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Les citoyens en lutte contre l’extrême pauvreté

Il y a vingt ans, un mouvement de simples citoyens mené par le Rotary International, organisation bénévole comptant environ 1,2 million de membres répartis dans plus de deux cents pays, a décidé d’agir. On recensait alors plus de 300.000 cas de poliomyélite par an, malgré l’éradication quasi-totale de la maladie dans les pays riches, où la vaccination était devenue monnaie courante. Le Rotary a relevé le défi d’inoculer des vaccins aux plus démunis des régions où les systèmes de santé publiques sont médiocres, voire inexistants. Les Rotariens ne rêvaient pas seulement de réduire le nombre de cas de polio, mais aussi de venir entièrement à bout de la maladie. Ce but est en passe d’être atteint.

Au lieu d’attendre que les hommes politiques n’entrent en lutte contre la polio, les Rotariens ont pris les devants. Quelques années plus tard, l’Organisation mondiale de la santé s’est ralliée à leur cause, suivie par d’autres instances internationales et pays donateurs. La coalition d’organismes privés et publics ainsi formée est désormais au soutien du grand dessein du Rotary. En 2006, le nombre de cas de polio a baissé de façon spectaculaire : on en compte aujourd’hui moins de 3.000 par an.

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Même si l’éradication de la maladie est en bonne voie, il reste néanmoins du chemin à parcourir, puisqu’au cours des dernières années, certains pays ont été touchés par des épidémies localisées. Dans des cas particuliers, comme au nord du Nigeria, le refus social du vaccin a fait obstacle à une protection suffisante de la population. Des foyers de transmission de la polio subsistent en Inde, au Pakistan et en Afghanistan. D’autres pays ont vu la maladie réapparaître de façon sporadique, amenée par des voyageurs venant de régions où elle n’a toujours pas disparu. Dans de rares cas, c’est le vaccin lui-même qui est en cause et qui a conduit à la contamination.

Pourtant, malgré les difficultés rencontrées pour traquer les tous derniers cas de polio, des progrès inouïs ont été faits. Plus important encore, le rôle mobilisateur du Rotary pour enrayer le fléau donne une leçon plus générale dans la lutte contre l’extrême pauvreté, la famine et la maladie. Même lorsque les hommes politiques ne prennent pas d’initiatives, des individus dévoués et des organismes bénévoles ont toujours la possibilité de changer le monde. Le secret de la réussite d’une telle entreprise est d’associer une idée audacieuse à des techniques concrètes et efficaces, puis de les faire valoir par une action citoyenne de masse.

Cette leçon s’applique aussi aux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), dans lesquels se sont engagés des gouvernements du monde entier, en 2000, pour remédier à la pauvreté, la maladie et la famine. Les OMD sont ambitieux, mais néanmoins réalisables. Ils prévoient, par exemple, de faire baisser d’ici 2015 la proportion de la population mondiale qui souffrait de sous-alimentation chronique en 1990, et de réduire le taux de mortalité infantile de trois quarts. Les OMD se préoccupent également de la mortalité des mères en couches, du manque d’accès à l’eau potable et aux installations sanitaires, et des maladies mortelles, comme la malaria, la tuberculose et le SIDA.

Tout comme avec la polio, la lutte contre ces fléaux peut être menée à bien grâce à des techniques si concrètes et efficaces qu’elles peuvent aider des familles, actuellement prises au piège de la pauvreté, à s’en sortir une bonne fois pour toutes.

Prenons l’exemple de la famine en Afrique. La plupart des fermiers africains, qui cultivent de minuscules lopins de terre, ne produisent pas assez pour nourrir leurs familles, et encore moins pour en percevoir quelque revenu. Le problème vient de ce que ces fermiers sont trop pauvres pour obtenir des moyens de production modernes de base — notamment, des variétés de graines à rendement élevé, de l’engrais et des systèmes d’irrigation à petite échelle — qui ferait doubler ou tripler leur rendement alimentaire et commercial.

La solution n’est donc pas plus compliquée qu’un vaccin contre la polio. Si des organisations comme le Rotary International peuvent contribuer à ce chaque agriculteur africain dispose d’un sac de 50 kg d’engrais adapté et de 10 kg de graines enrichies, alors, l’augmentation de la production agricole suffirait à remédier à la famine et permettrait aux familles d’exploitants de vivre de leur activité agricole.

De telles démarches pratiques peuvent résoudre bon nombre des problèmes fondamentaux liés à l’extrême pauvreté. Prenons également l’exemple des cas de contamination et de décès de la malaria, qui diminueraient considérablement grâce à l’utilisation de moustiquaires pour les lits et aux médicaments anti-malaria. Une moustiquaire coûte environ 5 euros, dure cinq ans et peut servir à deux enfants. On peut donc protéger le lit d’un enfant pour seulement 0,50 euro par an, et si celui-ci contracte tout de même la maladie, un traitement médical d’un euro peut le guérir. Pourtant, ceux qui en ont le plus besoin ne peuvent se procurer ces deux remèdes anti-malaria, car ils sont trop pauvres.

La Croix Rouge américaine et d’autres organisations ont heureusement suivi l’exemple du Rotary, en faisant appel aux donations et aux bénévoles privés pour combler le vide laissé par les décideurs politiques. A présent, la Croix Rouge, assistée par des partenariats, distribue gratuitement dans tout l’Afrique des moustiquaires aux familles démunies, de la même façon que le Rotary distribue des vaccins contre la polio.

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Il est grand temps que les instances bénévoles prennent en charge à leur tour les OMD, par une action directe. Il n’est pas nécessaire d’attendre les hommes politiques pour agir. En peu de temps, les citoyens du monde entier peuvent accomplir de grandes avancées dans la lutte contre la maladie, la faim et la pauvreté. Et c’est alors que les hommes politiques suivront.

La clé du succès est d’avoir l’esprit pratique, l’audace, et plus important encore, que les plus aisés donnent de leur temps et de leur argent pour apporter une aide concrète — qu’elle se présente sous la forme de graines à rendement élevé, d’engrais, de médicaments, de moustiquaires, de puits d’eau potable ou de matériaux pour construire des écoles et des cliniques — aux plus pauvres.