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La révolution des données en faveur du développement durable

NEW YORK – De plus en plus d’observateurs font savoir combien la réussite des Objectifs de développement durable (ODD), qui seront adoptés le 25 septembre lors d’un sommet spécial des Nations Unies, dépendra de la capacité des gouvernements, des entreprises et de la société civile à tirer parti des données dans le cadre des processus décisionnels. Comme je l’ai déjà souligné, la clé consistera à investir dans la construction de systèmes de données innovants, pouvant s’appuyer sur de nouvelles sources de données en temps réel sur le chemin du développement durable.

Nous vivons dans un monde fondé sur les données. Annonceurs publicitaires, compagnies d’assurance, agences de sécurité nationales et autres conseillers politiques ont à ce jour appris à puiser dans ce que l’on appelle le big data, et parfois à nos dépends ; c’est également de cette manière que procèdent nombre de scientifiques et chercheurs, accélérant ainsi les progrès autour de nouvelles découvertes. Or, la communauté mondiale du développement se montre plus lente dans l’exploitation de ces avantages – notamment parce qu’une trop grande part des données relatives au développement demeure encore aujourd’hui collectée au moyen d’approches fastidieuses, à la traîne par rapport aux capacités technologiques d’aujourd’hui.

 1972 Hoover Dam

Trump and the End of the West?

As the US president-elect fills his administration, the direction of American policy is coming into focus. Project Syndicate contributors interpret what’s on the horizon.

L’une des manières d’améliorer la collecte des données, ainsi que leur utilisation en faveur du développement durable, consisterait à établir une liaison active entre d’une part les prestations de services et, d’autre part, la collecte et le traitement des données en vue d’une prise de décision. Songez aux services dans le domaine de la santé. Chaque jour, au sein des villages reculés des pays en voie de développement, les travailleurs de la santé communautaire aident les patients à lutter contre les maladies (tels que le paludisme), à se rendre dans des cliniques en vue d’une visite médicale, à recevoir des vaccins essentiels, à obtenir des diagnostiques (via la télémédecine), ainsi qu’à accéder à une aide d’urgence pour leurs nouveau-nés et leurs jeunes enfants (notamment face à la malnutrition chronique). Or, les informations issues de telles consultations ne sont généralement pas collectées ; et même lorsqu’elles sont inscrites sur le papier, elles ne sont bien souvent jamais réutilisées.

Il existe désormais un moyen beaucoup plus intelligent de procéder. Les travailleurs de la santé communautaire sont de plus en plus appuyés par des applications sur smartphone, qu’ils peuvent utiliser afin de saisir des informations liées aux patients lors de chaque visite. Ces informations peuvent être transmises directement à des tableaux de gestion de la santé publique, que les professionnels de la santé peuvent utiliser afin de détecter un début d’épidémie, une défaillance dans les chaînes d’approvisionnement, ou encore un besoin de renforcement de l’effectif technique. De tels systèmes peuvent permettre l’inscription en temps réel d’événements essentiels, parmi lesquels naissances et décès, voire utiliser les fameuses autopsies verbales afin de contribuer à l’identification des causes d’un décès. Enfin, dans le cadre des dossiers médicaux électroniques, ces informations peuvent être utilisées lors de futures consultations chez le médecin, ou afin de rappeler aux patients la nécessité de visites de suivi ou d’interventions médicales.

Il existe dans le domaine de l’éducation une opportunité tout aussi considérable. À l’heure actuelle, les taux d’inscription scolaire ont tendance à être calculés sur la base des enregistrements d’étudiants au début de l’année scolaire, bien que la scolarisation réelle puisse être significativement inférieure au taux d’inscription. Par ailleurs, il arrive que les fonctionnaires désireux de présenter des taux d’inscription supérieurs manipulent les données d’enregistrement, de telle sorte que nous ne pouvons jamais véritablement nous figurer le nombre d’élèves véritablement présents à l’école.

