Civilians and pro-government forces walk down the destroyed Thalateen Street in the Yarmuk LOUAI BESHARA/AFP/Getty Images

La recette de Trump pour un chaos assuré au Moyen Orient

BERLIN – La décision du président américain Donald Trump au début du mois de faire sortir les États-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien et d’adopter une politique de nouvelles sanctions et de confrontation, rendra l'avenir du Moyen-Orient encore plus incertain. Les signes observés depuis lors ne sont guère encourageants.

La décision de Trump ne peut être justifiée par une violation de l'accord de la part de l'Iran. Il s’agit au contraire d’un retour à l'ancienne politique américaine de confrontation avec l'Iran, qui s’est révélée être en grande partie un échec. La seule différence cette fois est que l'administration Trump semble déterminée à aller jusqu’à la limite de la guerre – voire au-delà – pour obtenir ce qu’elle veut.

Si l'administration a quelque plan en tête pour garder le contrôle du programme nucléaire iranien en l'absence de l'accord sur le nucléaire, dans ce cas elle les garde bien secrets. A en juger par une partie de la rhétorique de l'administration, il semblerait que des frappes aériennes contre les installations nucléaires de l'Iran soient sur la table. Mais les bombardements ne feraient que retarder le programme nucléaire iranien, pas l'arrêter. Trump envisagerait-il alors une guerre de terrain massive pour occuper le pays et renverser le régime? Nous ne savons que trop bien quels ont été les résultats de cette stratégie la dernière fois qu'elle a été essayée.

Le plan global d'action conjoint (JCPOA) conclu entre l'Iran et les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Russie et la Chine, ainsi que l'Allemagne et l'Union européenne, n'a pas été conçu seulement pour éviter une course régionale aux armements nucléaires ou une confrontation militaire. Il était également pensé comme la première étape vers la création d'un nouvel ordre régional plus stable qui inclurait l'Iran.

L'ordre ancien a été créé par l’Accord Sykes-Picot conclu entre la Grande-Bretagne et la France à l’époque de la Première Guerre mondiale, qui a en grande partie créé les frontières nationales qui existent dans la région aujourd'hui. Un siècle plus tard, il est clair que l'ordre ancien est devenu obsolète, étant donné qu'il ne fournit plus aucun semblant de stabilité.

Au lieu de cela, les acteurs régionaux les plus importants – Israël, l'Iran, l'Arabie saoudite et la Turquie – ont tous rivalisé d'influence dans la guerre en Syrie et glissé collectivement vers un conflit sans espoir pour la maîtrise de toute la région. Parce qu'aucun pays n’est assez fort pour éliminer ou soumettre les autres, l’escalade de cette lutte ne promet que des années, voire des décennies, de guerre.

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L'instabilité de la région trouve son origine directe dans l'invasion et l'occupation de l'Irak menées par les Etats-Unis en 2003. Avec le renversement du régime de Saddam Hussein, l'Iran a gagné tout à coup l'occasion de poursuivre une sorte de quasi-hégémonie dans la région, en commençant par son voisin à majorité shiite. Et, après une série d'erreurs commises par l'Occident en Syrie, l'Iran a pu établir une présence sans entrave s’étalant jusqu’à la Méditerranée.

Tel est le contexte dans lequel le JCPOA a été négocié. L'accord a été destiné à réintégrer l'Iran dans l'ordre international, l’encourageant ainsi à jouer un rôle régional plus responsable. Mais la décision de Trump a exclu cette possibilité, faisant du rôle futur de l'Iran dans la région une question ouverte. Ne vous méprenez pas, cependant: d'une façon ou d'une autre, l'Iran restera partie intégrante du Moyen-Orient. Il représente une civilisation ancienne qui ne peut pas être simplement mise à l'écart ou ignorée, à moins que l'on veuille générer encore plus de chaos.

Après avoir abandonné le cadre pour influencer l'Iran par la voie diplomatique et économique, la seule alternative pour l'administration Trump est maintenant un changement de régime. De toute évidence, les faucons de la Maison Blanche, tels que le conseiller à la sécurité nationale John Bolton n'a pas tenu compte de l'une des leçons de la débâcle américaine en Irak. Compte tenu de l'incapacité d'apporter la stabilité à ce pays ou à la Syrie, il devrait être évident que l'escalade d'une confrontation avec un pays beaucoup plus grand comme l'Iran ressemble peu à une bonne idée.

Malheureusement, le JCPOA ne peut probablement pas survivre à la réimposition des sanctions américaines. Les entreprises européennes ne vont pas délaisser le marché américain beaucoup plus grand juste pour pouvoir maintenir des liens avec l'Iran. Et une fois que l'Iran aura perdu sa bouée de sauvetage économique en provenance d'Europe et d'autres régions du monde, il pourrait bien décider de relancer son programme nucléaire, ou même de se retirer du Traité de non-prolifération nucléaire, ce qui augmenterait le risque d’une guerre.

En outre, la Russie et les Etats-Unis sapent encore un peu plus la non-prolifération par leurs opérations de modernisation de leurs arsenaux nucléaires. Là où leurs dirigeants parlaient auparavant de réduction volontaire des armements et de désarmement vérifié mutuellement, ils sont maintenant davantage intéressés par des ogives nucléaires miniaturisées pouvant être utilisées comme bombes anti-bunker.

Lorsque les deux grandes puissances nucléaires du monde se comportent de la sorte, la perspective d'une autre guerre majeure au Moyen-Orient n’en devient que plus terrifiante. Après tout, avec une plus grande implication de la Russie en Syrie, le risque d'un affrontement entre les forces russes et occidentales dans la région a déjà augmenté. Et il est inconcevable que la Russie puisse tout simplement renoncer à sa nouvelle position de force en abandonnant l'Iran aujourd'hui.

Rien de tout cela n’est de bon augure pour l'Europe, qui sera directement affectée par une escalade des tensions dans la région, en raison de sa proximité géographique et de ses obligations historiques en Israël. Le cas échéant, l'UE devrait chercher une solution négociée qui réponde à la fois aux intentions hégémoniques des acteurs régionaux et à la question du contrôle des armes nucléaires et classiques.

Pour l'instant, l'Europe doit s'affirmer comme une voix de la raison, en tenant fermement à l'idée d'une remise en ordre pacifique du Moyen-Orient – quelle que soit la difficulté apparente de cette tâche pour le moment. Les Européens ne savent que trop bien les conséquences de luttes hégémoniques sans fin. L'UE a été créée en réponse à un siècle de guerre et de terreur qui a mené l'Europe au bord de l'autodestruction. La leçon a depuis été claire: la réconciliation et la coopération peuvent assurer un ordre régional pacifique. La manière de Trump – l’hégémonie – signifie le chaos.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont

http://prosyn.org/7AxaDwr/fr;

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