Emmanuel Macron and President of the European Commission Jean-Claude Juncker John Macdougall/Getty Images

Trois voies possibles pour le futur de la zone euro

WASHINGTON, DC – Après une année tumultueuse, la situation politique semble se stabiliser dans toute l'Europe. Bien que le parti d’extrême droite Alternative fürDeutschland (Afd) ait obtenu près de 13% des voix aux récentes élections fédérales en Allemagne, il ne représente pas une menace sérieuse pour la direction de la chancelière Angela Merkel. En France – l'autre pilier du projet européen – le Président Emmanuel Macron peut compter sur une majorité parlementaire solide. Et, en dépit de l'incertitude qui entoure les détails du Brexit, il y a peu de doute que, quels que soient les plans futurs de l'Union européenne, le Royaume-Uni n’en fait plus partie en tant que membre.

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Dès lors, la question est de savoir comment l'Union européenne et, en particulier, la zone euro, va maintenant avancer. Il y a trois possibilités.

La première option est « une union plus unie », comme l’a décrite le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, dans son discours sur l’état de l'union le mois dernier. La vision de Juncker rejette une Europe à plusieurs vitesses, en faveur de mesures uniformes prises par tous les membres de l'UE. Cela signifierait, pour commencer, l'élargissement de l'espace Schengen de voyage sans frontière pour inclure la Bulgarie et la Roumanie. Juncker a également appelé à des progrès vers une Union européenne des normes sociales, qui exprimerait une compréhension commune des droits aux aides sociales dans le marché unique.

Quant à l'euro, Juncker a souligné qu'il est censé être la devise de l'ensemble de l’UE, et non pas seulement de quelques pays sélectionnés. Dans cet esprit, l'UE devrait poursuivre la création d'une union bancaire complète, au sein de laquelle les règles bancaires et la supervision sont uniformes dans tous les États membres. Le commissaire aux affaires économiques et financières devrait devenir un ministre européen des Finances, et le mécanisme européen de stabilisation devrait devenir le Fonds monétaire européen.

Il y a un an, un tel intégrationnisme « pur et dur » aurait manqué de crédibilité; après tout, le Royaume-Uni ne l’aurait jamais soutenu. Mais, puisque le Brexit est apparemment chose acquise, la vision de Juncker a acquis une certaine crédibilité.

Néanmoins, l'approche de l'intégration « à une vitesse » de Juncker reste très controversée. Ainsi, Macron a exposé sa propre vision ambitieuse pour l’Europe, qui fait écho à de nombreuses propositions de M. Juncker, mais semble permettre une plus grande différenciation au sein de l'UE, au moins à moyen terme.

Par exemple, si la Pologne ne veut pas adopter l'euro, elle ne devrait pas être obligée de le faire, et cette décision ne devrait pas empêcher d'autres pays de la zone euro de poursuivre leur intégration. Voilà pourquoi Macron veut un parlement de la zone euro distinct, qui décidera sur des questions qui ne se rapportent pas à tous les membres du Parlement européen. Les différences dans le niveau d'intégration que les pays décident de mener aujourd'hui n'empêcheraient personne de rejoindre ultérieurement le « noyau » profondément intégré de l'UE.

La troisième voie – qui semble aussi la plus probable – serait de ne rien changer à la zone euro. La crise économique qui a longtemps alimenté les appels à une plus grande intégration – et, dans certains cas, à une plus grande fragmentation – s’est atténuée, avec une croissance du PIB de la zone euro dépassant maintenant 2% et un chômage ayant diminué de manière significative. Même la Grèce – le seul pays qui reste, dans une certaine mesure, en situation de crise – continue à avancer tant bien que mal.

Dans ce contexte, les décideurs pourraient bien décider, comme ils l'ont fait tant de fois auparavant, de mettre les réformes ambitieuses de la zone euro en veilleuse, décidant que les réformes menées au cours de la crise sont suffisantes. Cela leur laisserait plus d'espace pour se concentrer sur d'autres domaines – tels que l'énergie, la régulation numérique et la migration – qui, dans le contexte actuel, peuvent sembler nécessiter une attention plus urgente.

Si les décideurs suivent cette voie, il y a des risques graves. Certes, la zone euro fonctionne à présent, et d’autres domaines ont besoin de réformes fondamentales. Mais l'union monétaire conserve un défaut fondamental: l'absence de mécanismes capables de prévenir les divergences de coûts entre les pays qui ont perdu la capacité de se livrer à l'ajustement des taux de change.

Un tel mécanisme serait une plus grande mobilité de la main-d'œuvre dans les services. Mais, même si les pays de la zone euro, s’accordaient pour poursuivre la libéralisation du marché du travail, les travailleurs resteraient confrontés à d’importantes barrières culturelles et linguistiques. Dans tous les cas, sans aucun mécanisme de la sorte, les tendances qui ont abouti à la dernière crise économique pourraient bien conduire à une autre.

Après l'expérience de la crise, si des signes de divergences de coûts de plus en plus importantes commencent à émerger à l'avenir, les écarts de taux d'intérêt entre les pays de la zone euro vont augmenter beaucoup plus vite qu'ils ne l’ont fait avant la dernière crise, fournissant un signal d'avertissement plus tôt. Cependant, étant donné qu'une grande partie du surendettement demeure et que beaucoup de munitions de sauvetage ont été dépensées, un autre choc pourrait être dévastateur.

Comme le rapporte Martin Wolf, l'économiste Adam Lerrick propose un système dans lequel les bénéficiaires de changements soudains d’écarts de taux d'intérêt transféreraient la moitié de leurs gains dans un « compte de financement des coûts de stabilisation », qui leur serait remboursé à la fin du choc de taux d'intérêt. Mais, comme d'autres réformes de la zone euro, un tel système nécessiterait l’accord de tous les membres de la zone euro.

Alors que Merkel est encore en train de former son nouveau gouvernement de coalition, il est impossible de dire avec certitude quelle approche suivra l'intégration en Europe dans les années à venir. Mais, compte tenu de la probabilité que sa coalition comprenne les démocrates libres eurosceptiques et les Verts pro-intégration, avec son propre parti démocrate-chrétien entre les deux, la poursuite rapide des objectifs ambitieux d'intégration pour l'ensemble de l'UE semble peu probable.

Une option plus réaliste est un effort à plusieurs vitesses dans lequel les pays de la zone euro peuvent aller de l'avant, tandis que d'autres sont autorisés à attendre. Le résultat ne serait pas parfait, mais il serait mieux – beaucoup mieux – que le statu quo.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont

http://prosyn.org/sbPTJsT/fr;

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