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L’heure pour la technologie africaine de se convertir à l’écologie

JOHANNESBOURG – L’innovation technologique offre aux Africains de vastes possibilités. C’est la raison pour laquelle j’ai rejoint les acteurs du Forum économique mondial pour l’Afrique, qui s’est tenu du 11 au 13 mai, à Kigali, la capitale du Rwanda. Nous étions réunis pour débattre des moyens par lesquels l’économie numérique peut impulser le changement radical dont le continent a aujourd’hui besoin.

Mais il nous faut, dans le même temps, considérer quelques vieux outils légués par nos ancêtres, grâce auxquels ils pouvaient penser le long terme et l’ouvrage collectif. Ces outils forment également une technologie, et nous devons nous en servir pour donner leur chance aux générations futures.

Erdogan

Whither Turkey?

Sinan Ülgen engages the views of Carl Bildt, Dani Rodrik, Marietje Schaake, and others on the future of one of the world’s most strategically important countries in the aftermath of July’s failed coup.

Le changement climatique est notre dernière épreuve ; il peut nous permettre d’utiliser ensemble les technologies anciennes et modernes pour sauvegarder l’avenir de nos enfants.

Les Africains sont confrontés à des choix décisifs dans la lutte contre le réchauffement de la planète ; ils doivent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et s’aider les uns les autres à s’adapter au changement climatique. Si nous échouons aujourd’hui, les générations futures condamneront une inaction qui aura coûté cher et qu’elles jugeront injuste et immorale.

L’Afrique est l’une des régions du monde les plus sensibles au changement climatique. Alors qu’elle n’est responsable que de 2,3% des émissions mondiales de CO2. Notamment parce que deux tiers des Africains – 621 millions d’habitants – sont encore privés d’électricité.

Pour relever le double défi du changement climatique et du déficit énergétique, les pays Africains doivent se montrer solidaires. Les pays développés – principaux responsables du réchauffement global – doivent quant à eux tenir les promesses faites à Paris en décembre dernier, lors des discussions climatiques de la COP21.

Tout en nous réappropriant les méthodes liées aux vieilles technologies du vivre ensemble et du temps long, nous devons mobiliser les nouvelles technologies si nous voulons que l’Afrique surmonte le changement climatique. Pour vaincre la maladie, les parasites et les sécheresses, l’innovation dans les biotechnologies et les méthodes de culture est nécessaire.

Les nouvelles technologies peuvent aussi aider l’Afrique à sauter l’obstacle de la dépendance aux énergies fossiles pour accéder directement à un avenir où son empreinte carbone sera réduite. Le continent doit saisir la chance qui s’offre à lui de mettre en place des stratégies énergétiques à faible empreinte carbone, et devenir ainsi l’artisan de sa résilience et d’une croissance qui profite à tous, capable de réduire plus rapidement la pauvreté. Nous avons montré comment y parvenir dans le Rapport 2015 sur les progrès en Afrique, intitulé Énergie, population et planète, saisir les opportunités énergétiques et climatiques de l’Afrique.

Les sources d’énergie renouvelables vont remplacer progressivement les énergies fossiles. Elles ne les élimineront pas du jour au lendemain. L’Afrique a besoin d’un mixte énergétique adapté et dynamique, et surtout, dès à présent, de beaucoup plus d’énergie : l’Afrique sub-saharienne tout entière, si l’on excepte l’Afrique du Sud, produit actuellement moins d’électricité que l’Espagne.

Le degré d’instruction en Afrique est une des conséquences les plus saisissantes de la crise de l’énergie dont souffre le continent. J’ai travaillé presque toute ma vie dans l’enseignement, en tant que professeure et en tant que ministre de l’Éducation du Mozambique. L’expérience m’a appris que l’école est la clé du succès et de la prospérité. Mais dans de nombreux pays d’Afrique, 80% des écoles primaires n’ont pas l’électricité, ce qui est un handicap considérable à la qualité des cours.

Les pénuries d’électricité coûtent aussi des vies humaines. Presque quatre Africains sur cinq recourent pour cuisiner à de la biomasse solide, principalement du bois ou du charbon. En conséquence de quoi 600 000 personnes meurent chaque année de la pollution de l’air domestique. Des appareils de cuisson efficaces les sauveraient et libéreraient du même coup des millions de femmes et de filles des corvées comme le ramassage du bois mort, tandis que les bénéfices environnementaux seraient considérables.

La voie que doivent emprunter les dirigeants africains est clairement indiquée. Les intérêts nationaux à long terme doivent prendre le pas sur les objectifs politiques à court terme, sur les intérêts particuliers et sur le clientélisme. Les dirigeant africains doivent éradiquer la corruption passive, parvenir à une gouvernance plus transparente des entreprises de distribution d’énergie – dont certaines sont des centres de corruption et d’inefficacité –, renforcer les réglementations, et augmenter les dépenses publiques d’infrastructures énergétiques. Ils doivent aussi rediriger les 21 milliards de dollars dépensés en Afrique pour aider tant des compagnies déficitaires que la consommation d’électricité – souvent réservée aux riches – vers l’aide au raccordement et l’investissement dans les énergies renouvelables qui ouvriront aux pauvres l’accès à l’électricité.

Le cap que doivent tenir les dirigeants des principaux pays émetteurs de CO2 est également clair. Il leur faut fixer un prix adéquat à leurs émissions en les soumettent à l’impôt, plutôt que de continuer à les subventionner en dépensant des milliards dans l’exploration des sources d’énergie fossile. Les pays du G-20 doivent fixer un échéancier pour la suppression progressive de ce type de subventions.

Et les pays riches doivent mobiliser les milieux financiers internationaux du développement, qui peuvent jouer un rôle moteur pour aider les pays africains à combler leurs besoins en énergie. Dispersé, manquant de ressources et inefficace, le système de financement des politiques climatiques en Afrique est un échec. Il doit être réformé de fond en comble. Malheureusement, les principaux émetteurs mondiaux montrent peu d’empressement à financer le Fonds vert pour le climat des Nations unies.

Les dirigeants d’entreprises ont aussi une responsabilité. Ils doivent exiger un prix des émissions, conduire l’innovation et rechercher les possibilités de financement d’activités à faible empreinte carbone dans toute l’Afrique. Le gaz naturel et les sources d’énergie renouvelables, comme le soleil, l’eau et le vent, sont une chance pour l’Afrique, et non un risque. Les millions d’Africains énergétiquement pauvres et sans accès aux réseaux de distribution, gagnant moins de 2,50 dollars par jour forment un marché de l’énergie évalué à 10 milliards de dollars annuels.

L’Afrique est aujourd’hui la première à adapter de nombreuses technologies nouvelles, et l’on peut y voir le signe qui permettrait d’espérer une évolution rapide, le passage direct à l’ère numérique, en court-circuitant les modèles industriels du passé. En Afrique de l’Est, l’application M-Pesa, qui permet le transfert d’argent liquide au moyen d’un simple téléphone mobile dynamise les services micro-financiers, notamment le prêt pair à pair. Les bourses des produits de base offrent aux agriculteurs la possibilité de suivre les prix en temps réel.

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Il est temps pour nous d’adapter aux nouvelles technologies les compétences valorisées par nos vieilles technologies qui sont celles du vivre ensemble et du temps long. Si nous y parvenons, l’actuelle génération des dirigeants africains verra s’ouvrir à elle une chance unique de protéger les générations futures d’un désastre climatique, d’accomplir la promesse d’une énergie à portée de tous et de construire une prospérité partagée.

Traduction François Boisivon