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Des emplois technologiques pour l’Afrique

KIGALI – Quelle valeur ajoutée l’économie numérique apporte-t-elle à l’Afrique ? Les grandes entreprises de technologie ont toutes des plans stratégiques pour lancer leurs produits sur les marchés d’Afrique, mais bien peu envisagent de fournir aux Africains ce dont ils ont vraiment besoin : des emplois dans l’économie du futur.

La population africaine devrait doubler d’ici 2050, passant de 1,2 milliard à 2,4 milliards. Pendant ce temps, les géants technologiques de la Silicon Valley et des autres centres de recherche et développement internationaux auront utilisé leurs immenses réserves de liquidités pour transformer l’économie mondiale avec des innovations comme la voiture sans conducteur ou les apports du génie génétique, voire la colonisation de l’espace.

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Mais pour les Africains qui voudraient jouer un rôle dans la façon dont ces technologies influenceront leurs vies, les perspectives ne sont guère réjouissantes. Où que l’on regarde, le tableau est le même. Les logiciels ou les applications libres ont été utiles. Dans certains cas – le courriel, le mapping et les réseaux sociaux – ils ont fait avancer les choses. Mais cela ne se traduit jamais, ou presque, en termes de propriété localisée dans la région. Même si les ventes de produits technologiques s’envolent sur le continent, on ne compte presque aucun emploi technologique créé pour les Africains. Et la Silicon Valley pourrait bientôt connaître le même genre de protestations que celles qui se sont fait entendre en réaction aux difficultés que semble avoir Hollywood à promouvoir le talent des acteurs noirs.

Les entreprises technologiques reconnaissent l’importance de l’Afrique, où vivra bientôt un quart de la jeunesse mondiale. Certaines entreprises asiatiques, comme Samsung ou Huawei, sont très présentes sur le continent et sont probablement sur le point de dépasser leurs concurrents américains, pourtant plus médiatisés, dans la course pour y introduire l’Internet des objets, dont on parle tant. Microsoft et IBM ont des programmes qui ciblent l’Afrique, et General Electric voudrait, affirme-t-elle, devenir le « géant industriel numérique » du continent. Twitter, Facebook et Google se sont taillé la part du lion dans le trafic numérique en Afrique, en ne dépensant quasiment rien.

Apple y est pourtant presque anecdotique, avec une part de marché qui n’atteint pas 3% (les ventes d’iPhone y sont toujours inférieures à celles du malheureux Blackberry). L’entreprise n’a pas manifesté la moindre intention de concevoir un produit abordable pour le marché africain.

En ce qui concerne les emplois, les autres entreprises technologiques semblent aussi peu investies qu’Apple. Les collaborateurs afro-américains de Twitter, de Facebook ou de Google tiendraient tous ensemble dans un seul Airbus A380. Les cadres d’origine africaine sont encore plus rares dans ces trois sociétés emblématiques – et ne sont pas plus nombreux dans les autres entreprises. Ceux qui y ont trouvé un poste sont souvent déçus. « C’est assez déprimant d’avoir du talent quand vous être africain et que vous travaillez dans une entreprise de la Silicon Valley », nous a confié un cadre supérieur africain lors d’un entretien. « Vous finissez par partir parce que vous en avez assez de vous battre pour obtenir de l’attention et un peu d’autorité alors qu’on ne cesse de vous rappeler quelle chance vous avez de travailler dans un tel environnement. »

En Afrique, les occasions d’emploi sont infinitésimales. Twitter n’a pas d’activités en Afrique. Google n’emploie, sur tout le continent, que cent personnes. Et le seul bureau africain de Facebook fonctionne avec moins de cinquante personnes – à peine ce qu’il faut pour un supermarché de taille moyenne.

Même si l’on peut nourrir quelque méfiance pour les pratiques qui tendraient à ne faire fonds que sur la main-d’œuvre régionale, l’écart entre la disponibilité des produits technologiques sur les marchés de consommation et celle des emplois afférents sur les marchés du travail africains commence à devenir préoccupant. Les projets dédiés – comme Internet.org, lancé par Facebook –, sont conçus pour n’employer que des collaborateurs expérimentés, qui sont presque toujours des expatriés.

Les entreprises technologiques ne perdent pas une occasion de vanter les emplois qu’elles prétendent créer en Afrique, faisant au passage la publicité pour leurs programmes de formation et leur concours de startups. Google a promis de former un million d’Africains aux techniques du numérique. Mais quelle valeur accorder aux formations technologiques si les emplois technologiques ne suivent pas ?

On répète aux jeunes diplômés africains, en science, en mathématiques ou en ingénierie, qu’ils peuvent s’en sortir en devenant eux-mêmes entrepreneurs. Mais le continent manque des capitaux et des consommateurs en nombre suffisant qui offrent aux entrepreneurs des pays développés une petite chance au moins de voir réussir leur startup technologique. Si l’on ne leur propose pas des emplois de début de carrière, qui leur permettront de développer leurs talents et de gravir les organigrammes, les diplômés africains prendront encore plus de retard.

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Proposer de vrais emplois pour construire une force de travail régionale est dans l’intérêt de tous. C’est la seule voie de pérennisation des marchés africains – et c’est ainsi que se créera le vivier des entrepreneurs africains de demain.

Traduction François Boisivon