9

Améliorer la gouvernance des migrations

DHAKA – Lors du sommet de l’Assemblée générale des Nations Unies de l’an dernier, les dirigeants mondiaux ont promis de coopérer afin que les migrations s’opèrent de manière sécurisée, ordonnée, conforme et responsable. Cette année, il va leur falloir accomplir davantage pour honorer cette promesse.

Les États membres de l’ONU reconnaissent les nombreux bienfaits du phénomène de migration, notamment son rôle dans la stabilisation des marchés mondiaux du travail, la propagation des connaissances et des idées, la création de diasporas qui dynamisent le commerce et l’investissement, et le soutien aux économies du monde entier via l’envoi de fonds depuis l’étranger par des expatriés, qui financent la santé, l’éducation et le logement des membres de leur famille restés dans leur pays d’origine.

Chicago Pollution

Climate Change in the Trumpocene Age

Bo Lidegaard argues that the US president-elect’s ability to derail global progress toward a green economy is more limited than many believe.

Seulement voilà, lorsque les migrations ne sont pas gérées de manière responsable, au travers d’une coopération, ces bienfaits peuvent rapidement laisser place à la déroute, comme l’illustrent les récentes crises survenues en mer Méditerranée, en mer d’Andaman, dans le couloir d’Amérique centrale, au Sahel, ou encore dans la Corne de l’Afrique.

Cette année, plus de 4 300 migrants ont trouvé la mort en tentant d’atteindre leur destination. Rien qu’en mer Méditerranée, pas moins de 3 200 personnes ont perdu la vie, tandis qu’en mer d’Andaman, située à l’Est de la baie du Bengale, plusieurs milliers de migrants se sont retrouvés piégés sur des embarcations sans pouvoir débarquer nulle part, ou tenus en otage par leurs passeurs.

Dans ce contexte, il incombe aux gouvernements membres de l’ONU de reconnaître une dichotomie entre d’un côté les idéaux adoptés l’an dernier et de l’autre la difficile réalité à laquelle continuent d’être confrontés aujourd’hui de nombreux migrants et réfugiés. Les dirigeants mondiaux ont la possibilité d’y remédier ce mois-ci à l’occasion du rassemblement de l’Assemblée générale – et plus précisément dans le cadre de l’actuel et tout premier sommet sur les migrations et les réfugiés.

Il est tout d’abord nécessaire que les dirigeants mondiaux renouvèlent leur engagement en faveur d’une gouvernance globale plus forte en matière de migrations, et qu’ils consentent à organiser une toute première conférence intergouvernementale en 2018, qui devra s’axer exclusivement sur l’établissement d’un nouveau pacte mondial sur les migrations, comme l’a proposé cette année le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon.

La simple perspective de l’établissement d’un nouveau pacte mondial par les États membres de l’ONU constitue en elle-même une avancée significative. Depuis bien trop longtemps, la communauté internationale peine à gouverner efficacement les migrations. À défaut d’institutions de gouvernance globales ainsi que de cadre juridiques permettant de guider la coopération internationale, la plupart des pays sont limités à une gestion unilatérale de leurs propres flux migratoires.

Lorsque les États échouent à gouverner efficacement les migrations, ils créent un vide que viennent combler des acteurs peu scrupuleux : passeurs, trafiquants, et autres individus du crime organisé. Pendant ce temps, États, migrants et communautés d’accueil sont tous perdants, puisqu’ils supportent le coût des migrations sans pour autant bénéficier des avantages qu’elles représentent.

Pour l’heure, l’ONU ne parvient pas à fournir un soutien efficace aux États membres, aux migrants, et aux sociétés qui les accueillent. Il incombe à ses gouvernements membres de se mettre d’accord sur des principes universels, afin d’établir un cadre international de gestion des migrations, et il appartient à l’ONU elle-même de faire de la gestion des migrations l’une de ses missions centrales, plutôt que d’éparpiller les tâches au sein de différentes agences.

La bonne nouvelle, c’est que l’Organisation internationale pour les migrations rejoint dès aujourd’hui le système de l’ONU. Il est prévu que l’OIM joue un rôle majeur dans le cadre de la démarche consistant à rendre la gestion des migrations plus cohérente et plus efficace.

Mon propre pays, le Bangladesh, a lui-même lancé l’idée d’un pacte mondial spécifiquement destiné à améliorer la gestion des migrations. Actuellement à la tête du Forum mondial sur la migration et le développement, le Bangladesh est déterminé à faire en sorte que les leçons apprises viennent appuyer ce pacte mondial. Pour autant, afin d’éviter que soient conclus de nouveaux accords se limitant à reformuler ou à renégocier des ententes existantes, il incombe aux dirigeants mondiaux d’agir dès aujourd’hui en posant les bases institutionnelles et juridiques permettant de rendre opérationnelles les propositions antérieures, et d’accomplir de nouvelles avancées.

Il est nécessaire que la coopération internationale en matière de migrations se fonde sur des accords intergouvernementaux existants, tels que l’Agenda 2030 pour le développement durable, le Programme d’action d’Addis-Abeba 2015, le cadre Cadre 2015 de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe, ou encore le Dialogue de haut niveau sur les migrations internationales et le développement.

Les migrations constituent une problématique à dimensions multiples, et c’est pourquoi elle exige une approche globale qui respecte également les lois et réglementations nationales existantes. Il appartient aux responsables politiques de maximiser les bienfaits économiques des migrations, de faciliter le fonctionnement de voies légales permettant aux migrants ne pas recourir à des alternatives illicites, de réduire les barrières à l’emploi et aux envois de fonds à l’étranger, de gérer les flux migratoires illégaux, ainsi que de préserver la sécurité des migrants, notamment dans les zones de conflit ou lorsque les migrations atteignent des niveaux de crise, comme cela a été le cas cette année.

Les États et organisations non gouvernementales doivent rester vigilants face à l’exploitation des migrants, et il appartient aux gouvernements de se partager la responsabilité de l’accueil des réfugiés. De plus, afin d’être à la hauteur des changements géopolitiques rapides, la communauté internationale doit réfléchir à de nouveaux partenariats autour de la gestion des migrations et des importants mouvements de populations.

Enfin, une gouvernance efficace autour des migrations requiert la présence de cadres institutionnels et juridiques permettant de réconcilier des aspects qui entre parfois en conflit. L’intérêt national d’un État, par exemple, le maintien de sa souveraineté, le contrôle de ses frontières ou encore l’application de son droit national doivent être mis en balance avec les droits humains des migrants, leur désir légitime d’une vie meilleure, ainsi que le besoin d’immigration et de diversité qui caractérise les sociétés.

Fake news or real views Learn More

En appréhendant tous ces aspects de manière concerté, la communauté internationale peut préserver le principe de prospérité partagée, via une responsabilité elle aussi partagée, composante centrale du programme 2030 de développement durable de l’ONU. L’heure est venue d’orienter le monde sur la voie nouvelle d’une coopération constructive, plutôt que sur cette voie d’un unilatéralisme destructeur que privilégient les acteurs populistes. Il nous suffit de reconnaître combien les migrations sont bénéfiques pour nous tous, d’en maximiser les avantages et d’en minimiser la douleur.

Traduit de l’anglais par Martin Morel