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L’effet Trump sur la politique étrangère des États-Unis

CAMBRIDGE – Le comportement du président des États-Unis Donald Trump à la réunion récente du G7 à Biarritz est apparu brouillon et provocateur à de nombreux observateurs. D’autres ont estimé que la presse et les experts accordaient trop d’attention aux bouffonneries du personnage, à ses tweets et aux saillies de son discours : peccadilles, jugeront dans l’avenir les historiens. La vraie question est de savoir si la présidence Trump apparaîtra comme un grand tournant dans la politique étrangère américaine ou bien comme un mauvais moment, sans conséquence majeure.

L’actuel débat concernant Trump remet sur la table une vieille question : l’histoire, dans ses grandes orientations, résulte-t-elle de choix effectués par les hommes ou bien est-elle principalement déterminée par des facteurs structurels, produits de forces économiques et politiques incontrôlables ?

Certains analystes voient le flot de l’histoire comme un fleuve impétueux, dont le cours est fonction du climat, des précipitations, de la géologie et de la topographie, indifférent à ce que charrie ce fleuve. Pourtant, même s’il en est ainsi, les acteurs humains ne sont pas de simples fourmis accrochées à un tronc emporté par le courant ; ils ressemblent plus aux passagers d’un radeau jeté dans des rapides, qui tentent de le gouverner et d’éviter les écueils, chavirant parfois, parvenant d’autres fois à maintenir le cap vers la destination désirée.

La compréhension des choix effectués par les dirigeants américains, mais aussi de leurs échecs, au cours du siècle passé peut nous aider à faire face aux questions que pose aujourd’hui la présidence Trump. À toutes les époques, les dirigeants ont dû composer avec les forces nouvelles du changement, mais la nature humaine demeure. Les choix peuvent compter, les actes par omission être lourds d’autant de conséquences que les actes proprement commis. L’incapacité d’action des dirigeants américains dans les années trente contribua à l’enfer sur Terre ; le refus des présidents américains d’utiliser l’arme nucléaire lorsque les États-Unis en avaient le monopole fut aussi d’une portée considérable.

Ces choix majeurs étaient-ils déterminés par la situation ou par les individus ? Si l’on remonte le siècle, on voit Woodrow Wilson rompre avec la tradition en envoyant les forces américaines combattre en Europe, mais la décision aurait pu en être prise par un autre dirigeant (par exemple, Theodore Roosevelt). La grande particularité de Wilson fut le ton moralisant qu’il employa pour se justifier et l’insistance obstinée dont il fit preuve dans sa stratégie contreproductive du tout ou rien lors de son combat en faveur de la Société des Nations. Certains tiennent Wilson pour responsable du retour sans nuance de l’Amérique à l’isolationnisme durant les années trente.

Franklin D. Roosevelt fut incapable d’engager les États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale avant Pearl Harbor, et un conservateur isolationniste n’eût peut-être pas agi autrement. Néanmoins, la façon dont Roosevelt présenta à ces concitoyens la menace nazie et les préparatifs qu’il entreprit pour répondre à cette menace jouèrent un rôle crucial dans la participation de l’Amérique à la guerre en Europe.

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Après la Seconde Guerre mondiale, la structure bipolaire créée par deux superpuissances posa le cadre de la guerre froide. Mais le style et le calendrier de la réponse américaine eussent été différents si Henry Wallace (écarté de la vice-présidence par FDR) était devenu président à la place de Harry Truman. Après l’élection de 1952, la présidence d’un isolationniste comme Robert Taft ou d’un interventionniste comme Douglas MacArthur aurait pu faire dérailler la consolidation relativement paisible de la stratégie d’endiguement définie par Truman, que dirigea son successeur, Dwight D. Eisenhower.

