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Le stress des animaux de laboratoire

Les recherches effectuées sur les animaux ont pour but de mieux connaître les maladies et les moyens de les guérir, et d’évaluer la toxicité des médicaments avant qu’ils soient testés sur les êtres humains. En fait, les études menées sur les animaux ont joué un rôle fondamental dans presque tout progrès médical important.

Bien que les chercheurs souhaitent réduire ou remplacer les tests sur les animaux, les moyens technologiques actuels ne permettent pas encore de s’en passer. Le Conseil de bioéthique de Nuffied estime qu’entre 50 et 100 millions d’animaux, des mouches aux singes, sont mis à mort chaque année dans le cadre des recherches scientifiques. Près de 90 pour cent des vertébrés utilisés sont des rongeurs.

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Obtenir des informations fiables à partir des expérimentations animales nécessite des paramètres stricts : d’autres scientifiques doivent être à même de les reproduire dans des endroits différents. Pour cela, une compréhension approfondie de chaque espèce animale et de sa biologie est essentielle.

Les preuves s’accumulent peu à peu sur le fait que les mammifères utilisés pour la recherche, et en particulier les rongeurs, sont stressés par leurs conditions de vie. Le stress est généralement défini comme un état induit par les instructions données par le cerveau pour que l’organisme s’adapte à des demandes nouvelles ou excessives, lorsque cet organisme perçoit qu’il n’a pas les ressources nécessaires pour y faire face. Les hormones de stress inondent l’organisme et modifient toutes les fonctions organiques et biochimiques, avec des effets multiples sur le métabolisme, la croissance et la reproduction.

Bien que l’environnement des animaux de laboratoire soit en général bien contrôlé pour ce qui est de l’éclairage, de la température et de l’humidité, il existe un large éventail de bruits incontrôlés, dont la plupart découlent des activités humaines : les jets d’eau sous pression, les nettoyeurs de cages, la climatisation/chauffage, les portes qui grincent, les chariots, le déplacement des chaises et le cliquetis des trousseaux de clés.

Les rongeurs sont particulièrement sensibles à ces bruits, et des études ont montré qu’ils ne s’y habituent pas avec le temps, contrairement à ce qu’on pensait. Ces bruits peuvent modifier leur comportement et même les rendre malades. Étonnamment, un nombre élevé de scientifiques ignore qu’un niveau sonore élevé dans les laboratoires peut avoir une influence sur leurs recherches et fausser les résultats.

En plus du bruit se pose le problème de l’exiguïté des cages et de l’absence de distractions telles que roues, étages et tubes, qui permettent aux animaux d’exercer une certaine forme de contrôle sur leur environnement et d’échapper aux attaques d’un compagnon de cage en se réfugiant à un autre niveau ou en se cachant.

La plupart du temps, les chercheurs rechignent à inclure ce genre d’objets dans les cages parce que leurs confrères ne le font pas. Toutefois, la standardisation rigoureuse de l’environnement, en particulier si cela signifie qu’il est minimaliste, augmente le risque que les résultats obtenus, liés à un nombre limité de conditions spécifiques, ne puissent être comparés avec les résultats d’autres chercheurs.

Si les animaux sont stressés, ils peuvent montrer des taux élevés en permanence d’hormones de stress, des taux bas d’hormones sexuelles et des systèmes immunitaires déficients. Ces variables incontrôlées font que les animaux ne sont pas des sujets appropriés pour des études scientifiques. Pour obtenir des résultats fiables, les animaux de laboratoire devraient être en bonne santé et se comporter de manière normale, en dehors des effets spécifiques liés à l’expérimentation. Les chercheurs tendent à88 ignorer les effets de l’environnement sur leurs données expérimentales en estimant qu’ils « s’annulent », entendant par là que leurs animaux témoins vivent dans les mêmes conditions que ceux de leurs collègues. Mais les conclusions de ces expériences sont spécifiques à des animaux stressés et ne peuvent nécessairement s’appliquer à des animaux sains.

L’utilisation accrue de souris génétiquement modifiées depuis leur apparition il y a 20 ans a amplifié le problème. Les souris génétiquement modifiées, qui ont soit un gène ou une paire de gènes manquants (souris mutantes), soit un morceau étranger d’ADN ajouté à leurs chromosomes (souris transgéniques), sont utilisées pour comprendre le fonctionnement de gènes particuliers. Des études commencent à montrer que les conditions de vie d’un animal peuvent complètement modifier les résultats d’études génétiques.

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Une manière plus humaine et efficace de garantir la validité des expérimentations animales serait de placer les animaux dans des conditions qui réduisent l’incidence du stress, comme le toilettage excessif et les bagarres entre animaux. Leur environnement devrait en outre leur permettre de se conduire de manière conforme à leur espèce. Les conduites normales et aberrantes pour chaque espèce pourraient être convenues au plan légal et une liste mise à la disposition des chercheurs. L’adoption d’un environnement adapté aux besoins physiologiques et psychologiques des animaux serait de loin préférable aux conditions minimales, connues sous le terme de « standardisation », en vigueur aujourd’hui.

Les moyens précis utilisés pour atteindre ces objectifs varieront probablement d’un laboratoire à l’autre. Mais le résultat final serait similaire. Tant le bien-être des animaux que la qualité des résultats scientifiques seraient améliorés de manière significative, et permettraient de dégager des données utilisables efficacement dans notre recherche de savoir médical.