Israeli flags fly near the Dome of the Rock in the Al-Aqsa mosque compound Thomas Coex/Getty Images

Trump et la question de Jérusalem

TEL AVIV – Le Secrétaire d'État des États-Unis Henry Kissinger a notoirement fait remarquer qu'Israël était un pays dont toute la politique étrangère était en fait nationale. Pourtant la même chose est vraie des États-Unis, en particulier quand il est question du conflit israélo-palestinien.

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Tous les présidents des États-Unis qui ont essayé de résoudre ce conflit ont fait face à des obstacles politiques nationaux colossaux - et en effet, insurmontables. Avec sa décision récente de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël, Donald Trump a surenchéri sur cette tendance, bien que le résultat puisse se résumer à une nouvelle stagnation.

La déclaration de Trump sur Jérusalem est la dernière manifestation de la recherche peu probable de légitimité nationale du Président, qui en fait un individu quasiment obsédé par a réalisation de ses promesses de campagne, notamment le retrait ou la renégociation des principaux traités internationaux tels que l'association Transpacifique et l'Accord sur le climat de Paris. De même, la décision de Jérusalem était censée apaiser les rêves messianiques de son collège électoral évangélique massif.

Pourtant les actes de Trump ont des implications diplomatiques plus larges, qu'il semble incapable d'anticiper. Naturellement, la déclaration de Trump a été accueillie par la fureur des Palestiniens. Le Président Mahmoud Abbas a affirmé que « dorénavant » il n'accepterait « aucun rôle » pour les États-Unis dans le processus de paix et appelle même le monde à reconsidérer la reconnaissance d'Israël.

En outre, les puissances anti-américaines - le Hezbollah, l'Iran, la Russie et la Turquie - ont considéré la décision clivante de Trump comme une occasion d'accroître leur propre influence régionale, aux dépens des États-Unis et de leurs alliés. Ils espèrent se positionner comme des champions de la grande cause arabe et musulmane censément trahis par la faible réaction des amis arabes récemment découverts d'Israël, en particulier l'Arabie saoudite.

Cette réponse n'aidera pas plus les Palestiniens qu'elle ne va aider les États-Unis. La colère n'est pas une stratégie - une leçon que les Palestiniens ont appris là leurs dépens par le passé. Vraisemblablement, Abbas attend également toujours que le Royaume-Uni fasse des excuses pour la déclaration de Balfour de 1917, dont Israël vient de fêter le centenaire.

Le fait est que, malgré la démoralisation due à des années de « processus de paix » futiles, les masses palestiniennes ne sont vraiment pas d'humeur à entamer une troisième Intifada. Et elles rejettent la faute de leur situation difficile non seulement sur l'occupant, mais également sur leurs propres chefs non élus et tout à fait impopulaires, qui ne leur offrent aucune orientation ni aucun objectif réalisable.

La rhétorique agitatrice des défenseurs de la Palestine dans le monde arabe n'a jamais fait grand-chose non plus pour les Palestiniens. La déclaration de Jérusalem de Trump n'est pas « le début de la fin d'Israël, » comme Hassan Nasrallah, le chef de Hezbollah, l'a promis. Le Hezbollah tente simplement de détourner l'attention de sa guerre honteuse en soutien du régime génocide de Bachar el-Assad en Syrie.

De même, en s'engageant auprès des « Forces islamiques de résistance, » le patron du Hezbollah, l'Iran, réutilise simplement une politique qu'il poursuit depuis une date bien antérieure à cette déclaration, avec le but de promouvoir ses conceptions hégémoniques dans la région. En fait, alors que le mouvement a probablement renforcé la prétention de l'Iran à être le véritable défenseur de Jérusalem et de la Palestine, les plus grands bénéfices pour l'Iran seront probablement affectifs. Après tout, le Moyen-Orient sunnite - mené par l'Arabie saoudite pour qui la recherche pour la dominance régionale équivaut à une lutte pour la survie de son régime - n'acceptera pas être menée par la montée en puissance de l'empire chiite, surtout si cela implique de s'opposer de front à Israël et aux États-Unis.

La Palestine ne doit pas non plus beaucoup compter sur la Russie. Le Président Vladimir Poutine est un réaliste : il sait que prêter attention à l'appel de la Russie pour assumer un leadership dans le conflit israélo-palestinien nuirait à ses relations avec les deux camps, sans les rapprocher d'un règlement. La vocation de la Russie n'est pas - et n'a jamais été - celle d'un conciliateur.

Ainsi sous bien des aspects, la déclaration de Trump sur Jérusalem ne va pas changer grand-chose. Comme les Palestiniens et leurs amis de la communauté internationale risquent de s'en rendre compte quand le calme sera revenu, cela n'exclut pas la division éventuelle de la ville en deux capitales au titre d'une partie d'un règlement de paix et garantit encore moins la souveraineté d'Israël sur la totalité de Jérusalem comme étant sa « capitale éternelle. »

En fait, il est fantaisiste de supposer, comme semble le faire le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, que le soutien de Trump soit la clé pour amener les Palestiniens et leurs partisans arabes et musulmans à acquiescer à la domination juive israélienne sur une ville aussi importante pour les deux camps. Même Trump lui-même a admis des limites à la souveraineté d'Israël sur Jérusalem et a affirmé son engagement en faveur du statu quo au sujet des lieux saints de Jérusalem-Est.

En outre, la réponse modérée des dirigeants arabes ne doit pas être interprétée comme une justification de l'hypothèse de Netanyahou selon laquelle ses nouveaux alliés en Arabie saoudite et en Égypte pourraient contraindre les Palestiniens à conclure un accord de paix négocié par les États-Unis, mais qui ne serait pas conforme aux exigences fondamentales de leur doctrine nationale.

Quoi qu'il en soit, les jours du gouvernement expansionniste de Netanyahou sont comptés. La déclaration maladroite de Jérusalem ne peut pas sauver le gouvernement de coalition actuel de Netanyahou des scandales massifs de corruption et des conflits internes irréconciliables. Pas même un plan de paix favorable à Israël conduit par Trump (en supposant que sa déclaration n'y mette pas définitivement un terme), ne pourrait y réussir.

La coalition de droite de Netanyahou n'est tout simplement pas un partenaire favorable à un accord historique, sur Jérusalem ou sur tout autre élément du conflit. La seule marche à suivre consiste à ce qu'Israël produise une nouvelle coalition plus centriste et que les Palestiniens adoptent une approche plus sobre et plus stratégique. Dans ce cas, la déclaration de Trump sur Jérusalem n'exclurait pas une solution selon les paramètres de paix proposés par Bill Clinton. En fait, quand je dirigeais l'équipe de négociation israélienne il y a presque deux décennies, les deux camps ont accepté l'idée que Jérusalem soit divisée, bien qu'avec les frontières flexibles, le long des lignes ethniques.

Pour augmenter les chances de succès, le monopole de l'Amérique sur le processus de paix israélo-palestinien doit cesser. Au lieu de cela, les négociations doivent être conduites plutôt comme celles qui ont débouché sur l'Accord nucléaire de l'Iran de 2015, par un groupe de pays - en l'espèce, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies (Chine, France, Russie, Royaume-Uni, et États-Unis), plus l'Allemagne - qui ont collaboré en vue de ces résultats.

http://prosyn.org/d0REb9z/fr;

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