17

Ce que la victoire de Trump signifie pour l’Europe de l’Est

VARSOVIE – La prédominance du libéralisme économique en Occident conduit à la perte du libéralisme politique. Les grandes puissances sont de plus en plus nombreuses à faire l’expérience non pas de simples élections, mais de véritables plébiscites autour de la démocratie libérale – tranchés par les votes de ceux qui s’estiment les perdants du système. Aux États-Unis, l’élection de Donald Trump à la présidence vient sanctionner un establishment qui n’a pas su entendre les revendications du mouvement Occupy Wall Street en 2011.

La prochaine remise en question de l’ordre établi aura lieu en Italie le 4 décembre, lors d’un référendum constitutionnel qui pourrait décider du sort du Premier ministre italien Matteo Renzi. Ce référendum préludera aux élections présidentielles françaises du printemps, à l’issue desquelles une victoire de l’extrême droite du Front national de Marine Le Pen conduirait presque certainement à l’effondrement définitif de l’Union européenne, voire de l’Occident géopolitique dans son ensemble.

Quelle que soit l’issue de ces différents scrutins, le Brexit et la victoire de Trump démontrent d’ores et déjà que la démocratie libérale a cessé d’être le point de repère des régimes politiques occidentaux. Or, cette évolution s’accompagne d’implications considérables. En effet, comment des « swing states » tels que la Pologne peuvent-ils atteindre l’objectif d’une démocratie libérale maintenant que ce paradigme de référence n’existe plus ? Jamais au cours de l’histoire l’Europe de l’Est n’est sortie gagnante d’une situation de détérioration des conditions politiques plus à l’ouest.

Trump n’est pas seulement un enfant turbulent à qui l’on aurait confié le bouton nucléaire ; il nourrit par ailleurs une ambition dangereuse, et ses propositions de politique étrangère pourraient bien éroder plusieurs alliances cruciales, jusqu’à déstabiliser l’ordre international. Bien entendu, personne – pas même le principal intéressé – ne sait véritablement s’il tiendra ses promesses de campagne. Mais c’est précisément là qu’est le problème : les gouvernements les plus imprévisibles sont toujours les moins souhaitables pour la géopolitique globale. Or, pour la Pologne et plusieurs autres pays d’Europe de l’Est, dont l’indépendance et la démocratie se fondent sur l’actuel statu quo mondial, il pourrait bien s’agir d’une question vitale.