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La némésis européenne de David Cameron

LONDRES – Contrairement à certains membres du parti conservateur britannique, le Premier ministre David Cameron ne donnait pas auparavant l’impression d’être obsédé par l’Europe. S’il n’a pas démontré d’enthousiasme pour l’Union européenne, il a clairement semblé moins contrarié par ses supposées injustices que ne le sont de nombreux conservateurs.

Cette position est aujourd’hui difficile à maintenir. Son discours sur l’Europe, dont la gestation a pris six mois, s’il contient des éléments auxquels un grand nombre peut se rallier, prépare également le terrain pour un débat acrimonieux et prolongé – et pas seulement en Grande-Bretagne. Les conservateurs de la Chambre des communes (et au sein du parti en général) veulent être rassurés sur le fait que leur dirigeant partage leur opposition à l’ensemble du processus d’intégration européenne. Ils n’ont ni oublié, ni pardonné sa « traîtrise » lorsqu’il a refusé d’organiser un référendum sur le traité de Lisbonne, signé par son prédécesseur, Gordon Brown. Avec ce discours, Cameron leur a sans doute donné cette assurance.

Le Premier ministre britannique, confronté à une discorde idéologique au sein de son mouvement, devait prendre position sur sa politique européenne. Il lui fallait ensuite trouver des arguments pertinents pour apaiser son parti et les critiques de tous bords, tout en évitant le chaos politique et économique que causerait l’annonce d’un référendum imminent dont l’issue pourrait être la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Le temps qu’il a pris pour décider quoi dire atteste de sa difficulté à résoudre cette quadrature du cercle.

En fait, comme l’a démontré ce discours, la solution qu’il a apporté à son dilemme – obtenir un répit à court terme au risque de rendre plus insolubles encore ses problèmes (et ceux de la Grande-Bretagne) à long terme – n’a rien de nouveau. Il était déjà évident que Cameron souhaitait repousser le plus loin possible dans le temps toute éventualité de référendum. Le fait qu’il tentera, s’il est réélu en 2015, de renégocier les conditions d’adhésion du Royaume-Uni à l’Union européenne apparaît également dans ses précédents discours et interviews.