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Le cadeau de la Colombie au monde

MADRID – Après quatre longues années de pourparlers à La Havane à Cuba, le Président colombien Juan Manuel Santos a négocié la fin du conflit armé des gouvernements successifs avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), le groupe insurgé le plus résilient d'Amérique latine. La guerre civile de Colombie, qui a duré six décennies, a tué quelques 220 000 personnes et en a déplacé six millions d'autres. Mettre un terme à ce conflit a été un exploit remarquable en matière de diplomatie et Santos mérite les félicitations de tous. En effet, il est de loin le meilleur candidat au Prix Nobel de la Paix de cette année.

Trois principaux facteurs ont conduit à l'accord de paix. D'abord, les forces armées colombiennes ont amélioré leur efficacité, ce qui leur a permis de décimer les rangs des FARC. Ensuite, le travail diplomatique en amont de Santos, qui a adouci les relations auparavant tendues avec les pays voisins (Colombie, Venezuela, Équateur et Bolivie), un axe qui a longtemps contribué à soutenir les FARC en leur fournissant un appui logistique et politique. Et enfin, la nouvelle politique de Cuba du rapprochement avec les États-Unis, que Santos a su exploiter à son avantage dans ses propres efforts de paix.

Une fois mises en place les conditions pour des négociations, Santos a dû également traiter la cause fondamentale du conflit. Il a accompli cela en ratifiant la Loi sur les Victimes et la Restitution Agraire en juin 2011, en présence du Secrétaire Général de l'ONU, M. Ban Ki-moon. La loi a été un tournant décisif, parce qu'elle a simultanément apaisé des régions violentes, a rendu la justice à des millions de paysans dépossédés et a radicalement amélioré le niveau de vie, ce qui a atténué l'appel d'un groupe de guérilleros qui utilisait la bannière de la réforme agraire pour justifier ses atrocités incalculables. Il a même reçu l'éloge de l'Office du Haut-Commissaire de l'ONU aux Droits de l'Homme en Colombie, pour ses dispositions spéciales envers les femmes et les enfants survivants des abus de droits de l'homme, ainsi que pour ceux visés pour leur orientation sexuelle.

Bien qu'elle ne soit pas exempte de défauts, la Loi sur les Victimes et la Restitution Agraire a clairement aidé à préparer le terrain pour la paix et la réconciliation nationale en Colombie. En effet, l'ancien leader des FARC, Alfonso Cano  en personne (le nom de guerre de Guillermo Sáenz Vargas), l'a reconnu en 2011.