rogoff182_GettyImages_pollutedearthillustration Getty Images

Pour une Banque mondiale du carbone

CAMBRIDGE – Tourné en dérision par les climatosceptiques, et notamment par le président américain Donald Trump, le Green New Deal défendu par Alexandria Ocasio-Cortez vise pourtant très juste, en appelant d’urgence les États-Unis à montrer l’exemple face au réchauffement climatique. Triste réalité néanmoins, malgré l’immense volume de déchets évitables produits par l’insatiable culture américaine, ce sont les pays émergents d’Asie qui constituent de loin la principale source mondiale d’émissions de dioxyde de carbone. Les cris de désespoir ne résoudront pas le problème. La solution réside dans la mise en place d’incitatifs judicieux pour des pays tels que la Chine, l’Inde, le Vietnam, l’Indonésie et le Bangladesh.

Difficile d’entrevoir comment cette démarche pourrait être mise en œuvre dans le cadre des institutions d’aide multilatérales existantes, dont l’expertise se révèle limitée sur les questions climatiques, et qui se trouvent tiraillées dans plusieurs directions par leurs différents appuis. Au grand désarroi de nombreux experts de l’énergie, la Banque mondiale a par exemple récemment décidé capricieusement de cesser de financer quasiment toutes les nouvelles usines à combustibles fossiles, y compris au gaz naturel. Or, c’est en remplaçant les usines à charbon polluantes par un gaz naturel relativement propre que les États-Unis sont parvenus ces dix dernières années à limiter significativement l’augmentation de leurs émissions (contre tous les efforts de Trump), et ce remplacement constitue l’élément central de la fameuse stratégie pragmatique des Princeton wedges pour l’atténuation du risque climatique. Le mieux ne doit pas devenir l’ennemi du bien dans la transition vers un avenir de neutralité carbone.

Il est grand temps de mettre en place une nouvelle agence dédiée, une Banque mondiale du carbone, un véhicule permettant aux économies développées de coordonner les aides et transferts technologiques, qui ne soit pas simultanément chargé de résoudre toutes les autres problématiques de développement. J’ai pleinement conscience que l’actuelle administration américaine se refuse à financier les institutions internationales, même existantes. Mais l’Occident ne peut se retirer d’un monde aux responsabilités climatiques entremêlées.

We hope you're enjoying Project Syndicate.

To continue reading, subscribe now.

Subscribe

Get unlimited access to PS premium content, including in-depth commentaries, book reviews, exclusive interviews, On Point, the Big Picture, the PS Archive, and our annual year-ahead magazine.

https://prosyn.org/5F5IUXHfr