Grâce aux applications mobiles, les travailleurs de l’éducation au sein des écoles et des communautés ont la possibilité d’inscrire les présences d’étudiants et de professeurs de manière transparente et en temps réel, ainsi que de suivre plus facilement les élèves devenus déscolarisés, notamment lorsque les raisons d’une telle déscolarisation auraient pu être surmontées via l’intervention éclairée des travailleurs de l’éducation dans les communautés. Ces informations peuvent être intégrées automatiquement à des tableaux de gestion, que les responsables de l’administration scolaire peuvent utiliser pour effectuer un suivi des avancées dans des domaines clés.

Une telle collecte des données promettrait d’accélérer le développement durable en améliorant les processus décisionnels. Mais il ne s’agit là que d’une première étape. Il est également nécessaire que ces techniques soient utilisées pour la collecte de plusieurs indicateurs clés dans la mesure des avancées autour des ODD.

Tant il est vrai que le suivi des progrès à des intervalles fréquents, ainsi que la publication des réussites et des retards, sont indispensables au maintien du monde sur la voie censée le conduire à l’accomplissement de ses ambitieux objectifs à long terme. Une telle démarche nous permettrait non seulement de récompenser les États les plus efficaces en direction du progrès, mais également de responsabiliser les gouvernements à la traîne autour de leurs faibles performances afin, espérons-le, de les encourager à redoubler d’efforts.

La nécessité de telles mesures en temps réel est devenue apparente au cours des 15 dernières années, période au cours de laquelle le monde a œuvré en direction des Objectif du millénaire pour le développement. Dans la mesure où de nombreux indicateurs clés ne sont à ce jour pas encore collectés en temps réel, mais seulement au travers d’études rétrospectives laborieuses auprès des ménages, les indicateurs relatifs à l’objectif majeur de la réduction de la pauvreté sont dépassés de plus de cinq ans dans de nombreux pays. En effet, alors même que le monde vise des objectifs pour 2015 en termes de pauvreté, de santé et d’éducation, certaines de ses données clés ne remontent pas plus loin qu’en 2010.

Fort heureusement, la révolution des technologies de l’information et des communications, ainsi que la propagation d’une couverture haut-débit quasiment partout, pourrait bien reléguer rapidement ce retard à une situation du passé. Comme l’a indiqué le rapport intitulé A World that Counts: Mobilizing the Data Revolution for Sustainable Development, il nous faut moderniser les pratiques utilisées par les bureaux de statistiques et autres agences publiques, tout en puisant dans de nouvelles sources de données, d’une manière réfléchie et créative qui vienne complémenter les approches traditionnelles.

Grâce à une utilisation plus efficace des données intelligentes – collectées lors de prestations de services, de transactions économiques, et de détections à distance – la lutte contre l’extrême pauvreté pourra être favorisée, le système énergétique mondial pourra être rendu plus efficient et moins polluant, tandis que des services vitaux tels que la santé et l’éducation pourront être rendus plus efficaces et plus accessibles.

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Face à cet horizon révolutionnaire, un certain nombre de gouvernements, notamment les États-Unis, ainsi que d’entreprises et autres partenaires, ont annoncé des projets de lancement d’un nouveau « Partenariat mondial relatif aux données du développement durable » ce mois-ci à l’ONU. Ce nouveau partenariat aura pour objectif de renforcer la collecte des données ainsi que les efforts de suivi via la levée de fonds supplémentaires, d’encourager le partage des connaissances, d’abaisser les principales barrières à l’accès et à l’utilisation des données, ainsi que d’identifier de nouvelles stratégies liées au big data afin de remettre à niveau les systèmes statistiques mondiaux.

Le Réseau des solutions pour le développement durable de l’ONU appuiera ce nouveau partenariat mondial en créant un nouveau Réseau thématique relatif aux données pour le développement durable, qui réunira des scientifiques, penseurs, et experts majeurs en matière de données, issus de différents secteurs et disciplines, afin de former un centre d’excellence autour des données. Nous sommes ravis de présider ce réseau, qui trouve en son cœur l’engagement consistant à transformer les chiffres en réelles avancées dans le domaine du développement. Nous sommes profondément convaincus que la révolution des données peut également constituer une révolution pour le développement durable, et nous encourageons les partenaires du monde entier à nous rejoindre.