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La lutte contre les opérations d'influence de la Chine

NEW YORK – À l'heure où les négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine tentent tant bien que mal de se conclure, une grande partie du monde reste concentrée sur l'escalade du conflit entre les deux plus grandes économies mondiales. Mais les chicaneries sur des taxes douanières de représailles, le mercantilisme chinois et le vol de propriété intellectuelle passent à côté des retombées plus larges de la guerre commerciale : les États-Unis et les Chine sont en train de perdre leur capacité d'interaction, loin de tout antagonisme.

Pour les États-Unis, la Chine représente une menace à l'essor rapide - un sentiment renforcé en partie par l'important excédent commercial bilatéral et par les efforts hardis de la Chine de s'emparer de la technologie américaine. Mais c'est également - et cela est peut-être plus important - sous l'impulsion de la poursuite de l'hégémonie militaire de la Chine dans la région Asie-Pacifique, de ses investissements outre-mer en forte croissance, de ses tentatives de refaçonner les débats de politique mondiale et de ses efforts en vue d'exercer une influence sur les autres, notamment sur les États-Unis.

Des efforts de ce genre, a mis en garde le Directeur du FBI Christopher Wray l'année passée, comprennent l'utilisation d'acteurs non traditionnels pour infiltrer les institutions démocratiques, en particulier les universités. En ce sens, la conclusion de Wray est que la « menace chinoise » est plus « qu'une menace pangouvernementale », « c'est une menace pansociétale. » Notre dernier rapport, China’s Influence and American Interests – le produit d'un groupe de travail de 22 membres que nous avons co-dirigé, convoqué par la Hoover Institution et la Asia Society – confirme nos craintes.

Selon la conclusion du rapport, le Parti Communiste chinois infiltre une large gamme d'institutions américaines - qui vont des universités, aux groupes de réflexion, aux médias de masse et aux autorités locales - ainsi que la communauté sino-américaine. Le PCC s'insinue dans l'étoffe souple de la démocratie américaine.

Il ne s'agit ni d'un déploiement caractérisé du « pouvoir de contraindre » militaire ou économique (hard power), ni du type d'échange transparent par lequel les démocraties exercent leur « pouvoir de convaincre » (soft power) sur le reste du monde. Il s'agit plutôt d'une forme de ce que l'on a appelé le « sharp power » (pouvoir intelligent) : l'utilisation de tactiques dissimulées, coercitives et corruptrices - selon les termes employés par l'ancien Premier ministre australien Malcolm Turnbull, dans le but de forcer les pays à se conformer exactement à la ligne rhétorique chinoise et à soutenir les intérêts chinois.

Pour diffuser ce sharp power, le PCC utilise son appareil tentaculaire et sophistiqué du « Front unique », un système quasi centenaire de promotion de propagande et d'influence à l'étranger. Cet appareil - et plus largement le système léniniste chinois - fait peu de cas de l'intégrité des institutions civiques, encore moins des valeurs comme la liberté d'expression, de religion et de réunion. Au contraire, il exploite facilement l'ouverture des démocraties libérales occidentales pour parvenir à ses propres fins.

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Quelles sont ces fins ? Contrairement à l'influence de la Russie, qui se concentre sur la manipulation électorale par le biais de fausses informations sur le pays cible, la Chine à l'étranger, notamment aux États-Unis, met l'accent sur les récits sur eux-mêmes. Ses dirigeants veulent déterminer la manière dont le monde considère l'essor de la Chine, afin de minimiser ses obstacles dans la militarisation de la mer de Chine du Sud, la répression des minorités religieuses dans le Xinjiang et le Tibet, la surveillance généralisée des citoyens et la résistance à la réforme démocratique à Hong Kong.

Pour ce faire, la Chine exploite ses propres ressortissants à l'étranger - en particulier dans les milieux universitaires, qu'il s'agisse d'enseignants ou d'étudiants - et les membres de la diaspora chinoise, que la Chine considère comme des « compatriotes » (同胞们) qui sont tenus par leur loyauté envers leur « mère patrie chinoise » (中国祖国). De nombreux étudiants chinois ne se sentent pas libres de parler en toute franchise dans des classes américaines : les experts chinois s'auto-censurent afin de pouvoir obtenir un visa de retour dans leur pays ; et la plupart des médias de langue chinoise aux États-Unis reflètent désormais une ligne éditoriale courtoise envers la Chine.

Selon Wray, les opérations d'influence de la Chine exigent une « réponse à l'échelle de la société tout entière » : une réponse qui, à notre avis, devrait mettre l'accent sur la « vigilance constructive ». Les universités, les groupes de réflexion, les médias, les associations et les autorités locales américaines doivent exiger la transparence dans leurs relations avec d'éventuels partenaires chinois, notamment par la divulgation complète de tous les liens qu'ils entretiennent avec l'État chinois, le PCC, ou l'armée.

Essentiellement, les États-Unis doivent s'assurer que leur réponse ne risque pas de déclencher des attaques raciales menées contre les Chinois en Amérique. La Chine peut considérer toute personne chinoise ou ayant un héritage chinois comme un agent potentiel. Mais pour défendre leurs valeurs d'équité et d'égalité, les États-Unis doivent se montrer scrupuleux sur les comportements, plutôt que sur les origines ethniques.

Pour être en mesure de reconnaître les comportements suspects et de défendre leur intégrité, les institutions américaines doivent en apprendre davantage sur leurs interlocuteurs, en particulier en coopérant avec des institutions homologues aux États-Unis et à l'étranger. Les fournisseurs de sharp power de la Chine ne peuvent pas être autorisés à employer une stratégie consistant à diviser pour régner.

Enfin, les acteurs américains doivent exiger davantage de réciprocité dans leurs relations avec leurs homologues chinois. Ce n'est qu'en assurant des échanges plus ouverts et équilibrés que les États-Unis pourront espérer transformer les opérations secrètes de sharp power de la Chine en authentiques opérations de pouvoir de convaincre, dans lesquelles chaque pays bénéficiera de l'accès et l'influence au sein de l'autre de manière transparente.

La Chine risque de demeurer le principal rival de l'Amérique pour la puissance et l'influence mondiale dans un avenir prévisible. Mais cela ne signifie pas que les deux pays doivent demeurer dans une relation antagoniste dangereuse. Au contraire, ils doivent poursuivre une politique d'engagement constructif - qui maintienne la concurrence équitable, qui permette une coopération mutuellement bénéfique et qui soutiennent la paix entre les deux plus grandes puissances mondiales.

https://prosyn.org/7OY7tDMfr;
  1. haass107_JUNG YEON-JEAFP via Getty Images_northkoreanuclearmissile Jung Yeon-Je/AFP via Getty Images

    The Coming Nuclear Crises

    Richard N. Haass

    We are entering a new and dangerous period in which nuclear competition or even use of nuclear weapons could again become the greatest threat to global stability. Less certain is whether today’s leaders are up to meeting this emerging challenge.

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