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Un programme Apollo pour le climat

LONDRES – En 1961, lorsque les États-Unis ont été confrontés à la menace de se laisser distancer par l'Union soviétique dans la course à l'espace, le président John F. Kennedy a demandé la création d'un programme (connu sous le nom de Projet Apollo), de mettre un homme sur la Lune avant la fin de la décennie. La vision clairement définie du programme (ainsi que les ressources et les efforts mobilisés dans sa mise en œuvre), ont a assuré son succès. Huit ans seulement après l'annonce de Kennedy, l'astronaute Neil Armstrong laissait son empreinte dans la poussière lunaire.

Alors que les représentants de 196 pays se préparent à se rassembler à Paris à la fin de l'année pour rédiger un accord pour s'attaquer au réchauffement de la planète, il nous semble évident de reconnaître que nous avons besoin d'un projet semblable. Début juin, j'ai rejoint David King, l'ancien conseiller scientifique en chef au gouvernement britannique, John Browne l'ancien PDG de BP et plusieurs autres co-auteurs dans un appel à un Programme Apollo mondial.

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Jusqu'à présent, les efforts diplomatiques pour éviter un changement climatique dangereux ont mis l'accent sur la coordination des réductions nationales des émissions de gaz à effet de serre. Mais nous avons besoin de davantage de dépenses, pas simplement de davantage de coordination.

L'effort de dix ans que nous proposons exige que la planète entière collabore pour faire une percée dans la lutte contre le changement climatique. Elle entend réduire le coût de l'électricité à partir de sources non émettrices de gaz à effet de serre en dessous de celle de l'énergie au charbon d'ici 2025. Afin d'atteindre cet objectif, les pays qui participent au programme pourront s'engager à consacrer au moins 0,02% de leur PIB à cet effort.

David Attenborough, le naturaliste et présentateur britannique, a commenté cette proposition en ces termes : « enfin, nous avons un plan bien fondé, pratique et complet qui peut éviter la catastrophe qui menace notre planète. » Bjørn Lomborg, connu pour son scepticisme à l'égard des approches de lutte contre le changement climatique, a décrit cette idée comme étant « une approche plus intelligente et plus susceptible de véritablement réussir. »

En effet, le plus souvent les suggestions émises étaient loin d'être satisfaisantes. De nombreuses personnes à Paris vont plaider en faveur d'une tarification sur le carbone. Selon la plupart des économistes, une telle mesure devrait détourner la consommation des combustibles à forte intensité en carbone. Mais il y a des doutes quant au caractère réalisable d'une telle mesure. John Watson, PDG de Chevron, a rejeté dernièrement la tarification du carbone en déclarant qu'elle serait impossible à mettre en pratique. « Ce n'est pas une mesure qui peut être efficace, parce que les consommateurs veulent une énergie abordable », a-t-il déclaré. « Ils veulent une énergie à bas prix, pas à prix élevé. »

De même, les dirigeants nationaux des pays en voie de développement (où près de trois milliards de personnes n'ont pas accès à une énergie abordable), subissent une pression énorme pour obtenir des améliorations de leur niveau de vie. Ils sont susceptibles de reculer devant des politiques qui augmentent le prix de l'énergie. Le Premier ministre indien Narendra Modi a demandé par exemple des investissements publics au niveau mondial dans les énergies propres. « Nous aurons de meilleures chances de réussir en proposant des solutions accessibles, plutôt qu'en imposant simplement des choix, » a-t-il déclaré. « Pour cela, nous aurons besoin de davantage d'accès des ressources et à de meilleures technologies. »

Un programme mondial Apollo pourrait aiderait le monde à réduire ses émissions de CO2 et à réduire ses dépenses d'énergie. Le prix de l'énergie solaire est déjà en chute libre : la Banque Nationale d'Abou Dabi a remarqué qu'une grande installation solaire à Dubaï pourrait produire de l'énergie à un prix concurrentiel par rapport au pétrole à 10 dollars le baril. Mais il y a des obstacles significatifs à l'utilisation répandue de l'énergie solaire et d'autres sources d'électricité renouvelable, notamment un besoin désespéré en moyens à meilleur marché et plus efficaces de stockage et de transmission de l'énergie.

Actuellement, seuls 2% des investissements mondiaux en recherche et développement sont consacrés à l'énergie propre. À ce rythme, des solutions à ces problèmes ne risquent pas d'être trouvées rapidement. Le programme mondial Apollo pourrait doubler ces investissements et coordonner les efforts visant à combler le fossé technologique, en rapprochant la date où nous serons capables de supprimer le charbon et les autres combustibles riches en carbone.

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Suite au récent sommet du G-7 en Allemagne, les dirigeants des plus grandes économies du monde ont publié une promesse consistant à « collaborer entre elles et avec les autres pays intéressés dans le but d'augmenter la coordination mondiale et la transparence dans la recherche, le développement et la démonstration, en insistant sur l'importance des énergies renouvelables et des autres technologies à faible émission de carbone ». Mais une initiative comme le programme mondial Apollo ne réussira que si les puissances émergentes du monde, comme la Chine et l'Inde, y apportent tout leur soutien. Ils auront une chance de le faire lors du sommet du G-20 en Turquie en novembre.

La conférence des Nations Unies de 2015 sur le changement climatique à Paris doit déboucher sur un accord afin de présenter un prix du carbone dans le monde entier. Mais cette approche ne fonctionnera pas sans une stratégie concertée visant à réduire les coûts d'une énergie sans carbone. Si les pays s'inscrivaient au programme mondial Apollo dans le cadre d'un accord à Paris, la réunion pourrait tout simplement marquer un pas de géant pour l'humanité dans la lutte contre le changement climatique.