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Organiser la société civile

MOSCOU- Les difficultés auxquelles sont confrontées les organisations de la société civile sont plus importantes en Russie que dans d’autres régions du monde, mais pour la société civile même, les défis sont plus ou moins les mêmes partout. Il y a en effet un clivage entre les organisations de la société civile et les collectivités qu’elles prétendent servir, dans le monde entier.

Les organisations de la société civile n’obtiennent pas le pouvoir au moyen d’élections (légitimes ou pas), mais en se mettant au service de l’ensemble des collectivités. En bref, leur objectif est de construire la société civile même.

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Cet objectif est le plus facilement atteint lorsque les individus se comportent naturellement comme membres de la société civile sans nécessairement être des professionnels dans ce domaine. Nous parlons d’un contexte dans lequel les citoyens prennent soin de leur santé, participent à des débats ou à des blogs sur la sécurité de leur communauté, évaluent l’enseignement donné dans leurs écoles, organisent des sorties hebdomadaires dans des parcs canins pour leurs chiens, se préoccupent de l’état de leurs forêts et rivières - dans le cadre de leur vie, pas de leur métier.

Un domaine préoccupant de la société civile aujourd’hui est celui de la presse et des nouveaux médias. Même si le flux d’informations est par endroits plus important que jamais, les médias de masse sont quant à eux soumis à des pressions politiques et financières.

Pour la plupart des gens, l’indépendance de la presse permet de surveiller les agissements des gouvernements, ce qui est vrai. C’est pour cette raison que la presse dans son ensemble, et les journalistes en particulier sont si souvent la cible des autorités. Lorsque les médias ne sont pas la propriété – et donc la chose – des autorités et des cercles qui leur sont proches, ils sont quand même en butte à des mesures de censure, à des actes d’intimidation, à des redressements fiscaux et parfois à l’assassinat de leurs journalistes et rédacteurs en chef.

La situation est particulièrement complexe en Russie. Le gouvernement contrôle ou est propriétaire de la plupart des médias de masse – les principaux journaux et les chaînes de télévision – mais il existe aussi une multitude de publications, souvent marginales, et de stations de radio (sans même parler d’Internet) qui conservent un degré d’indépendance remarquable. Elles ne sont pas directement censurées, mais fonctionnement en sachant pertinemment que les accusations les plus vagues pourront mettre fin à leurs activités à tout moment. Et, bien sûr, la plupart ont une situation financière tout ce qu’il y a de plus précaire.

La tâche des journalistes ne consiste toutefois pas seulement à surveiller les gouvernements. Une autre facette de leur travail est de tendre un miroir à la société –  à brosser le tableau de l’état présent de la société, à partager les informations relatives aux activités des personnes privées et des entreprises tandis qu’elles bâtissent la société civile et à encourager les citoyens à prendre en main l’amélioration de leurs propres vies et le développement de leur communauté.

Prenons le cas des soins médicaux. A mon point de vue, le but ultime ne devrait pas tant être un meilleur système de soins médicaux qu’une population en si bonne santé qu’elle n’aurait pas besoin de soins. Vous pourrez avoir besoin d’un hôpital en cas de problèmes de santé, mais la plupart de ces problèmes trouvent leur origine dans la manière dont on se comporte, dont on mange ou boit, si l’on fume, ou fait de l’exercice ou dort assez, etc.

C’est ce train de pensées qui sous-tendait les réflexions de notre groupe de travail sur les soins médicaux, mis sur pied dans le cadre du récent sommet de la société civile organisé à Moscou par la Fondation Eurasia, la nouvelle Fondation Eurasia et le CSIS (Center for Strategic and International Studies). (J’y participais en qualité de membre du conseil d’administration de la Fondation Eurasia).

Pour s’attaquer à ces problèmes, nous avons mis sur pied un projet de « données ouvertes/flux d’informations » qui prévoit de promouvoir et d’organiser la publication, l’échange, la compilation et l’analyse de données sur les soins médicaux – pas sous forme de statistiques générales, mais de données spécifiques sur l’évolution des soins, en termes de médicaments et de traitements médicaux, de la qualité des soins hospitaliers et autres.

Un grand nombre de ces données n’ont bien sûr pas encore été rassemblées, ou publiées. Mais nous pouvons commencer par ce qui existe, et par là créer une demande pour la suite. Aux Etats-Unis, les patients ont commencé à évaluer leurs médecins, sur des sites comme RateMDs.com et vitals.com. ; des évaluations de médecins et d’hôpitaux sont également disponibles sur HealthGrades.com.

Les organisations de la société civile gèrent rarement des hôpitaux directement, mais elles peuvent contribuer à rendre leur fonctionnement plus transparent. Des projets sont en cours pour mettre au point et distribuer des outils permettant d’analyser les informations, d’établir des corrélations et d’afficher les résultats sous forme de graphiques et de tableaux.

Mais, une fois de plus, la santé commence véritablement chez soi, et l’objectif final – pour laquelle la coopération de la société civile pour avoir une influence déterminante - consiste donc à donner aux individus de meilleures informations sur eux-mêmes et sur ce qu’ils peuvent faire pour leur santé.

Ces informations vont des questions nutritionnelles aux soins pour bébés, à (en finale) des données sur la santé et les traitements nécessaires pour chaque individu. Ce processus d’information débute en contactant, au moyen des nouveaux médias, les gens là où ils vivent, avec des informations pertinentes. Au temps de l’Union soviétique, ce type de démarche était qualifié de « propagande sanitaire », à laquelle la population n’attachait aucune importance. Un ami russe m’a dit que « lorsque nous lisions un article sur les dangers du beurre pour la santé, nous nous précipitions pour en acheter autant que possible en sachant qu’il y aurait sous peu une pénurie de beurre ».

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Aujourd’hui, ce genre d’information est appelé « promotion d’un style de vie sain ». Nous travaillons aussi à un projet dans ce sens, qui prévoit de cibler des populations avec des médias à deux sens comme Internet et les portables, plutôt qu’au moyen de sermons dans les journaux et à la télévision. Imaginez un programme qui permettrait à une femme enceinte de s’inscrire par portable à une série de rappels et de mises à jour et à répondre à des questions comme « le bébé donne-t-il des coups de pied ? ». Si non, elle saurait qu’elle doit consulter un médecin.

Quand j’ai récapitulé ces points devant le sommet de la société civile, j’ai été interrompue par nul autre que le président américain Barack Obama, qui était à Moscou pour une rencontre avec son homologue russe, Dmitri Medvedev. Il avait toutefois pris le temps de se joindre brièvement à notre réunion d’organisations de la société civile. Il s’est excusé pour son retard, en disant : « C’est pour cela qu’il y a une société civile. On ne peut vraiment pas faire confiance aux politiciens ! ».