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La pseudo-realpolitik de Trump

NEW YORK – Certains s’enthousiasment pour le soi-disant réalisme du président élu Donald Trump. Il fera ce qui est bon pour l’Amérique, affirment-ils, ne s’embarrassera pas ce cas de conscience, ni ne se laissera distraire par l’infatuation d’une prétendue responsabilité à l’égard du reste du monde. Avec sa ruse et son pragmatisme d’homme d’affaires, il rendra l’Amérique plus forte et plus prospère.

À vrai dire, cette opinion est un leurre.

Il est à peu près certain que Trump ne s’embarrassera pas de questions morales. Il est précisément ce que l’historien grec Thucydide qualifiait de dirigeant immoral, « le plus brutal [et] le plus écouté du peuple », dont il exploite le « ressentiment » et le « désir de faire justice », qui « compte sur d’habiles calomnies ».

Mais l’immoralité n’est un trait ni désirable ni nécessaire du réalisme. (Thucydide lui-même était un réaliste moral.) Et l’on voit mal ce qui laisserait penser que Trump possède l’une quelconque des qualités réalistes que ses partisans lui prêtent. Comment peut-on espérer que cet homme, si orgueilleusement imprévisible, si profondément ignorant, exécute de grands desseins stratégiques, en l’occurrence la Realpolitik que Niall Ferguson, de l’université Harvard, biographe de Henry Kissinger, appelait de ses vœux après l’élection ?