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Si l'économie chinoise implosait…

NEW HAVEN – L'économie chinoise est-elle sur le point d'imploser ? Au vu de son surendettement, de ses bulles immobilières, de ses entreprises publiques zombies et de ses banques aux abois, on considère de plus en plus la Chine comme l'épicentre du prochain désastre dans un monde sujet aux crises.

Je reste convaincu que cette crainte est exagérée et que l'Empire du Milieu dispose de la stratégie, des ressources et de la volonté nécessaire pour se transformer en une société de consommation basée sur les services, capable de déjouer les grosses difficultés cycliques. Mais je reconnais que mon opinion est minoritaire. 

 1972 Hoover Dam

Trump and the End of the West?

As the US president-elect fills his administration, the direction of American policy is coming into focus. Project Syndicate contributors interpret what’s on the horizon.

A titre d'exemple le secrétaire américain au Trésor Jacob J. Lew s'en tient à l'idée quelle que peu étrange selon laquelle les USA "ne peuvent être le seul moteur économique de la planète". Mais ils ne le sont plus : cette année la contribution de la Chine à la croissance mondiale devrait être quatre fois supérieure à celle des USA. Il semble que Lew envisage le pire pour la Chine dans son appréciation de l'économie mondiale.

Que se passerait-il si les sombres prévisions sur les perspectives de l'économie chinoise se révélaient exactes, si son économie s'effondrait - avec un taux de croissance en chute libre, peut-être même négatif, ainsi que c'est souvent le cas dans les économies en crise ? En raison de l'inquiétude suscitée par l'économie chinoise, il est intéressant d'examiner en détail ce scénario.

Sans l'Empire du Milieu l'économie mondiale serait déjà en récession. Cette année le taux de croissance de la Chine devrait être d'environ 6,7% - une valeur largement supérieure à la plupart des prévisions. D'après le FMI (la référence en terme d'indicateurs économiques), elle représente 17,3% du PIB mondial mesuré en parité de pouvoir d'achat. Dans ces conditions, une augmentation de 6,7% de son PIB réel se traduira par une augmentation de 1,2 points de pourcentage du PIB mondial.

Sans la Chine, la dernière prévision de croissance du PIB mondial faite par le FMI ne serait donc plus de 3,1%, mais de 1,9% - bien en dessous du seuil de 2,5% généralement associé aux récessions mondiales. Ce serait la conséquence directe de son effacement, mais il faut aussi tenir compte de ses échanges commerciaux avec les autres grandes économies.

Cinq pays riches en ressources naturelles (l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada, la Russie et le Brésil) seraient durement touchés. Poids lourd de l'utilisation intensive des matières premières, l'Empire du Milieu a transformé leur économie qui représente presque 9% du PIB mondial. Les cinq pays prétendent qu'ils ont diversifié leur économie pour ne pas être trop dépendants de la demande de la Chine en matières premières. Mais ce n'est pas ce que disent les marchés des changes : chaque fois que les attentes relatives à la croissance de la Chine sont revues à la hausse ou à la baisse, les taux de change suivent le mouvement. Le FMI prévoit actuellement qu'en raison de la récession en Russie et au Brésil et de la faible croissance des trois autres pays, leur PIB d'ensemble va diminuer de 0,7% cette année. Inutile d'ajouter que si l'économie chinoise implosait, cette prévision serait fortement modifiée à la baisse.

La plupart des partenaires commerciaux de la Chine en Asie sont eux aussi dépendants de leurs exportations, avec le marché chinois comme débouché majeur. C'est vrai non seulement pour les petites économies asiatiques en développement comme l'Indonésie, les Philippines et la Thaïlande, mais aussi pour les grandes économies développées de la région comme le Japon, la Corée et Taiwan. Tous ensembles, ces 6 pays asiatiques qui dépendent de la Chine représentent 11% du PIB mondial. Un atterrissage brutal de l'économie chinoise pourrait facilement se traduire par une baisse d'un point de pourcentage de leur taux de croissance.

Quant aux USA, la Chine constitue leur troisième marché exportateur et celui qui connaît la croissance la plus forte. Si la Chine implosait, sa demande s'effondrerait - ce qui se traduirait par une baisse du PIB américain de 0,2 à 0,3 points de pourcentage, alors qu'il ne devrait augmenter que de 1,6% cette année.

Enfin considérons l'Europe. De longue date moteur économique d'un continent sclérosé, l'Allemagne reste très dépendante de ses exportations. Cela tient à la place grandissante de la Chine, devenue le troisième marché exportateur de l'Allemagne, derrière l'UE et les USA. Si la Chine implosait, l'économie allemande serait frappée de plein fouet, entraînant à sa suite le reste de l'Europe.

Dans ses toutes récentes Perspectives économiques mondiales d'octobre, le FMI consacre tout un chapitre à une analyse de l'effet de contagion d'un éventuel ralentissement chinois. En cohérence avec ce que j'ai dit précédemment, le FMI s'intéresse notamment aux répercussions d'un crash de la Chine sur les pays qui seraient les premiers affectés, à savoir les exportateurs de matières premières, ses partenaires commerciaux en Asie et les "économies avancées d'importance systémique" (l'Allemagne, le Japon et les USA). Les pays asiatiques seraient les plus touchés, suivis de près par les cinq pays déjà mentionnés riches en ressources naturelles ; enfin les répercussions sur l'Allemagne, le Japon et les USA seraient environ moitié moindre de celles qui affecteraient les partenaires commerciaux de la Chine en Asie (hors Japon).

L'étude du FMI suggère que l'effet de contagion d'un crash chinois représenterait le quart de la contribution directe de la Chine à la croissance mondiale qui est évaluée à 1,2 points de pourcentage - soit 0,3 point de pourcentage. Autrement dit un crash de l'économie chinoise se traduirait par une baisse totale de 1,5 points de pourcentage du taux de croissance mondial qui pour cette année tomberait ainsi de 3,1% à 1,6% - soit une contraction d'environ 50%. Ce taux de 1,6% est très éloigné de celui de 2009 après la crise financière mondiale (0,1%), mais il se rapproche de ceux atteints lors des deux précédentes grandes récessions mondiales en 1975 et en 1982 (respectivement 1% et 0,7%).

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Peut-être suis-je le seul à rester optimiste en ce qui concerne la Chine, par contre je ne le suis pas excessivement pour l'économie mondiale. Je crois que le monde est confronté à des problèmes bien plus graves qu'un atterrissage brutal de l'économie chinoise. C'est pourquoi les prophètes de malheur devraient réfléchir soigneusement aux priorités. Ceci dit, je suis le premier à reconnaître que sans la locomotive chinoise, l'économie mondiale d'après-crise serait en grande difficulté.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz