Italys Newly appointed Prime Minister Giuseppe Conte, Italys Interior Minister and deputy Prime Minister Matteo Salvini, Italys Labor and Industry Minister and deputy PM Luigi Di Maio and Italys Undersecretary for Prime Minister Giancarlo Giorgetti ANDREAS SOLARO/AFP/Getty Images

La quadruple menace de l'Italie envers l'Europe

STANFORD – Le nouveau ministre de l'économie et des finances italien Giovanni Tria a cherché à rassurer les marchés financiers en déclarant que le nouveau gouvernement de coalition entre le Mouvement 5 Étoiles et la Ligue ne souhaite ni abandonner l'euro, ni faire exploser déficit budgétaire en violation des règles budgétaires de l'UE. Mais l'Europe n'est pas encore sortie d'affaire. Le gouvernement populiste et eurosceptique d'Italie a encore intensifié les risques à moyen terme posés par le secteur bancaire du pays, par la dette publique, par les politiques migratoires et de main d'œuvre et par le modèle de croissance.

Ce novembre aura lieu le 25ème anniversaire du Traité de Maastricht, qui a transformé la Communauté Économique Européenne en Union Européenne et l'année prochaine aura lieu le 20ème anniversaire du lancement de l'euro. Chaque institution n'a pas simplement survécu, mais s'est étendue, en dépit de défis tels que la crise de la dette souveraine de la Grèce et la décision du Royaume-Uni de quitter l'UE. Mais tandis que la zone euro a survécu à ces tempêtes, une série de questions en suspens continue de la miner.

Ces dernières années, un sentiment nationaliste et anti-immigration de plus en plus fort a provoqué l'essor de partis populistes souhaitant remettre en question des règles de l'UE et défier les bureaucrates de Bruxelles. Depuis la crise financière de 2008, de nombreuses banques européennes se montrent hésitantes et les niveaux de dette souveraine, des entreprises et des ménages restent élevés dans un grand nombre de pays européens. Bien que le chômage ait légèrement chuté, il est toujours deux fois plus important qu'aux États-Unis. Et après une légère hausse récente, le taux global de croissance économique de l'Europe a chuté à nouveau.

En outre, la population de l'Europe vieillit, mais les tentatives de baisse des transferts exorbitants, des impôts élevés et les règlementations inflexibles n'ont rencontré qu'un succès limité. Un exemple parfait est la proposition de réformes du Président français Emmanuel Macron sur les retraites, les impôts et le marché du travail, qui ont provoqué des protestations à chaque occasion.

En un mot, l'Europe souffre depuis longtemps d'une croissance tiède, d'une dette souveraine excessive - qui deviendra plus onéreuse lorsque les taux d'intérêt vont finir par augmenter - et de banques faibles et inefficaces. À l'avenir, davantage d'ennuis dans le secteur bancaire risquent de poser de graves problèmes, étant donné que plus de la moitié des prorogations de crédit en UE provient des banques – un taux qui atteint 70 % en l'Allemagne et Italie. En comparaison, seulement 35 % des prorogations de crédit aux États-Unis proviennent des banques.

En outre, les détresses économiques continues et la faible compétitivité d'un certain nombre de pays de la zone euro traduit leur manque de devises à dévaluer. La perte de souveraineté monétaire, associée à des contraintes démographiques et à la crise des migrants et des réfugiés, aide à comprendre pourquoi de nombreux électeurs se sont ralliés aux partis populistes et nationalistes. En Italie, au R-U, et dans d'autres États membres principaux, il y a une hostilité croissante face aux règles budgétaires communes générales et à des principes de base de l'UE tels que la libre circulation des personnes.

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Les problèmes de l'Europe ont tendance à se renforcer les uns les autres. La croissance anémique complique encore la situation des banques pour leur prêts non productifs, ce qui à son tour bloque la croissance et suscite le mécontentement de l'opinion publique. Même si le nouveau gouvernement de l'Italie a éliminé une épreuve de force au sujet de l'euro à court terme, il devra se confronter à ces questions économiques. Tria prétend que des augmentations des dépenses et des réductions d'impôts ne sont pas à l'ordre du jour. Mais c'est précisément sur cette panoplie de mesures que les partis de la coalition se sont mis d'accord quand ils ont formé leur gouvernement.

Les électeurs dans les démocraties soutiennent fréquemment les augmentations des dépenses et les réductions d'impôts, en dépit de l'impact que cela peut avoir sur la dette du pays. Mais la dette publique de l'Italie, à 130 % du PIB, est déjà la plus forte de toute l'Europe. Si le gouvernement finit par bafouer les règles budgétaires de l'UE, les gouvernements d'autres États Membres risquent d'être encouragés à suivre le mouvement - en particulier s'il y a une pression politique nationale dans ce sens. En raison de taux d'intérêt ultra-bas, l'Italie est parvenue à garder son déficit inférieur à 3 % du PIB, conformément au Pacte de stabilité et de croissance de l'UE. Mais quand les coûts du crédit vont commencer à monter, la lune de miel de la dette de l'Italie sera terminée.

Pour encore noircir le tableau, une grande part de la dette souveraine de l'Italie est détenue par ses propres banques chancelantes. Les Italiens ont longtemps été hostiles à la directive de « renflouement » de l'UE - qui exige que les créanciers subissent une perte en cas de faillite bancaire - parce que le régime de propriété des banques d'Italie, qui a émergé des villes-États historiques du pays, est fortement localisé. Ainsi, l'effondrement d'une banque italienne endommagerait sévèrement l'économie de la région environnante, tandis que les effets d'une faillite bancaire américaine seraient bien plus dispersés.

Un autre aspect à prendre en considération est l'immigration. Depuis 2011, 750 000 migrants sont arrivés en Italie depuis l'autre rive de la Méditerranée. Aujourd'hui Matteo Salvini, chef du parti de la Ligue et ministre de l'Intérieur, exige que d'autres pays de l'UE - en particulier la France - acceptent davantage de demandeurs d'asile. Après avoir récemment renvoyé un bateau de secours apportant environ 600 migrants, Salvini a écrit sur Facebook que, « sauver des vies est un devoir, transformer l'Italie en un énorme camp de réfugiés n'en est pas un. »

L'hostilité croissante de l'électorat italien contre l'immigration fait partie d'une tendance plus large à travers l'UE, allant de la Hongrie et de la Pologne au R-U. Juste avant le référendum du Brexit en 2016, le Premier ministre britannique d'alors David Cameron a adressé un appel de dernière minute à la Chancelière allemande Angela Merkel, en l'implorant de se mettre d'accord sur un plafond sur le mouvement des personnes vers le R-U. Merkel a refusé et le référendum du Brexit est passé avec une faible avance.

L'ironie de cette histoire, c'est que Merkel fait face actuellement au même retour de bâton anti-immigration que Cameron en 2016. L'immigration tend à être bonne pour une économie à long terme, en particulier si le taux de retraités par rapport aux travailleurs augmente. Mais quand le niveau de l'immigration excède la capacité d'un pays à absorber de nouveaux travailleurs, il peut y avoir de lourds coûts économiques et sociaux, au moins à court terme.

À travers l'UE, il y a des tensions de plus en plus grandes entre les conceptions de l'autonomie locale, de la souveraineté nationale et de l'autorité supranationale. Si la reprise cyclique de l'Europe ne se traduit pas par une croissance durable à long terme, alors la quadruple menace des banques d'Italie, de la dette, du retour de bâton de l'immigration et du malaise économique va mettre à rude épreuve la résilience de la monnaie unique - et l'intégration européenne dans son ensemble. Une grande partie de tout cela ne dépendra non seulement du nouveau gouvernement de l'Italie, mais également du destin de l'ordre du jour de la réforme de Macron.

http://prosyn.org/ORPzFD6/fr;

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