Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu delivers a speech on Iran's nuclear program JACK GUEZ/AFP/Getty Images

La guerre de choix de Trump

TEL AVIV – La décision du Président Donald Trump de retirer les États-Unis de l'accord nucléaire avec l'Iran de 2015 n'était pas son premier écart par rapport à un accord international majeur. De l'Accord de Partenariat Transport-Pacifique à l'Accord de Paris sur le climat, le refus d'obéir aux cadres multilatéraux est devenu une spécialité de Trump.

Mais même selon les propres normes de Trump, sortir du Plan d'action conjoint sur l'Iran (JCPOA), selon l'appellation en vigueur de l'accord nucléaire avec l'Iran, c'est aller trop loin. On compare déjà ce coup politique à celui de la tentative malheureuse du Président George W. Bush visant à remodeler le Moyen-Orient par des guerres en Afghanistan et en Irak. Tout comme les mésaventures militaires de Bush, l'approche de Trump dans cette région comporte d'énormes risques, non seulement parce qu'elle a enterré ce qui restait de l'Alliance transatlantique dans l'abîme qui séparait la politique de la puissance de l'Amérique, de l'emphase placée par l'Europe sur la diplomatie.

Le coup de Trump ne consiste pas seulement à limiter les armes de destruction massive de l'Iran. Son objectif est plutôt celui d'un changement de régime, un objectif qu'il espère apparemment réaliser en asséchant les ressources économiques et stratégiques de l'État islamique. En remettant les sanctions en vigueur, Trump ne fait pas moins que supplier le peuple iranien - qui va faire les frais du poids des sanctions - de se soulever contre son gouvernement.

L'abrogation par Trump du JCPOA laisse deux options à l'Iran. Aucune des deux n'est bonne. La première consiste à renégocier l'Accord avec les signataires restants - la Chine, la France, la Russie, le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Union européenne. Le Président iranien Hassan Rouhani a déjà évoqué cette possibilité, mais sa capacité à s'y tenir pourrait être limitée dès le retour des sanctions. Forcées de choisir, les entreprises européennes sacrifieront leurs marchés iraniens de manière à conserver leur accès au marché américain. Avec l'économie hésitante de l'Iran, les Iraniens vont chercher à imputer cette faute à des responsables.

La deuxième option ne vaut pas mieux. Les réformistes de l'Iran pourraient capituler en faveur des radicaux, se débarrasser tout à fait du JCPOA, reprendre leurs activités nucléaires et accélérer le programme de missiles balistiques du pays. Ceci est quasiment une garantie qu'Israël lancera alors une frappe préventive sur les installations nucléaires de l'Iran - avec la bénédiction, sinon la complicité de l'Amérique. À ce point, l'Iran se sentirait libre de redéployer ses alliés dans une guerre par États interposés contre Israël, à commencer par le Hezbollah au Liban voisin. Et ceci pourrait conduire à une conflagration plus large qui pourrait impliquer d'autres alliés des États-Unis dans la région, notamment les Saoudiens et d'autres puissances arabes sunnites.

Malheureusement le résultat à éviter est précisément celui que le leadership d'Israël semble enclin à provoquer. Le mois dernier, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a accusé l'Iran de ne pas respecter l'accord nucléaire. À cette date, la présentation bizarre de Netanyahou - en anglais, rien de moins - a été accueillie avec dérision en Occident. À présent, cela ressemble à un prélude.

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En fait, le duo Netanyahou-Trump - qui est en grande partie responsable d'avoir fait capoter l'accord nucléaire - est une alliance explosive entre deux narcissiques qui ont permis à leur politique nationale dysfonctionnelle de dicter leur comportement international. Dans le cas de Trump, l'objectif semble être la déconstruction systématique de l'héritage du Président Barack Obama, pour aucun autre motif hormis sa loyauté envers sa campagne électorale (qui, en un sens, ne s'est jamais arrêtée).

Netanyahou, quant à lui, est épris de son image soigneusement travaillée de sauveur du peuple juif d'un deuxième Holocauste. Alors que ses propres victoires politiques ont été assombries par des ennuis judiciaires pouvant conduire à sa mise en examen, son approche belliciste est devenue une stratégie pour remporter une réélection. En fait, le soutien en faveur de Trump en Israël a atteint des records à la hausse après sa décision de se retirer du JCPOA et après la frappe massive des militaires d'Israël contre des objectifs iraniens en Syrie. La tactique de Netanyahou est également très commode pour distraire l'attention internationale du problème palestinien, qui revient sur le devant de la scène.

Israël a la plus forte armée du Moyen-Orient, mais il ne faut pas permettre à Netanyahou de l'utiliser à ses propres fins politiques. Israël a mené pour la dernière fois une guerre interétatique en 1973 et le traumatisme de ce combat est toujours vivace. En outre, la force militaire à elle seule n'a pas fait grand-chose pour sauvegarder les frontières du pays. La stratégie de frappe préventive d'Israël appelée « Begin Doctrine », visant à maintenir un monopole régional sur les armes nucléaires, n'a pas conduit à moins de tirs de roquettes de la part des ennemis d'Israël soutenus par l'Iran.

Seule une diplomatie internationale forte peut empêcher le Moyen-Orient de glisser sur la pente de la prolifération nucléaire. Même sans les États-Unis, les signataires restants du JCPOA peuvent récupérer les principes essentiels de l'accord en soutenant les dirigeants modérés de l'Iran en vue d'atténuer les effets de nouvelles sanctions. Les signataires restants de l'accord peuvent également aider à désamorcer la crise sur la frontière Nord d'Israël, où les forces israéliennes et iraniennes sont déjà en conflit direct.

Afin de parvenir à un nouvel accord qui assure la dénucléarisation continue de l'Iran, qui place son programme de missile balistique sous surveillance et qui encourage une politique étrangère moins hostile, les sanctions et le changement de régime doivent être retirés de la table des négociations. Trump va très probablement entendre le même message dela part de son homologue nord-coréen Kim Jong-un, en prévision du sommet prévu entre les deux dirigeants au mois de juin.

L'ironie, naturellement, c'est que c'est exactement le type de « grand compromis » que l'Iran a proposé à l'administration Bush en mai 2003. Bush a rejeté l'offre, en jurant de ne jamais à parler à un membre de « l'axe du mal. » Comme l'a déclaré le vice-président Dick Cheney en faisant référence à la Corée du Nord - un autre membre de cet « axe » fantaisiste - les Américains « ne négocient pas avec le mal : nous le vainquons. »

Mais en remplaçant la diplomatie par les rodomontades, l'administration Bush a fermé la porte à une solution iranienne. Aujourd'hui, à l'heure où Trump embrasse la même tactique, il est difficile de savoir à quel point les résultats en seront différents.

http://prosyn.org/LeRdCc9/fr;

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