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Trump est-il capable de gérer la Corée du Nord ?

DENVER – Comme beaucoup d’autres avant elle, l’administration du président américain Donald Trump a connu des débuts mouvementés. Les défis les plus pressants restent néanmoins à venir, parmi lesquels la question de la Corée du Nord, dont le dirigeant Kim Jong-un a annoncé à l’occasion de son discours du nouvel an que le pays avait conçu – et se préparait à tester – un missile balistique intercontinental capable de transporter des têtes nucléaires.

En début d’année, alors qu’il n’était encore que président élu, Trump a manifesté ses intentions en tweetant « Cela n’arrivera pas ! ». On peut imaginer la manière dont le gouvernement nord-coréen a pu interpréter cette déclaration. Peut-être Trump entend-il formuler une menace officielle, et fixer une ligne rouge via son moyen de communication favori. Peut-être formule-t-il une simple prédiction, en pariant contre une prouesse technologique de la part de la Corée du Nord. Ou peut-être souhaite-t-il tout simplement susciter l’expectative quant à ses propres intentions.

Quelles que soient ses velléités, Trump hérite bel et bien d’un sempiternel problème nord-coréen, celui d’une crise mondiale récurrente qui depuis les années 1980 figure sur la liste des préoccupations de politique étrangère du président des États-Unis. Mais cette fois-ci la menace est réelle : sous le mandat de Trump, le régime de Pyongyang pourrait bien acquérir la capacité de frapper les États-Unis au moyen d’une arme de destruction massive.

Le gouvernement nord-coréen entend moins tester le nouveau président américain que simplement tester ses dispositifs et missiles nucléaires. Comme en témoigne le caractère menaçant de son programme d’armements nucléaires, le pays ne s’efforce plus outre mesure de dissimuler ses échecs périodiques, ce qui marque une rupture par rapport aux pratiques du passé. Les spéculations quant aux motivations de la Corée du Nord dans le développement d’armes atomiques remontent aussi loin que l’effort lui-même. Or, bien qu’il puisse être utile de connaître le véritable objectif de la Corée du Nord – survie du régime, prestige international, autodéfense et suprématie régionale figurant parmi les tentatives d’explication les plus courantes – cet objectif est en fin de compte sans véritable importance.

Il n’existe pas de bonne option dans la résolution de ce problème, que Trump ne peut cependant se contenter d’ignorer, ou de déléguer à la Chine, comme il l’a suggéré au cours de sa campagne. Une stratégie efficace exige que toutes les formes de la puissance américaine soient déployées, en premier lieu desquelles l’usage de la diplomatie et de la coopération auprès de la Chine.

Au-delà de la question nord-coréenne, Trump hérite de plusieurs défis difficiles dans le reste de l’Asie orientale. En effet, la Chine demeure inflexible dans ses prétentions territoriales en mer de Chine méridionale, ce qui signifie que l’Amérique devra rester vigilante si elle entend maintenir un accès sûr aux voies de navigation cruciales de la région. Dans le même temps, la Corée du Sud est plongée dans un scandale de corruption, qui a atteint des sommets avec la destitution de sa présidente Park Geun-hye. Une élection présidentielle pourrait avoir lieu dès le mois de mai, ce qui n’exclut pas une incertitude considérable quant à l’avenir du pays. Enfin, bien que les relations entre le Japon et la Corée du Sud se soient détendues ces dernières années, les choses pourraient changer avec l’évolution de la situation politique dans le régime de Séoul.

Dans ce contexte difficile, toute stratégie consistant pour Trump à en finir avec le programme nucléaire nord-coréen devra intégrer un certain nombre d’éléments à la fois évidents et cruciaux. Pour commencer, il est indispensable que l’Amérique maintienne de solides relations avec ses deux alliés dans la région, à savoir le Japon et la Corée du Sud. Vis-à-vis de ces États, la nouvelle administration devra faire preuve d’intelligence dans la poursuite d’autres objectifs, tels que la coopération en matière commerciale et militaire. Japon et Corée du Sud ont en effet tendance à faire preuve d’une extrême sensibilité aux changements dans l’opinion publique, et il est important que les États-Unis veillent à ne pas susciter de mécontentement autour de problématiques secondaires, d’autant plus que la Corée du Sud pourrait connaître une année mouvementée.

Bien entendu, la difficulté consistant à gérer ces deux alliances est sans commune mesure avec la gestion des relations auprès de la Chine. Aux yeux de celle-ci, la question nord-coréenne ne peut être réduite à des considérations d’effondrement de régime, ou de vagues migratoires subséquentes. Les points de vue des dirigeants chinois varient quant au régime de Pyongyang, et ils ne sont pas tous favorables ; pour autant, l’un de ces points de vue a ceci d’important qu’il considère que le déclin de la Corée du Nord pourrait affecter les intérêts stratégiques de la Chine, si jamais les changements dans la péninsule coréenne – tels que l’émergence de la Corée du Sud en tant qu’État successeur – venaient à être considérés comme plaçant la Chine en position désavantageuse vis-à-vis des États-Unis.

À l’issue de l’élection présidentielle américaine, Trump et ses conseillers semblent être arrivés à la conclusion que le meilleur moyen de renverser la position stratégique de la Chine consiste à réexaminer toutes les conventions d’autrefois, y compris la politique de la « Chine unique ». Le raisonnement à l’appui de cette approche consiste à considérer que la Chine fera tôt ou tard des concessions afin de recouvrer son statut prisé de seul et unique gouvernement chinois à pouvoir être reconnu par les États-Unis.

Seulement voilà, pour reprendre la formule de Trump, « cela n’arrivera pas ». La Chine n’est pas le sous-traitant d’un projet de construction, et dispose de moyens lui permettant d’exercer sa propre pression sur la nouvelle administration américaine. Le fait de raviver des problématiques résolues depuis longtemps ne sera pas propice à une coopération bilatérale, et ne pourra qu’exacerber une méfiance stratégique croissante entre la Chine et les États-Unis.

La gouvernance est un exercice qui consiste à fixer des priorités, et la politique étrangère américaine vis-à-vis de la Chine a trop souvent cherché à poursuivre un large ensemble d’objectifs, plutôt que de se pencher sur la question de savoir si certains objectifs n’étaient pas plus importants que d’autres. À titre d’exemple, les concessions majeures que peut faire la Chine sur le plan commercial serviront-elles véritablement davantage les intérêts américains que l’élimination de la menace nord-coréenne ?

Ainsi appartient-il aujourd’hui à l’administration Trump d’évaluer avec un esprit clair les intérêts de l’Amérique dans la région, et de se fixer en conséquence un certain nombre de priorités dans le cadre de ses politiques. Espérons que cette administration se concentrera sur la menace nucléaire nord-coréenne, qui est tout à fait réelle – et qui pourrait se préciser plus tôt que nous le pensons.

Traduit de l’anglais par Martin Morel