A fisherman stands in the water of the Yangtze river RED DUFOUR/AFP/Getty Images

La Chine à la recherche d'une croissance qualitative

HONG KONG – A l'heure où le Président chinois Xi Jinping entame son deuxième quinquennat, le passage à « une croissance qualitative » est en tête de liste de l'agenda politique du pays. Au sein du gouvernement de la Chine, un engagement calme mais résolu à favoriser un nouveau modèle de croissance qui corrige les distorsions créées par des décennies de croissance à deux chiffres – notamment la corruption, la pollution, montée des inégalités ainsi que d'autres déséquilibres structurels – prend racine.

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Durant la majeure partie de ces 40 dernières années, la Chine s'est concentrée sur le développement terrestre, grâce aux initiatives locales visant à attirer des investissements vers les infrastructures, les ressources humaines et les recettes fiscales. La création de zones économiques spéciales, de parcs industriels et de zones de libre-échange ont facilité ce développement, car elles ont bénéficié d'un grand bassin de main-d'œuvre bon marché, qui a émigré depuis les zones rurales.

Tout au long de ce processus, la Chine a utilisé la croissance du PIB comme principale mesure de sa réussite. Cela a permis l'établissement d'objectifs bien définis et d'incitations en faveur des responsables locaux en concurrence mutuelle. Mais cela a également causé une profusion de problèmes graves – tels que des dégâts sur l'environnement, des inégalités, des dettes excessives, de la surcapacité et de la corruption.

Actuellement, le gouvernement chinois recherche une plus large gamme de mesures aux niveaux locaux et nationaux qui couvrent non seulement la croissance, mais également la qualité de vie. La vision derrière cette évolution a été rendue publique au Parti communiste du 19ème Congrès national de la Chine en octobre dernier, où Xi a insisté sur les 14 secteurs de politique qui seront essentiels au développement d'un « socialisme aux caractéristiques chinoises. »

Parmi ces impératifs figurait « l'adoption d'une nouvelle vision du développement, » qui « assure et améliore les niveaux de vie. » Cette vision doit être renforcée par un engagement à se tourner vers une « approche axée sur les populations » et vers « l'harmonie entre l'homme et la nature. » Xi a également insisté sur une gouvernance solide, plus précisément « visant à assurer la direction du Parti sur tout travail, » « à assurer que toutes les dimensions de la gouvernance soient fondées sur le droit » et « exerçant une gouvernance complète et rigoureuse sur le Parti. »

La motivation qui pousse la Chine à se recentrer sur le développement n'a rien de surprenant. La Chine est à présent la deuxième plus grande économie du monde et représente près de la moitié de la croissance mondiale. Elle a à présent largement rattrapé les pays avancés en termes d'infrastructure, de commerce, d'investissements et d'industrialisation. Continuer à renforcer sa position sur la scène mondiale est désormais une question de conformité et même de dépassement des normes mondiales dans des domaines allant de la durabilité à la bonne gouvernance.

Évidemment, pour relever les défis auxquels la Chine est confrontée, il faudra beaucoup d'essais et d'erreurs - un peu comme ceux qui ont permis son développement dans le passé - sans parler de l'acceptation de certaines pertes économiques. Par exemple, le déclin des zones industrielles dans le Nord-Est de la Chine et l'émergence de grappes industrielles modernes et compétitives dans les deltas du Yangzi Jiang et dans celui de la rivière des Perles dans le Sud-Est de la Chine, sont deux aspects d'un même problème. La concurrence du marché en Chine a fait des gagnants et des perdants, les gagnants dans le Sud-Est recrutent les entrepreneurs, les talents et d'autres ressources chez les perdants du Nord-Est.

La gestion de la transformation des économies régionales chinoises, tout en préservant la stabilité sociale, va exiger un équilibre prudent entre la vieille stratégie de croissance illustrée par les perdants - qui dépendaient fortement des entreprises publiques et des investissements publics - et la nouvelle approche axée davantage sur le capital humain en cours de développement par les gagnants. Ce faisant, la Chine devra prendre en compte les facteurs locaux, tels que les tendances démographiques, les ressources naturelles et l'attrait des régions pour les touristes nationaux à revenus moyens.

Ce rééquilibrage va nécessiter que le gouvernement central aide à alléger le fardeau de la dette résultant des projets en faillite dans les régions perdantes, comme il l'a fait dans les années 1990, en annulant les pertes subies par les entreprises publiques durant la crise financière asiatique. Cela ne signifie pas que la Chine doive sauver des industries locales dépassées. Cela signifie plutôt qu'il faut éviter que les coûts irrécupérables du modèle de croissance passé qui ont piégé des régions entières dans une croissance et un développement de faible qualité, en permettant aux populations locales de développer des start-ups innovantes, tout en investissant dans des projets générant des revenus.

Outre les ajustements structurels du côté de l'offre, la Chine doit veiller à ce que sa nouvelle stratégie de croissance réponde aux problèmes du « dernier kilomètre » du développement urbain et humain, notamment les embouteillages, les goulets d'étranglement des infrastructures, les pénuries de logements et les services insuffisants en matière d'éducation et de santé. Dans l'état actuel des choses, la résolution de ces problèmes au niveau micro-économique - qui est essentielle pour le bien-être humain - fait partie des domaines les plus faibles des plans de réforme macroéconomique et sociale complexes de la Chine.

La Chine dispose de toutes les ressources physiques, financières et sociales dont elle a besoin pour résoudre ces problèmes, ce qui représente d'importantes opportunités d'investissements pour les secteurs public et privé. Mais pour réussir, une stratégie doit non seulement prendre en compte les retours locaux sur ce qui est réalisable dans les conditions locales ; elle doit également permettre une appropriation locale des solutions, en particulier la conception et la mise en œuvre.

En tout état de cause, les dirigeants chinois ont montré leur volonté et leur capacité d'envisager la situation d'un point de vue global, en acceptant des taux de croissance du PIB plus bas alors qu'ils rééquilibraient le modèle de développement du pays et qu'ils cherchaient à améliorer la qualité de vie. Il ne sera pas facile de réaliser la vision d'un « développement axé sur la population » annoncé par Xi en octobre dernier. Mais la Chine est sur la bonne voie.

http://prosyn.org/GxEb9iY/fr;

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