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Un financement pérenne pour la planification des naissances

ACCRA – L’organisme Planned Parenthood, une source essentielle de services de santé génésique et sexuelle aux États-Unis, a dû se retirer du programme fédéral de planification des naissances Title X, qui vient en aide des femmes à bas revenu. Cette décision — en conséquence du nouveau règlement par l’administration du président des États-Unis, Donald Trump, interdisant aux cliniques Title X de diriger des patientes vers des services d’avortement — entraînera des coûts annuels pour l’organisme d’environ 54 millions €.

Cette perte financière pourrait bien être éclipsée par les coûts sur le plan humain d’enfreindre les droits à la santé génésique et sexuelle (DSGS) causés par le fait de cesser de transmettre des renseignements médicaux aux patients. Malgré tout le tarissement du financement du programme Title X — qui aurait pu être utilisé pour des contraceptifs, le dépistage des cancers du col de l’utérus et du sein ainsi que des maladies transmises sexuellement (MTS) et autres soins de santé essentiels — est un coup dur. Et Planned Parenthood n’est pas le seul organisme de protection des DSGS dans le monde à être confronté à ces contraintes de financement – souvent encore plus rigoureuses.

La communauté internationale connaît les incidences profondes des DSGS sur la santé et le développement humain, notamment sur l’éducation, la réduction de la pauvreté et l’égalité des sexes. Ceci se reflète dans les Objectifs de développement durable des Nations Unies, adoptés par les dirigeants mondiaux en 2015, qui comprennent la cible d’assurer l’accès universel à des services de santé génésique et sexuelle d’ici 2030.

Mais sans financement adéquat, cet objectif demeurera hors de portée. La prestation globale des services de santé dans les pays à revenus inférieurs et moyens est financée en grande partie par les donateurs, et, comme l’a fait remarquer Pauline Irungu, la directrice nationale des campagnes de sensibilisation et des politiques du Kenya de l’organisme international à but non lucratif en santé PATH, dans le cadre de la conférence Women Deliver de cette année, il y a un important déficit de financement pour la planification des naissances. Le financement annuel qui vise uniquement à faire cesser les morts évitables des mères, des enfants et des adolescentes s’élève à environ 30 milliards €.

Même le financement actuel n’est pas assuré, en raison de facteurs allant des fluctuations des taux de change aux programmes politiques changeants. L’administration Trump a présenté une preuve flagrante de la vulnérabilité dans laquelle elle laisse ces pays.

Presque immédiatement à son entrée en fonctions, Trump a rétabli ce qu’il est convenu d’appeler la règle du bâillon mondiale — officiellement appelée la politique de Mexico — qui bloque le financement fédéral des États-Unis à tout organisme non gouvernemental qui assure des services de consultations ou d’orientation en matière d’avortement ou qui se fait le défenseur des droits à l’avortement au niveau national. En punissant tout organisme qui respecte le droit des patientes à des informations médicales indiquées – et pouvant sauver des vies –l’administration Trump coupe de fait des millions de gens non seulement de services de santé génésique et sexuelle, mais aussi des services connexes, comme les traitements du VIH/SIDA, du paludisme et de la tuberculose. Sans surprise, la règle du bâillon mondial est associée à des taux de transmission de MTS plus élevés, dont le VIH, aux avortements dans de mauvaises conditions et aux morts évitables.

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Les États-Unis ont également bloqué le financement du Fond des Nations Unies pour la population — l’un des premiers prestataires mondiaux de services de santé génésique et sexuelle, particulièrement dans les zones de conflit. L’administration Trump prétend — sans aucun fondement — que, dans le cadre de son travail en Chine, le FNUAP a enfreint l’amendement Kemp-Kasten. Entré en vigueur en 1985, l’amendement Kemp-Kasten bloque l’aide à tout organisme que les États-Unis jugent être impliqués dans des pratiques coercitives liées au contrôle des naissances, telles que les stérilisations sous contraintes.

De plus, l’année dernière, l’administration Trump a fait pression pour le retrait de la mention de « santé génésique et sexuelle » des ententes multilatérales annuelles, comme celles de la Commission de la condition de la femme de l’ONU, prétendant qu’un tel vocabulaire donne caution aux avortements. De même, en avril, les États-Unis ont fait pression sur l’Allemagne pour atténuer la portée d’une résolution de l’ONU visant à prévenir les viols dans les situations de conflit en retirant les termes reconnaissant aux femmes le droit à la santé génésique. Pour fragiliser encore plus les obligations d’assurer les services de santé génésique, l’administration Trump a aussi renchéri en faisant disparaître les droits génésiques des rapports annuels sur les droits de la personne du ministère des Affaires étrangères des États-Unis et en quittant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

Il est vrai que certains pays donateurs reprennent le flambeau de la protection des DSGS. Évoquant les « conséquences dévastatrices » de la politisation des droits des femmes, le premier ministre du Canada Justin Trudeau a récemment pris l’engagement d’augmenter les dépenses de son pays pour la santé des femmes et des jeunes filles dans le monde, de 1,1 milliard $ CAN (750 millions €) à 1,4 milliard $ CAN (960 millions €) d’ici 2023.

Mais ce n’est pas suffisant. Les États des pays en développement doivent de toute urgence réduire leur dépendance sur les donateurs étrangers. Et pourtant, jusqu’ici, ils tardent à prendre la relève.

Par exemple, les États de l’Union africaine (UA) se sont engagés en 2001, dans le cadre de la déclaration d’Abuja, à affecter 15 % de leur budget annuel pour améliorer le secteur de la santé. Une décennie plus tard, un seul pays a atteint cette cible. Et pendant que 26 d’entre eux ont accru leur part dans le financement de la santé, 11 autres l’ont réduite.

Dans mon pays, le Ghana, l’État affecte aujourd’hui autour de 8 % de son budget à la santé, la plupart de ce financement étant orienté vers la rémunération des effectifs, laissant peu de fonds pour les investissements dans l’amélioration des soins. Les sommes exactes attribuées aux services de santé génésique et sexuelle demeurent inconnues.

Mais tous les espoirs sont permis. Le second Sommet annuel national sur la santé génésique des adolescentes — organisé l’année dernière par le Conseil national de la population, avec l’appui de l’organisme Marie Stopes International, des autorités ghanéennes et de partenaires de la société civile — consacré au « financement qui va au-delà de l’aide ». Le sommet — qui met en évidence le lien entre les DSGS et la gestion de la population et fait la promotion des idées et des innovations de la jeunesse — a conduit à l’engagement de l’État d’accroître le financement pour la santé, ne fût-ce que progressivement.

En règle générale, les jeunes du monde en développement se battent pour les DSGS. Ainsi le Conseil consultatif des jeunes de l’UA comprend Shakira Choonara, qui a été nommée femme de l’année en santé pour 2017 en Afrique du Sud et Natasha Wang Mwansa qui a reçu une ovation monstre des dirigeants mondiaux à la conférence 2019 Women Deliver. Dans les milieux communautaires, Shomy Chowdhury mène une campagne pour l’eau potable, l’assainissement et l’hygiène (WASH) au Bangladesh et Maureen Muketha travaille à l’amélioration de la nutrition des enfants dans les régions rurales du Kenya.

Mais la responsabilité pour défendre les DSGS repose en fin de compte sur les dirigeants nationaux, qui doivent formuler des stratégies à long terme assurant un financement durable pour la santé génésique et sexuelle qui comprend la planification des naissances. Le développement de leur pays en dépend.

Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

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