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Non au fondamentalisme vert

BORDEAUX – La climatologie, qui met aujourd’hui l’accent sur le réchauffement climatique, est une science encore comparativement nouvelle. Or, malgré la nature relativement récente des recherches dans ce domaine, un consensus sans équivoque s’est imposé : le changement climatique – provoqué en grande partie, mais pas exclusivement, par l’activité humaine – menace aujourd’hui notre mode de vie et nous devons trouver les moyens de le combattre.

Mais je pense aussi que l’approche fondamentaliste adoptée par certains cercles est à la limite de l’acceptable. Comment les fondamentalistes verts peuvent-ils défendre une réduction de la croissance économique comme solution au problème du réchauffement climatique quand des hommes, des femmes et des enfants, par centaines de millions, dans le monde entier, vivent encore dans une pauvreté abjecte et ont désespérément besoin d’aide ?

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Climate Change in the Trumpocene Age

Bo Lidegaard argues that the US president-elect’s ability to derail global progress toward a green economy is more limited than many believe.

Les habitants des régions les moins favorisées ont droit au développement économique de manière à ce qu’ils puissent produire leur propre nourriture, qu’ils aient accès à l’eau potable, qu’ils vivent dans des conditions décentes et puissent bénéficier de tous les avantages représentés par les hôpitaux et les écoles. Ce sont des droits humains fondamentaux, qui ne peuvent être obtenus que par la croissance, et non la stagnation, économique.

Au début du XXe siècle, une personne sur dix seulement vivait dans une ville ou une métropole. Ce pourcentage est aujourd’hui d’une sur deux – soit 3,3 milliards de personnes, selon les statistiques des Nations unies – et le nombre de citadins devrait s’élever à 70 pour cent de la population mondiale à l’horizon 2050. Les villes représentent donc le défi de développement le plus crucial de tous. Au fur et à mesure que les villes continuent à croître et à s’étendre partout dans le monde, réduire la consommation énergétique et améliorer la qualité de vie nous impose de veiller à que leurs habitants n’aient que des déplacements relativement courts à faire pour se rendre à leur travail.

L’expression française qui veut que les petits ruisseaux fassent les grandes rivières reflète le type de stratégie que je pense être efficace pour lutter contre le réchauffement climatique par le biais d’un développement durable. Des actions entreprises localement, développées par la suite dans le cadre d’échanges entre cités, pourraient à longue échéance avoir un impact mondial. C’est pour cette raison que je tiens à encourager les initiatives locales ayant une perspective globale.

Parmi les points soulevés lors de la Conférence de Copenhague sur le climat en décembre dernier figurait l’incapacité des États membres de l’UE à mettre au point un accord international post Kyoto pour lutter contre les changements climatiques. Fort heureusement, la situation a évolué depuis lors et les 110 pays responsables de 80 pour cent des émissions de gaz à effet de serre – dont le Brésil, la Chine et l’Inde – soutiennent aujourd’hui l’accord conclu à Copenhague.

Il est toutefois essentiel de ne pas s’en tenir là. Nous devons faire en sorte que les prochaines conférences sur le changement climatique, tel le sommet de Cancún à la fin de cette année, soient pleinement exploitées pour transformer les bonnes intentions en un accord international qui s’applique autant aux pays développés qu’aux pays en développement.

L’accord de Copenhague prévoit que les pays industrialisés financent les réductions et autres ajustements nécessaires des pays en développement grâce à une aide de 30 milliards de dollars, qui doit atteindre 100 milliards de dollars entre aujourd’hui et 2020. Mais l’accord ne précise pas qui assumera les coûts spécifiques de ce financement.

L’accord se limite à entériner les objectifs largement acceptés d’une stabilisation de la concentration de CO2 à moins de 450 parties par million et d’une augmentation de 2° au maximum de la température mondiale. Mais ces objectifs sont-ils réalistes ? S’ils ne le sont pas, nous devons garder à l’esprit l’avertissement contenu dans le rapport Stern disant qu’à défaut d’agir maintenant, le coût d’une action future sera bien plus élevé.

Le fait que tous les pays prenant part au processus politique sur le changement climatique soient traités de manière équitable signifie que l’Europe est encore en mesure d’exercer une influence considérable. Nul doute que la situation ait nettement progressé depuis Copenhague, quand le principal souci était de conclure un accord entre les pays responsables au premier chef du réchauffement climatique.

Et si mon propre pays, la France, a échoué à montrer l’exemple aux pays en développement en étant ambigu quant aux termes d’une taxe carbone, il est peut-être temps que son empreinte carbone soit intégrée au système communautaire d’échange de quotas d’émissions de CO2. La triste vérité est toutefois que la solution consistant à combiner des taxes et des quotas ne produira pas de résultats assez rapidement pour provoquer un changement véritable et immédiat vers des économies à faibles émissions de carbone ou même sans émissions.

Depuis la conférence de Copenhague, la majorité des principaux pays producteurs de gaz à effet de serre se sont fixés des objectifs ambitieux – sans pour autant leur adjoindre des conditions restrictives. Dans le même temps, de nouveaux mécanismes ont été mis sur pied pour mesurer et évaluer les émissions, ce qui devrait permettre d’effectuer des comparaisons plus claires entre les pays. Ce qu’il reste à faire est de s’assurer que ces efforts soient assumés de manière équitable et viable par tous les pays.

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Parviendrons-nous donc à signer un accord juridique contraignant à Cancún ? Saurons-nous mettre en ouvre des mécanismes de coopération entre les pays comme le Programme collaboratif des Nations unies sur la réduction des émissions liées à la déforestation et la dégradation des forêts dans les pays en développement – le programme ONU-REDD – de façon à empêcher la déforestation et à encourager le transfert et le financement de technologies propres ?

Voici le véritable défi, et même s’il se révèle être ambitieux, de nombreux pays se rendront au sommet de Cancún avec un nouvel espoir en l’avenir, grâce aux progrès accomplis depuis Copenhague.