0

Les Flèches du Renouveau

PRAGUE: La tour Gothique de la Cathédrale de Saint Vit, Saint Venceslas et Saint Adalbert est une des particularités de Prague. Cette tour est maintenant couverte d’échafaudages car elle est - pour la première fois de son histoire et pour ainsi dire à la onzième heure - en cours de restauration. Les échafaudages masquent temporairement la beauté de la tour ; ce masque, cependant, est destiné à préserver sa beauté éternellement.

On pourrait voir dans ces travaux une analogie avec tous les pays vivant à l’ère post - communiste. Si certains de nos meilleurs atouts ne sont pas véritablement visibles à l’heure actuelle, c’est parce que nos sociétés sont couvertes par les échafaudages de la reconstruction, tandis qu’elles s’efforcent de nouveau – mais cette fois dans la liberté totale - de redécouvrir et de restaurer nos véritables identités.

Erdogan

Whither Turkey?

Sinan Ülgen engages the views of Carl Bildt, Dani Rodrik, Marietje Schaake, and others on the future of one of the world’s most strategically important countries in the aftermath of July’s failed coup.

On pourrait peut-être étendre cette analogie en espérant que, d’une façon plus générale, derrière quelques-unes unes des laideurs de notre monde actuel, se cachent les graines d’un effort pour sauver, préserver et développer de façon créative, les valeurs que nous ont offertes l’histoire de la nature et la race humaine.

Une des caractéristiques vraiment nouvelle de notre civilisation mondiale est qu’elle est fondamentalement athée, malgré les milliards de personnes qui affirment, de façon active ou passive, appartenir à une religion. Les valeurs sous-jacentes de notre civilisation n’ont en effet qu’un rapport très étroit, voire inexistant, avec l’Eternité, l’Infini et l’Absolu, et l’on constate partout une baisse de l’intérêt pour ce qui ce qui arrivera après notre passage ou pour le bien général.

L’Humanité pille les ressources naturelles non renouvelables et joue avec le climat de la planète. L’Humanité devient peu à peu étrangère à elle-même en supprimant graduellement l’existence de communautés et de dimensions humaines appréciables. L’Humanité tolère que le culte du Matérialisme devienne la plus haute valeur, celle à qui tous doivent se soumettre, même la volonté démocratique. Créer de la richesse, en effet, n’a plus aucun rapport avec la création de valeurs réelles et positives.

Cette dégénérescence de l’esprit montre combien notre société est emplie de paradoxes. Elle est ouverte à des possibilités qui, jusqu’à récemment, s’apparentaient à de simples contes de fée. Mais d’un autre côté, elle peine à éviter des dérives qui rendent ces possibilités dangereuses ou les font aboutir à des excès nocifs. Notre civilisation est, par exemple, poussée vers l’uniformité ; mais le fait que nous nous rapprochions les uns des autres donne naissance à un désir de mettre l’accent sur notre différence, qui peut se transformer en un fanatisme religieux ou ethnique sans pitié.

On voit naître de nouvelles formes sophistiquées d’activités criminelles, de crime organisé, de terrorisme, et la corruption est en plein essor. L’écart entre les riches et les pauvres s’agrandit et alors que dans certaines parties du monde, on meurt de faim, dans d’autres, le gaspillage est une sorte d’obligation sociale. Bien entendu, de nombreuses organisations gouvernementales ou non gouvernementales essaient de résoudre ces problèmes. Mais si rien ne change dans la pensée fondamentale qui est à la source du comportement humain contemporain, je crains que les mesures mises en œuvre n’aboutissent à aucune réforme.

Nous entendons souvent parler par exemple du besoin de restructurer l’économie des pays pauvres et du devoir des nations les plus riches à les y aider. Mais il est encore plus important que nous commencions à penser à une autre restructuration, la restructuration du système de valeurs qui constitue le fondement de la civilisation actuelle. C’est de la plus grande urgence pour ceux qui sont mieux lotis matériellement.

L’orientation de la civilisation mondiale actuelle, a, en effet, été déterminée par les nations les plus riches et les plus avancées. C’est pourquoi elles ne peuvent pas tourner le dos à la nécessité de s’engager dans une réflexion critique.

Nous savons qu’il est possible de concevoir des instruments régulateurs ingénieux pour protéger le climat de la Terre, les ressources non renouvelables et la diversité biologique ; de trouver les moyens de s’assurer que les ressources soient utilisées de façon responsable sur leur lieu d’origine ; de préserver les identités culturelles ainsi qu’un développement à l’échelle humaine. Beaucoup de personnes et d’institutions y œuvrent activement.

Mais le renforcement d’un système de standards moraux universels, qui rendra impossible, sur une échelle réellement mondiale, de contourner les règles encore et toujours, est une tâche cruciale négligée à l’heure actuelle. Seuls des standards moraux universels peuvent générer un respect naturel pour les règles que nous définissons. Les actes qui mettent en danger l’avenir de l’humanité ne devraient pas seulement être punis mais aussi considérés comme profondément honteux.

Cela ne sera possible que si nous trouvons, à l’intérieur de nous-mêmes, le courage de forger un ordre de valeurs qui, malgré toute la diversité du monde, puisse être adopté et respecté de façon commune. Cela ne sera possible que si nous reconnaissons dans ces valeurs quelque chose qui va au-delà de notre intérêt immédiat - personnel ou collectif.

Comment réaliser ceci sans une nouvelle et puissante avancée dans la spiritualité humaine ? Que pouvons-nous faire pour encourager une telle avancée ?

Quelles que soient nos convictions, nous sommes tous menacés par notre vision à court terme. Aucun de nous ne peut échapper à la destinée commune. Ceci dit, nous n’avons qu’une possibilité : chercher au fond de nous-mêmes aussi bien que dans notre environnement un sentiment de responsabilité envers le monde et d’humilité devant le miracle de l’Existence, un désir de compréhension mutuelle et de solidarité, une capacité à nous contrôler dans l’intérêt général et à accomplir des actions bénéfiques même si elles restent invisibles et méconnues.

Support Project Syndicate’s mission

Project Syndicate needs your help to provide readers everywhere equal access to the ideas and debates shaping their lives.

Learn more

Permettez-moi de revenir à la Cathédrale de Saint Vit, Saint Venceslas et Saint Adalbert. Pourquoi les hommes d’autrefois construisaient-ils de tels édifices, si peu utiles selon nos critères contemporains ? Une des explications possibles est qu’il s’agissait de périodes de l’histoire où le gain matériel n’était pas la plus haute valeur ; quand l’humanité savait qu’il y avait des mystères qui ne seraient jamais résolus et devant lesquels on ne pouvait que se tenir dans une humble posture d’admiration et, éventuellement projeter cette admiration dans des structures dont les flèches se dressent vers l’azur.

Vers l’azur pour être vues de loin, désignant à tous ce qui mérite d’être regardé. Vers l’azur, à travers les frontières du temps. Vers l’azur, vers ce qui est hors de vue - ce qui, par son existence silencieuse, interdit - à chacun d’entre nous - de traiter le monde comme une source illimitée de profit à court terme, et qui appelle à la solidarité avec tous ceux qui vivent sous cette mystérieuse voûte. Pour commencer à résoudre certains des plus gros problèmes du monde, nous devons nous aussi lever les yeux vers l’azur tandis que nous courbons la tête en signe d’humilité.