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La politique énergétique de Trump, une menace pour la planète

MADRID – Cette année, le Jour de la Terre, le 22 avril 2017, est le premier anniversaire de la signature de l'accord de Paris sur le climat signé par 195 pays. Ce traité multilatéral entré en vigueur en novembre constitue l'avancée la plus importante réalisée à ce jour par la communauté internationale dans sa lutte contre le réchauffement climatique. Mais ce premier anniversaire est terni par la politique énergétique de Donald Trump.

En 2016, l'année la plus chaude jamais enregistrée, la température moyenne de la planète était supérieure de 0,9° C à sa température moyenne au cours du 20° siècle. Le principal objectif de l'accord de Paris est d'éviter qu'à la fin du siècle la température moyenne de la planète augmente de plus de 2° C par rapport à son niveau de l'époque préindustrielle. De grands pays encore en développement comme la Chine et l'Inde (respectivement le premier et le troisième plus grand producteur de gaz à effet de serre) se sont engagés à respecter cet objectif.

L'accord de Paris établit un cadre véritablement révolutionnaire pour ce type d'engagement : la contribution déterminée au niveau national par chaque pays (NDC, Nationally Determined Contribution). Dans ce cadre, chaque pays signataire précise sa contribution volontaire en faveur de l'objectif commun de limitation des causes anthropogéniques du changement climatique.

Après avoir laissé entendre au cours de la campagne présidentielle qu'il allait "annuler" l'accord de Paris, Trump a déclaré conserver "un esprit ouvert" à ce sujet. Mais tandis que le monde attend sa décision, son gouvernement a présenté un projet de budget qui ne correspond en rien à l'esprit de l'accord de Paris.

Trump propose de supprimer le financement fédéral en faveur de la recherche scientifique sur le réchauffement climatique et de diminuer de presque un tiers celui de l'Agence pour la protection de l'environnement. Et comme si ce n'était pas suffisant, il a signé récemment un décret présidentiel ordonnant aux agences gouvernementales d'annuler le plan climat d'Obama (Clean Power Plan) destiné à limiter les émissions des centrales à charbon et à encourager les énergies renouvelables. "Mon administration arrête la guerre contre le charbon", a-t-il déclaré lors de la signature du décret.

Il a ensuite promis de parvenir à un "charbon propre, vraiment propre". Mais parler de "charbon propre" est un oxymore. Au mieux, nous pouvons espérer un charbon moins polluant en appliquant des mesures dont l'efficacité prête à discussion entre les spécialistes de l'environnement.

Quoi qu'il en soit, la politique de Trump ne va probablement pas arrêter la baisse marquée de la production charbonnière aux USA. Et dans le contexte d'un allégement de la réglementation que souhaite Trump, le soi-disant charbon propre ne pourra pas concurrencer le charbon traditionnel. Du point de vue commercial, le "charbon propre" n'est envisageable qu'avec les incitations voulues, notamment la fixation d'un prix pour le carbone.

Par ailleurs, l'industrie américaine du charbon va continuer à perdre du terrain par rapport à un autre secteur qui a les faveurs de Trump : le gaz de schiste. Au cours de la dernière décennie, l'augmentation de la production de gaz de schiste a poussé à la baisse le prix du gaz naturel, faisant reculer la part du charbon dans la production d'énergie aux USA.

Le gaz naturel est également une énergie fossile, mais il génère moitié moins de CO2 que le charbon traditionnel. En principe il est moins nocif dans la mesure où sa production est organisée pour empêcher le méthane, le principal composant du gaz naturel, de se répandre dans l'atmosphère. Malheureusement, au vu du contenu du décret présidentiel de Trump, il semble que rien ne sera fait en ce sens.

Les forces du marché à elles seules ne permettront pas de parvenir à une économie décarbonée, elles ont cependant un rôle crucial. Le secteur privé considère maintenant les énergies renouvelables comme un secteur potentiellement rentable. Aux USA, le coût de l'énergie éolienne a chuté de 66% depuis 2009 et celui de l'énergie solaire à l'échelle industrielle de 85%. Enfin, d'après un rapport récent du ministère américain de l'énergie, les emplois dans l'éolien et le solaire ont augmenté respectivement de 32% et de 25% en 2016.

Les priorités politiques de Trump s'opposent à celles de plusieurs Etats comme la Californie qui encouragent les innovations technologiques qui permettent de lutter contre le réchauffement climatique. Heureusement pour la planète, les autres grandes puissances ne suivent pas l'exemple de Trump et ne renoncent pas à leurs engagements en faveur du climat.

La Chine - parfaitement consciente de la gravité de ses problèmes environnementaux - comprend tout l'intérêt qu'il y a à investir dans les énergies renouvelables. C'est également le cas de la Commission européenne qui paraît considérer depuis peu que la croissance économique peut être dans une certaine mesure découplée des émissions de gaz carbonique. L'Europe et la Chine reconnaissent maintenant elles aussi les avantages géostratégiques liés aux énergies renouvelables, notamment une plus grande sécurité énergétique, car elles diminuent la vulnérabilité face aux catastrophes naturelles et au terrorisme.

Contrairement à ce que prétend Trump, sa politique en faveur du pétrole et des énergies fossiles ne va pas renforcer l'indépendance énergétique des USA mais lui nuire, parce qu'elle permettra à d'autres pays de prendre la tête dans les efforts destinés à résoudre le problème politique et économique majeur du 21° siècle. On peut dire la même chose du rejet par Trump du Partenariat transpacifique que la Chine cherche déjà à remplacer par un pacte commercial régional excluant les USA.

En raison des paramètres du marché, la politique de Trump n'a eu que peu de conséquences dans l'immédiat, mais elle pourrait remettre en question les engagements à long terme des USA dans le cadre de l'accord de Paris. Mais s'il décide finalement d'abandonner (plutôt que "d'annuler") l'accord, cela pourrait être lourd de conséquences pour la lutte internationale contre le réchauffement climatique. Il est à noter que même ExxonMobil est de cet avis.

La lutte contre le réchauffement climatique est loin d'être terminée. Si nous maintenons les émissions de gaz à effet de serre à leur niveau actuel, nous n'atteindrons pas les objectifs fixés par l'accord. Indépendamment de l'attitude des marchés à l'égard des énergies renouvelables, il faut améliorer les réglementations nationales (par exemple en ce qui concerne la fixation du prix du carbone) pour créer des incitations financières et gérer les facteurs négatifs qui accompagnent la production d'énergie.

La stabilité du climat constitue un objectif d'intérêt général pour la planète auquel on ne parviendra que par une coordination internationale telle que celle incarnée par l'accord de Paris ; c'est pourquoi nous devons le défendre. Répandre des doutes sur son importance ou sur les preuves scientifiques du réchauffement climatique serait une erreur désastreuse.