travail à temps plein, jusqu’au seuil de 120 heures, après lesquelles une année de travail ouvre droit à 12 heures de formation.

Plus récemment, Singapour a créé des « comptes individuels d’enseignement » pour chaque citoyen âgé de plus de vingt-quatre ans. Les crédits du compte peuvent être dépensés auprès de formateurs agréés. Des modèles du même genre sont à l’étude au Canada, en Chine et en Égypte. Aux États-Unis, dans quelques États et quelques villes, les législateurs rédigent des projets de loi pour mettre à l’essai et financer des allocations transportables.

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Mais le développement de la portabilité des droits ne doit pas être de la seule responsabilité de la puissance publique. Le secteur privé doit aussi contribuer à garantir à toutes celles et à tous ceux qui travaillent – des migrants aux mineurs en passant par le graphiste d’une agence de publicité – un accès aux outils et aux services dont ils ont besoin pour assurer leur sécurité financière aujourd’hui et demeurer agiles et productifs tout au long de leur vie.

Fort heureusement, des progrès sont aussi réalisés en ce sens, puisque certaines startups disposent des technologies centrées sur la personne qui serviront de base à la protection sociale du futur. Ainsi Trezeo propose-t-elle d’ouvrir un compte en banque qui, grâce à l’intelligence artificielle, accorde des prêts sans intérêts et garantit une rémunération décente aux travailleurs indépendants, même durant les périodes de ralentissement de leur activité. En France, Bob Emploi utilise l’intelligence artificielle et les statistiques publiques pour fournir aux demandeurs d’emploi un diagnostic personnalisé de leur recherche.

Pour soutenir les progrès dans ce domaine, Mastercard s’est joint au Future Work Centre de la Royal Society for the encouragement of Arts, Manufactures and Commerce (RSA) afin de créer l’accélérateur dénommé Economic Security Impact. Ce partenariat – qui vise à faciliter la conception puis la mise en place d’initiatives innovantes pour la promotion d’un travail de qualité et de l’intégration citoyenne, tout en garantissant aux ménages des revenus fiables et surs – montre que les acteurs du secteur privé peuvent unir leurs efforts pour découvrir de nouvelles façons de travailler en mettant à profit leur technologie et leur savoir-faire.

Nous avons pu observer de près les résultats de ce genre de projets. La plateforme numérique Jaza Duka – partenariat entre Mastercard, Unilever et la Kenya Commercial Bank – a contribué, depuis son lancement en 2017, à garantir aux petits commerçants l’accès aux fonds de roulement dont ils ont besoin pour affronter la concurrence et se développer.

Mais la mise en place de ce programme sur un marché spécifique n’est qu’un premier pas. Un cadre commun doit aussi être conçu, de sorte que des projets comme celui-ci puissent passer à une plus grande échelle et être mis en œuvre dans des contextes différents. Ainsi l’allocation de « points » plutôt que d’une somme d’argent dans une monnaie déterminée permettraient aux prestations de franchir les frontières dans un monde où les travailleurs en ont eux aussi besoin, de plus en plus. De même, des équivalences conserveraient leur valeur aux formations et aux diplômes, remplissant d’un pays à l’autre les mêmes critères, au gré des déplacements de ceux qui les ont acquis.

Puisque la nature du travail change, celle des systèmes de prestations sociales doit évoluer. Pour que chacun ait sa chance et que tous soient protégés, partout, en un temps de bouleversement technologique généralisé, les pouvoirs publics et le secteur privé doivent agir ensemble pour proposer des solutions innovantes qui répondent aux besoins urgents et changeants des travailleurs. La meilleure façon d’y parvenir est de tirer parti des technologies qui sont précisément responsables de la désorganisation.

Traduit de l’anglais par François Boisivon

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