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La crise du sida peut être évitée en Afrique

NEW YORK – Lors d'une visite à la plus grande clinique pour les malades du sida d’Ouganda, j’ai récemment assisté à une extraordinaire célébration de la vie. Un groupe de jeunes musiciens africains, âgés de 8 à 28 ans environ, dansaient et jouaient du tambour en chantant. J’ai rarement été aussi ému.

             « C’est notre pays », chantaient-ils

Erdogan

Whither Turkey?

Sinan Ülgen engages the views of Carl Bildt, Dani Rodrik, Marietje Schaake, and others on the future of one of the world’s most strategically important countries in the aftermath of July’s failed coup.

             « Où des gens magnifiques

            Rient et dansent en harmonie.

            Afrique, Oh Afrique ».

Et effectivement ces jeunes riaient et dansaient non seulement en harmonie, mais avec une joie de vivre qui illuminait leurs visages et se communiquait à tous leurs auditeurs. En les écoutant, il était difficile d’imaginer qu’ils auraient aussi bien pu être morts – et l’auraient été si cette clinique n'existait pas.

Chacun de ces musiciens merveilleux vit avec le VIH. Certains sont arrivés si malades à la clinique qu’ils pouvaient à peine marcher. D’autres ne présentaient que des symptômes légers, mais sont venus se faire soigner après avoir été testés séropositifs. Ces mères et pères, sours et frères, enfants et grands-parents étaient tous vivants et en bonne santé pour une seule et unique raison : la Joint Clinical Research Center (Centre de recherches cliniques) de Kampala et les médicaments qu’il dispense.

L’Ouganda a été à l’épicentre de la pandémie du sida. Le fléau s’est ensuite développé pour de bon. Dans ce pays (comme ailleurs en Afrique), ses victimes sont légions. L’Ouganda est pourtant aussi l’histoire d’une réussite. Il y a dix ans, moins de 10.000 personnes bénéficiaient de la nouvelle génération des agents antirétroviraux qui bloquent le développement de la maladie et permettent de mener une vie normale. Aujourd’hui, 200.000 personnes environ bénéficient de ce traitement, en grande partie grâce au soutien généreux des Etats-Unis, dans le cadre de l'initiative PEPFAR (Plan d'urgence américain pour la lutte contre le sida), et du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, basé à Genève.

Des progrès encourageants ont aussi été enregistrés ailleurs. Le Botswana a notamment investi massivement pour offrir un accès universel aux traitements et est sur la bonne voie pour qu’aucun bébé ne naisse plus avec le VIH – ce qui est le cas ailleurs dans le monde, mais pas en Afrique où près de 400.000 enfants naissent porteurs du virus chaque année. L’Afrique du Sud, avec une des prévalences les plus fortes au monde du VIH, a dépensé près d’un milliard de dollars l’an dernier pour une ambitieuse campagne d’assistance et de dépistage destinée à inverser le cours de la pandémie.

Mais le risque est bien réel aujourd’hui de voir ces progrès anéantis. Peter Mugyenyi, qui dirige la Joint Clinical Research Center de Kampala, m’a dit qu’une partie du problème est le poids du nombre. En Ouganda, la moitié seulement environ des malades du VIH/sida reçoivent un traitement, alors que dans le même temps, l’argent nécessaire aux traitements se tarit. A cause de la récession mondiale, certains donateurs internationaux envisagent de mettre fin à leur soutien financier.

Certains pays, comme le Malawi, le Zimbabwe, et le Kenya, ainsi que l’Ouganda, ont demandé une assistance pour un approvisionnement en urgence de médicaments. A Kampala, le Dr. Mugyenyi a commencé à mettre des patients en liste d’attente. Sept millions d’Africains qui devraient être soignés ne le sont pas, sur près de 10 millions de porteurs du VIH dans le monde.

Un facteur aggravant est que certains donateurs ont déplacé la cible de leurs efforts, du sida vers d’autres maladies, dans l’idée que davantage de vies pourraient être sauvées pour un coût moins élevé. Au moment même où nous devrions intensifier la lutte contre le sida, ces efforts sont en perte de vitesse. Dans la riposte globale au sida, la communauté internationale est sur le point de subir une défaite alors qu'elle était au seuil de la victoire.

Ceux qui se sont pleinement engagés dans cette lutte sont aujourd’hui inquiets. Ils craignent que les impressionnants progrès enregistrés au cours de la dernière décennie aient été en vain. « Nous sommes assis sur une bombe à retardement », m’a dit le Dr. Mugyenyi, qui est obligé chaque jour de faire des choix moraux impossibles. Comment décider de soigner une petite fille, mais pas son frère ? Comment expliquer à une maman enceinte, venue à la clinique avec ses enfants, qu’il ne sera pas possible de lui fournir un traitement ?

Il est sûrement possible de faire mieux. A Kampala, j’ai promis à mes jeunes amis musiciens de faire tout mon possible pour leur venir en aide. Les Nations unies ont récemment adopté à Washington un plan d’action sur la santé maternelle et infantile, qui porte également sur le VIH. J’ose espérer que la communauté internationale appuiera unanimement, lors de la Conférence internationale sur le sida en juillet prochain, le lancement par l’ONUSIDA du Traitement 2.0, une nouvelle génération d'options thérapeutiques, qui devra être plus abordable, plus efficace et accessible à tous.

J’assumerai cette année la présidence d’une réunion des donateurs du Fonds mondial, et en cette qualité invite les donateurs à faire sorte que des pays comme l’Ouganda obtiennent le soutien dont ils ont besoin, de manière à ce que le Dr. Mugyenyi et les autres soldats en première ligne de la lutte contre le sida ne soient pas confrontés à des choix impossibles.

J’ai quitté l’Ouganda avec des bribes de chansons qui me restent en mémoire. Leur vérité intrinsèque serait une évidence pour vous aussi si vous aviez été présents pour les entendre :

             « Nous sommes encore utiles

            à notre pays, à nos familles.

            Nous devons juste trouver le moyen de vivre chaque jour

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            Nous devons juste trouver comment survivre en Afrique »

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