L’attitude de John F. Kennedy fut déterminante lorsqu’il s’agit d’éviter une guerre nucléaire durant la crise des missiles de Cuba, puis lorsqu’il signa le premier accord de contrôle des armes nucléaires. Mais lui-même et Lyndon B. Johnson embourbèrent le pays dans le coûteux échec de la guerre du Vietnam. À la fin du siècle, les tensions structurelles entraînèrent l’érosion de l’Union soviétique, et Mikhaïl Gorbatchev accéléra le calendrier de l’effondrement du régime. Le déploiement d’un dispositif de défense par Ronald Reagan et ses talents de négociateur, ainsi que ceux de George H. W. Bush dans la gestion des crises, jouèrent pourtant un rôle significatif dans l’issue pacifique de la guerre froide.

En d’autres termes, les dirigeants, et leurs talents, comptent. Dans un certain sens, c’est une mauvaise nouvelle, car elle signifie que le comportement de Trump ne peut pas être facilement tenu pour quantité négligeable. Il y a plus grave que ses tweets : l’affaiblissement des institutions, des alliances, et de la capacité d’attraction de l’Amérique, qui fait partie de son soft power, dont les enquêtes d’opinion montrent qu’elle s’est réduite sous son mandat. C’est le premier président depuis soixante-dix ans qui rejette l’ordre international que les États-Unis ont créé après la Seconde Guerre mondiale. Le général James Mattis, qui a démissionné après avoir été son premier secrétaire à la Défense, a récemment déploré le désintérêt du président pour les alliances.

Les présidents ont besoin de recourir au hard power (la puissance de coercition) comme au soft power (la puissance d’influence et de conviction), et de les combiner, de façons plus complémentaires que contradictoires. Les talents organisationnels et machiavéliens sont essentiels, tout comme l’intelligence émotionnelle, qui détermine la capacité à la conscience et au contrôle de soi, et l’intelligence contextuelle, qui permet de comprendre un environnement changeant, de capitaliser sur les tendances de celui-ci et de faire jouer en conséquence les autres talents dont on dispose. Intelligence émotionnelle et contextuelle ne sont pas les points forts de Trump.

Gautam Mukunda, théoricien du leadership, souligne que les dirigeants qui apparaissent au terme de processus rodés de soigneux filtrages politiques sont généralement prévisibles. George H. W. Bush en est un bon exemple. D’autres, en revanche, ne passent pas par ce tamis institutionnel, et leur comportement une fois parvenus au pouvoir varie considérablement. La candidature d’Abraham Lincoln n’avait guère été soumise à ce long processus de sélection ; il fut néanmoins l’un des meilleurs présidents américains. Entré en politique avec son passé de promoteur immobilier new yorkais et d’animateur d’émission de télé-réalité pour bagage, Trump, qui n’avait exercé aucun mandat électif avant de remporter l’élection présidentielle, s’est révélé extraordinairement doué pour la manipulation des médias modernes, bouleversant les idées reçues, ainsi que pour l’innovation dans la provocation. Si certains pensent que cette sorte de talent peut produire des résultats positifs, notamment vis-à-vis de la Chine, d’autres se montrent plus réservés.

La place que prendra Trump dans l’histoire pourrait dépendre de sa réélection. Le soft power, les institutions et la confiance seront plus probablement affaiblies par un mandat de huit ans que par les quatre années qu’il aura passées, en 2020, à la Maison-Blanche. Mais quoi qu’il advienne, son successeur trouvera un monde transformé, en partie par les effets des politiques menées par Trump, mais aussi en raison des évolutions structurelles majeures de la vie politique mondiale, qu’elles viennent de l’Ouest ou de l’Est (l’essor de l’Asie), des acteurs gouvernementaux ou non gouvernementaux (dotés de nouveaux moyens par le cyber-renseignement et l’intelligence artificielle). Comme le notait Karl Marx, nous faisons l’histoire, mais nous ne la faisons pas aux conditions de notre choix. La question de la politique étrangère américaine après Trump demeure ouverte.

Traduit de l’anglais par François Boisivon

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  1. haass107_JUNG YEON-JEAFP via Getty Images_northkoreanuclearmissile Jung Yeon-Je/AFP via Getty Images

    The Coming Nuclear Crises

    Richard N. Haass

    We are entering a new and dangerous period in which nuclear competition or even use of nuclear weapons could again become the greatest threat to global stability. Less certain is whether today’s leaders are up to meeting this emerging challenge.

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