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Construire la coopération dans un monde incertain

DAVOS – Le monde arrive à un tournant : la puissance s’y déplace et s’y disperse d’une façon qui indique l’émergence d’une nouvelle ère multipolaire. Dans les turbulences de l’environnement global ainsi créées, les opportunités de rivalité ou de coopération se multiplient et touchent bien des domaines. Pour ce qui concerne l’économie, la technologie et l’environnement, toute la question est de savoir si les parties chercheront des objectifs communs vers lesquels progresser ensemble ou bien des avantages stratégiques dans une concurrence entre elles.

Durant presque toute l’après-guerre froide, les questions afférentes au commerce, à la recherche scientifique et au changement climatique furent pour l’essentiel traitées isolément des considérations de concurrence mondiale. Ainsi les économies des États-Unis et de la Chine ont-elles prospéré ensemble pendant vingt ans, dynamisant les marchés et multipliant les possibilités d’investissement des autres pays au sein d’un système commercial et financier global et ouvert.

De même, le développement rapide d’Internet au début de ce siècle fut rendu possible par une structure commune et facile d’accès, maintenue le plus souvent en dehors des rivalités nationales. En conséquence de quoi le nombre d’utilisateurs d’Internet a connu une augmentation exponentielle, passant d’un peu plus de 400 millions en l’an 2000 à environ 2 milliards en 2010.

Et même au cours de la guerre froide, États et autres acteurs sont parvenus à mettre de côté la compétition stratégique pour répondre aux questions globales comme celle de l’environnement. On se souvient surtout de l’élargissement du trou de la couche d’ozone, qui encouragea à une action collective en faveur du climat. À partir du protocole de Montréal, signé en 1977, les États du globe ont pu réduire suffisamment leurs usages de chlorofluorocarbures (CFC) pour qu’on puisse aujourd’hui envisager que l’atmosphère se reconstitue.

Aujourd’hui pourtant, des questions qui autrefois scellaient le partenariat risquent de se constituer en lignes de fracture de nouveaux conflits. Les prévisions de croissance à court terme de l’économie mondiale ont été revues à la baisse – et les perspectives sont rendues plus moroses encore par la mobilisation des échanges commerciaux au profit des intérêts géopolitiques particuliers plutôt qu’à celui de la prospérité commune. En outre, contrairement à l’amincissement de la couche d’ozone, la fonte de la calotte glaciaire arctique n’a pas battu le rappel en faveur de mesures climatiques plus ambitieuses. Les États y voient plutôt l’occasion d’une course aux ressources naturelles et à l’ouverture de routes commerciales dans le Grand Nord. Quant aux technologies, l’effet positif d’une structure de communication commune globale est aujourd’hui menacé, étant donné la possibilité d’un « découplage » des systèmes de communication utilisés par les États-Unis et la Chine, passant par des réseaux 5G distincts.

Mais ces développements ne signifient pas nécessairement que nous devrions nous résigner à une période de compétition plutôt que de coopération géopolitique. Le terrain de la géopolitique est en expansion – les dynamiques de puissance s’y ouvrent des chemins dans de nouveaux domaines –, par conséquent les acteurs influents y sont plus nombreux. Les parties peuvent s’y regrouper en divers ensembles pour déterminer l’évolution des relations internationales.

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Pour commencer, les puissances émergentes et moyennes réagissent à l’éventualité d’une fracture de l’ordre mondial en réaffirmant la nécessité du multilatéralisme. La France et l’Allemagne travaillent avec d’autres pays animés de la même volonté à la construction d’une Alliance pour le multilatéralisme, qui s’est fixé comme objectif de relancer la coopération internationale dans des domaines comme la sécurité du cyberespace et le changement climatique. En Afrique, les États renforcent leurs liens économiques grâce à la création de la Zone de libre-échange continentale, qui va réunir 54 États membres et représenter en PIB cumulé plus de 2 000 milliards de dollars. En Asie du Sud-Est, pendant ce temps, les États membres de l’ASEAN ont entrepris de renforcer leurs partenariats régionaux et leur intégration, s’apprêtant à signer dans l’année un Partenariat économique intégral régional. Cet accord commercial – qui comprend également la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande – concernera quelque 45 % de la population mondiale et instituera le bloc commercial le plus important au monde.

Les acteurs non étatiques sont également en position d’exercer une influence croissante. Les entreprises de taille mondiale représentent aujourd’hui une part importante de la production économique totale, et les patrons du secteur privé s’engagent de plus en plus en faveur d’actions qui vont au-delà des bénéfices à court terme. Ainsi l’an dernier, 87 grandes entreprises ont-elles annoncé qu’elles contribueraient à maintenir le réchauffement climatique dans la limite d’une hausse de 1,5° Celsius. Et de nombreux dirigeants d’entreprise mettent en garde contre les dangers potentiels d’une « guerre froide » technologique entre les États-Unis et la Chine ou du découplage des économies des deux pays.

Si la nature changeante de la puissance mondiale peut inciter certains acteurs à chercher un bénéfice dans la confrontation, le champ en extension des parties prenantes offre la possibilité d’une correction de cap. La géopolitique de l’ère qui s’annonce est actuellement en construction, et il existe encore une chance d’orienter le monde vers la coopération et de le détourner d’une compétition potentiellement dévastatrice.

Traduit de l’anglais par François Boisivon

https://prosyn.org/UoQHDZ8fr;

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