18

Les meilleurs moyens de combattre l’extrême pauvreté

COPENHAGUE – En 1950, le revenu annuel des citoyens de la Corée du Sud et du Pakistan était sensiblement le même. Aujourd’hui, il est difficile de comparer les deux pays. Le revenu par habitant des Sud-Coréens a été multiplié par 23 depuis cette date, et celui des Pakistanais par 3 seulement.

Comment aider les pays les plus pauvres à reproduire le succès sud-coréen est l’une des plus importantes questions posée à l’heure actuelle à la communauté internationale. Améliorer les perspectives économiques permettra à des pans entiers de la population mondiale de bénéficier d’une meilleure santé, d’une éducation plus poussée, d’une vie plus longue et d’une vulnérabilité moindre face à de nombreux défis, dont les catastrophes naturelles.

Chicago Pollution

Climate Change in the Trumpocene Age

Bo Lidegaard argues that the US president-elect’s ability to derail global progress toward a green economy is more limited than many believe.

Une grande partie des 169 cibles de développement proposées par les Nations unies pour les 15 prochaines années ont fondamentalement trait à une réduction de la pauvreté. Mais ces cibles ne sont pas toutes de valeur égale. Le Centre du Consensus de Copenhague, dont je suis le directeur, a récemment demandé à 60 équipes d’économistes d’évaluer les coûts et bénéfices de chacun des objectifs proposés, qui remplaceront en septembre prochain les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).

A première vue, l’un des objectifs qui semble le plus louable – le plein emploi pour tous – est en fait l’un des moins souhaitables. Malheureusement, ce n’est pas un objectif, mais un rêve. Les économies ont besoin d’un certain taux de chômage pour permettre aux salariés de changer d’emploi et la plupart des gouvernements mettent déjà l’accent sur la création d’emplois. Des recherches montrent que cet objectif serait utilisé par des politiciens et des groupes d’intérêt pour soutenir des politiques protectionnistes couteuses qui créeraient des emplois formidables pour certains tout en obligeant le plus grand nombre à occuper un emploi dans l’économie informelle. Cet objectif finirait sans doute par engendrer des retombées inférieures au coût de sa mise en œuvre et dans tous les cas n’aurait que peu d’efficacité pour réduire l’extrême pauvreté.

Près de 14,5 pour cent de la population mondiale, ou un milliard de personnes, vivent avec moins de 1,25 dollar par jour. Pourquoi donc ne pas mettre fin à l’extrême pauvreté en transférant les ressources permettant de porter leur revenu à au moins 1,26 dollar par jour ? Les plus pauvres auraient ainsi les moyens de mieux nourrir et éduquer leurs enfants et d’être en meilleure santé.

Mais ce scénario, en sus des coûts financiers, comporte de nombreux problèmes administratifs, accompagnés de corruption et de déficiences institutionnelles. Lorsque ces facteurs sont évalués à la lumière des bénéfices attendus en termes monétaires, chaque dollar dépensé en transferts d’espèces pour éradiquer l’extrême pauvreté ne produit que 5 dollars de valeur sociale, un rendement qui n’est pas si mauvais. Mais d’autres moyens permettent de créer davantage de valeur.  

Une possibilité serait de tripler le taux de pénétration du haut débit mobile dans les pays en développement. Cela permettrait aux petits producteurs, comme les agriculteurs et les pêcheurs, d’avoir accès à des informations concernant les marchés et de vendre leur production au meilleur prix – et de stimuler la productivité, accroître l’efficacité et générer plus d’emplois. Nos recherches ont démontré que les bénéfices cumulés s’élèveraient  à 17 dollars pour chaque dollar investi – ce qui en fait un très bon objectif de développement.

Une option meilleure encore est liée à la question de la migration. Aujourd’hui, plus de 200 millions de personnes travaillent dans un autre pays que leur pays d’origine. Et le vieillissement démographique des pays riches signifie qu’ils ont besoin d’importer de la main d’œuvre. De plus, les individus issus de pays en développement sont plus productifs dans les pays développés. Assouplir les restrictions imposées aux flux migratoires permettrait aux jeunes des pays en développement de suppléer à la main d’œuvre déclinante des économies industrialisées – et de dégager les recettes fiscales nécessaires aux soins aux personnes âgées.

Ces flux migratoires seraient également à l’avantage des pays en développement, grâce aux envois de fonds effectués par les travailleurs migrants. Au total, chaque dollar dépensé pour faciliter les migrations produirait plus de 45 dollars en bien social – et possiblement plus de 300 dollars. Si le climat politique actuel est peu propice à un accroissement des migrations, il faut quand même souligner à quel point il serait bénéfique pour les plus pauvres.

L’objectif de développement susceptible d’avoir l’impact le plus fort sur la prospérité mondiale serait l’aboutissement du cycle de négociations commerciales de Doha. L’abaissement des barrières commerciales permettrait à chaque pays de se concentrer sur ce qu’il fait le mieux, au bénéfice de tous. La libéralisation des échanges stimule en outre la croissance économique, grâce aux échanges de connaissances et à la multiplication des innovations. La prédominance donnée par la Corée du Sud aux échanges commerciaux mondiaux est l’une des principales raisons pour laquelle elle s’est développée aussi rapidement, en éradiquant presqu’entièrement la pauvreté en 65 ans.

La modélisation économique démontre qu’une issue heureuse au cycle de Doha ajouterait 11 mille milliards de dollars à l’économie mondiale chaque année d’ici 2030, principalement au bénéfice des pays en développement. Chaque individu de ces pays gagnerait, en moyenne, plus de 1000 dollars par an. Le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté serait réduit de 160 millions. Pour chaque dollar dépensé, principalement pour indemniser les agriculteurs occidentaux qui bloquent les négociations en cours, on peut s’attendre à des bénéfices de 2000 dollars, faisant de la libéralisation des échanges un investissement phénoménal.

Chacune de ces propositions – plein emploi, transferts d’espèces, meilleur accès au haut débit, plus grande liberté des mouvements migratoires et abaissement des barrières commerciales – fait l’objet d’au moins une des 169 cibles de développement des Nations unies. Là est le problème.

Tenter de faire aboutir simultanément 169 initiatives différentes serait insensé. Il faudrait pour se faire consacrer bien trop de temps et de ressources à des priorités moindres, au lieu de mettre l’accent sur les objectifs ayant potentiellement l’impact le plus important pour les pays les plus pauvres. En fait, nos recherches démontrent qu’il existe en réalité 19 objectifs – comme la libéralisation des échanges – qui auraient des retombées phénoménales et qui doivent avoir la priorité sur tous les autres.

Fake news or real views Learn More

La décision finale concernant les objectifs destinés à servir de cadre à une politique mondiale aura une incidence sur les flux de milliers de milliards de dollars au cours des 15 prochaines années. En septembre prochain, lorsque les dirigeants mondiaux seront rassemblés à New York, ils devront réfléchir aux moyens les plus intelligents d’améliorer la prospérité mondiale, aidant ainsi d’autres pays à suivre la voie de la Corée du Sud et à sortir leurs populations de la pauvreté.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin