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La Journée de la Terre : ne faisons pas fausse route

NEW-YORK –Le 23 mars, 1,3 milliards de personnes seront dans l'obscurité à 20h30, à 21h30, à 22h30 et tout le reste de la nuit, comme tous les autres jours de l'année. Pour ces tous ces gens qui n'ont pas l'électricité, l'obscurité après le coucher du soleil est une réalité quotidienne. Le même jour, un milliard de personnes participeront à l'Heure de la Terre, un acte écologique consistant à éteindre la lumière entre 20h30 et 21h30.

Les organisateurs disent que c'est un moyen de montrer son désir de "faire quelque chose" pour combattre le réchauffement climatique. Or en réalité, l'Heure de la Terre augmente les émissions de CO2. Elle peut procurer un sentiment d'autosatisfaction, mais son symbolisme vain traduit le fourvoiement des bons sentiments écologiques. L'Heure de la Terre veut nous faire croire qu'il est facile de combattre le réchauffement climatique. Mais en éteignant la lumière, on ne fait que se plonger dans l'obscurité.

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On ne nous demande pas d'arrêter ce qui nous gênerait réellement, le chauffage, l'air conditionné, la télé, l'ordinateur, le téléphone portable ou n'importe lequel de tous ces appareils qui utilisent une énergie électrique bon marché et abondante et qui rendent possible la vie moderne. S'il était vraiment utile d'éteindre la lumière pendant une heure, pourquoi ne pas le faire tout le temps ?

On croit qu'éteindre la lumière pendant une heure va diminuer les émissions de CO2 des centrales électriques à travers le monde. En supposant que cela soit exact, même si tous les habitants de la planète éteignaient la lumière, cela représenterait l'équivalent d'une interruption de seulement 4 minutes des émissions de CO2  de la Chine. En fait, l'Heure de la Terre va se traduire par une augmentation des émissions de CO2.

Ainsi que les opérateurs du réseau électrique au Royaume-Uni l'ont noté, une petite baisse de la consommation d'électricité ne se traduit pas par une baisse de l'énergie injectée dans le réseau et par conséquent ne peut réduire les émissions de CO2. Enfin, une réduction des émissions de CO2 pendant l'Heure de la Terre (en raison d'une baisse significative de la consommation d'électricité) serait effacée par une hausse des émissions des centrales thermiques pour répondre ensuite au rebond de la demande.

Quant aux jolies bougies que beaucoup de participants allumeront, qui paraissent si naturelles et écologiques, elles constituent une énergie fossile - presque 100 fois moins efficace qu'une ampoule �� incandescence. Allumer une bougie pour chaque ampoule éteinte annulerait la réduction théorique des émissions de CO2, et en allumer deux les augmenterait.

L'électricité est un bienfait pour l'humanité. Presque trois milliards de personnes utilisent encore du fumier, des bouts de bois ou tout autre combustible traditionnel pour la cuisine et le chauffage domestique, ce qui entraîne l'émission de fumées toxiques qui tuent quelques deux millions de personnes chaque année, en majorité des femmes et des enfants. De la même manière, il y a seulement 100 ans, une famille américaine typique passait 6 heures chaque semaine d'hiver à mettre 6 tonnes de charbon dans le four (sans compter le temps passé à nettoyer les tapis, les meubles, les rideaux et la literie souillés par la poussière de charbon). Aujourd'hui, dans le monde développé, le chauffage et la cuisinière électrique ont supprimé la pollution de l'air intérieur.

L'électricité a aussi permis de mécaniser une grande partie de notre monde et de mettre fin à la plupart des travaux les plus durs. La machine à laver évite aux femmes de passer des heures à transporter de l'eau et à laver les vêtements à la main. Le réfrigérateur permet pratiquement à tout le monde de consommer davantage de fruits et légumes et de ne plus manger de nourriture avariée. C'est la raison pour laquelle le cancer de l'estomac, le premier cancer masculin aux USA en 1930, est le moins fréquent aujourd'hui.

L'électricité nous permet d'irriguer des champs et de synthétiser de l'engrais en utilisant l'azote de l'air. La lumière qu'elle produit nous permet d'être actifs et productifs après le coucher du soleil. En moyenne, l'énergie électrique consommée par un habitant d'un pays riche est équivalente à l'énergie déployée par 56 personnes qui seraient à son service. Et même en Afrique sub-saharienne, elle remplace 3 personnes. Ce n'est pas d'économie d'énergie dont les Africains ont besoin, mais de davantage d'électricité.

Cela ne s'applique pas seulement aux pays pauvres. Du fait de la hausse du prix de l'énergie due aux subventions aux énergies vertes, 800 000 foyers allemands ne peuvent plus payer leur facture d'électricité. Au Royaume-Uni, 5 millions de personnes ont du mal à faire face à leurs dépenses énergétiques, et l'organisme régulateur de l'électricité du pays craint que les objectifs en matière d'environnement ne conduisent à des coupures d'électricité dans moins de 9 mois.

Aujourd'hui, l'énergie éolienne et l'énergie solaire ne représentent qu'une petite fraction de l'énergie dont nous avons besoin (respectivement 0,7% et 0,1%). Actuellement ces technologies sont trop chères et peu fiables (que faire en l'absence de vent ?). Même avec des hypothèses optimistes, selon l'Agence internationale de l'énergie en 2035 l'éolien ne fournira que 2,4% de notre énergie, et le solaire 0,8%.

Pour une énergie plus verte, il faut abandonner la vieille politique de subvention à l'énergie solaire et éolienne - une politique qui échoue depuis 20 ans, et qui va échouer encore pendant 20 ans. A la place, inventons de nouvelles technologies vertes plus efficaces pour mettre hors jeu les énergies fossiles !

Si nous voulons un futur durable pour les êtres humains et pour la planète, ne retournons pas à l'age des cavernes. Combattre le réchauffement climatique en éteignant la lumière et en soupant à la bougie est une solution irréaliste qui ne séduit que les privilégiés qui bénéficient de l'électricité et mènent une vie confortable.

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Favoriser la recherche et le développement dans le secteur des énergies vertes ne donne pas aussi bonne conscience que de participer à un tralala mondial plein de bonnes intentions, mais c'est une bien meilleure idée.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz