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Le côté Bush d’Obama

GUANTÁNAMO BAY, CUBA – Des débats sont en cours au Sénat américain pour prendre une décision sur le sort des 240 personnes toujours derrière les barreaux de Guantánamo Bay, et pour savoir ce que deviendront les tribunaux militaires et les mécanismes de détention sans procès mis en place par le gouvernement Bush et par un Congrès accommodant. Le Congrès se penche également sur le devenir du camp de détention créé en 2002 pour les hommes présumés « les pires du pire » dans un cadre que les représentants de Bush qualifient volontairement d’« espace extra juridique ».

Ces débats du Sénat ne sont-ils en fait que la façade d’une nouvelle réalité tout aussi mauvaise – et à certains égards pire – que l'ancienne ? Les tribunaux militaires sans procès équitables sont encore opérationnels. Le président Barack Obama a certes libéré quelques prisonniers, notamment les Ouïgours chinois, et envoyé un autre prisonnier à New York pour un véritable procès, mais il affirme aujourd'hui, et cela fait froid dans le dos, être sur le point de recourir à la « détention préventive », qui lui donnerait pleins pouvoirs pour enfermer indéfiniment un nombre non précisé de prisonniers sans inculpations ni procès.

A l’occasion d'une visite à Guantanamo, Joe DellaVedova, porte-parole du ministère de la Défense, m’a indiqué que des groupes d'experts examineraient les dossiers des détenus jusqu'à la fin de l'année. A l’issue de cet examen, les détenus seront répartis entre trois catégories : ceux qui seront jugés dans des tribunaux pénaux aux Etats-Unis ; ceux qui seront libérés et envoyés dans d'autres pays ; et ceux « qui ne pourront être libérés ni jugés et devront donc être détenus indéfiniment... Ce que l'on qualifie de « détention préventive ».

J'étais stupéfaite. Le commentaire de Vedova laisse entendre que le processus d'examen est une simple mise en scène politique. Si les accusations contre les détenus font réellement l'objet d'un examen, comment peut-on savoir à l'avance que la troisième catégorie sera nécessaire ? La détention préventive à durée indéterminée est, bien entendu, la base de l'État policier.