1

Cyclisme et cancer

Le cycliste Lance Armstrong a récemment célébré les dix ans du jour où les médecins ont découvert qu’il était atteint d’un cancer du testicule métastasé qui, selon eux, aurait dû le tuer.

Avec son histoire bouleversante et les efforts qu’il a fournis pour sensibiliser le public à cette maladie, Armstrong est devenu l’emblème de la lutte contre le cancer. Or, si l’on regarde de près le site Internet de sa fondation ( www.laf.org ) et ses écrits, une question subsiste : est-ce cette ténacité grâce à laquelle il a gagné sept Tour de France qui l’a aidé à guérir de son cancer ? Armstrong fait attention à ne pas comparer le cyclisme au cancer, pourtant, lui-même — et ses légions de fans — ne peuvent s’en empêcher. Un tel rapprochement peut s’avérer fort trompeur.

 1972 Hoover Dam

Trump and the End of the West?

As the US president-elect fills his administration, the direction of American policy is coming into focus. Project Syndicate contributors interpret what’s on the horizon.

A environ vingt ans, Armstrong devenait l’un des grands espoirs du monde cycliste, malgré une ombre au tableau. En 1996, à l’âge de 25, Armstrong a commençait à ressentir une grande fatigue, des douleurs testiculaires et avait une mauvaise toux.

Les médecins ont diagnostiqué un cancer du testicule. Pis encore, celui-ci était déjà bien avancé et s’était même étendu aux poumons, à l’abdomen et au cerveau. Les chances de survie étaient d’à peine 40 %, et encore, elles étaient probablement surestimées. Un médecin a donc dit à sa mère qu’il était condamné.

Après avoir subi une intervention chirurgicale pour enlever son testicule cancéreux, Armstrong est devenu « un étudiant en cancer ». Il a été pris en charge à l’Université d’Indiana, qui est probablement le premier centre de l’Amérique en matière de cancer du testicule.

Le choix d’Armstrong s’est porté sur Indiana parce que ses oncologues lui avaient dit qu’ils pourraient le soigner sans bléomycine, un type de chimiothérapie qui aurait endommagé ses poumons et mis un terme à sa carrière de cycliste s’il survivait. La chirurgie a été employée pour retirer ses tumeurs cérébrales, au lieu des radiations qui auraient eu des répercussions sur son équilibre.

Cependant, les médecins n’ont pas caché à Armstrong ce qui lui était administré : des substances extrêmement caustiques pouvant le rendre malade comme un chien. Armstrong a écrit plus tard : « au quatrième stade [de la chimiothérapie], » j’étais dans la position du fœtus avec des haut-le-cœur 24 h sur 24 h ».

Son cancer ayant extrêmement bien réagi, Armstrong a ensuite entamé une longue rééducation et progressivement gagné en force et en confiance. En 1998, il remontait sur son vélo.

La maladie a modifié le corps du cycliste. Quand il a repris sérieusement sa formation, il était plus mince et plus musculeux. En plus de la sympathie qu’a attiré son combat, son nouveau corps a fait de lui un meilleur cycliste.

En 1999, moins de trois ans après la découverte de la maladie, Armstrong remportait son premier Tour de France. Six victoires ont suivi, faisant de lui le plus grand cycliste de l’histoire.

Pour sa part, Armstrong s’est efforcé de rester à l’écart des associations spécieuses entre les triomphes au Tour de France et sa guérison du cancer. « Mêmes des gens biens et des gens sont atteints du cancer », a-t-il écrit, « ils ont beau faire tout ce qu’il y a de mieux pour le combattre, ça n’empêche pas leur mort ». Armstrong a affirmé qu’il était peut-être un héros du cyclisme, mais qu’« il n’y a rien d’héroïque à survivre au cancer ». Même s’il a tout tenté pour se soigner et qu’il a fait appel aux meilleurs médecins, sa survie est surtout une question de chance.

Or, Armstrong semble parfois emprunter le type de langage qu’il souhaite éviter. Pour clore son deuxième livre, il résume ainsi son histoire avec le cancer : « j’ai été soigné, je me suis battu tant que j’ai pu et je m’en suis remis ». Et selon une citation tirée du site Internet de sa fondation : « quand j’étais malade, je ne voulais pas mourir. Quand je suis en compétition, je ne veux pas perdre. Mourir et perdre, c’est la même chose ».

Il est encore plus inquiétant de voir que tous ceux qui entendent l’histoire d’Armstrong y adhèrent. D’après une critique de son premier livre : « Refusant de faire partie des statistiques, Lance a rassemblé son courage et est devenu le pire ennemi du cancer ». Une biographie publiée sur Internet indique « qu’avec la même force farouche qu’il emploie pour la compétition », Armstrong « a affronté sa maladie et gagné ».

Pour certains, il montre que tout est possible. Comme l’a écrit un programmeur informatique sur son blog en 2003, « Lance a battu le cancer et a repris le vélo pour remporter cinq Tours de France […] Ce qui signifie en gros qu’on peut triompher de tous les maux et continuer à vivre ».

Le problème, c’est que les données sur la « volonté de vivre » des malades du cancer ne sont pas si encourageantes. Une étude de 1989 a montré que les femmes atteintes d’un cancer du sein métastasé qui assistent à des groupes de soutien vivent plus longtemps – mais, ces résultats n’ont pas été diffusés. Une étude récente a montré que l’adoption d’une attitude positive ne rallonge pas la vie des malades du cancer des poumons. Les praticiens évoquent des cas où les malades « battant » décèdent alors que ceux qui baissent les bras survivent.

Fake news or real views Learn More

Ce message donne matière à réfléchir aux nombreux fans d’Armstrong. Après tout, on aime tous croire que les efforts les plus difficiles payent toujours. Malheureusement, dans le monde du cancer ce n’est peut-être pas le cas.

Mais l’expérience d’Armstrong est plus importante que les données. Elle est source d’enseignement et d’inspiration pour des milliers, peut-être des millions de personnes atteintes du cancer, et a permis de recueillir des fonds consacrés à la recherche de traitements. Sans oublier les sept courses cyclistes qu’Armstrong a remportées.