24

On joue avec le feu !

PARIS – Depuis juillet les marchés financiers espèrent que la situation économique et les perspectives géopolitiques mondiales ne vont pas s'aggraver, ou bien que dans ce cas les banques centrales soutiendront l'économie et les marchés en injectant à nouveau des liquidités et en procédant à une phase de relâchement de la politique monétaire supplémentaire. Les bonnes nouvelles (ou meilleures que celles que l'on attendait) ont donc redynamisé les marchés. Cependant les mauvaises nouvelles ont joué le même rôle, parce qu'elles augmentent la probabilité que les responsables des banques centrales qui servent de pompiers - tels Ben Bernanke, le responsable de la Réserve fédérale américaine, et Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne - inondent les marchés de flots de liquidités.

Mais les marchés qui se redressent qu'elles que soient les nouvelles, sont instables. Si la situation économique s'aggrave et si la confiance à l'égard de l'efficacité des responsables politiques chute, des phases durant lesquelles les investisseurs inquiets ne prennent aucun risque vont probablement réapparaître.

Dans la zone euro, la décision de la BCE d'aider les pays en difficulté en achetant potentiellement sans limite leurs obligations a suscité l'euphorie. Pourtant cela n'a pas changé la règle du jeu, mais simplement permis aux dirigeants politiques de gagner du temps pour appliquer les mesures difficiles indispensables pour résoudre la crise. Or les défis politiques sont impressionnants : la récession de la zone euro s'aggrave, alors que les mesures de consolidation budgétaires supposées résoudre la crise continuent à s'appliquer et que le crédit reste toujours sévèrement rationné. Les banques de la zone euro et le marché des dettes publiques se balkanisent de plus en plus, il va donc être extrêmement difficile de parvenir à une union bancaire, budgétaire et économique, tout en poursuivant une politique macroéconomique destinée à restaurer la croissance, la balance extérieure et la compétitivité.

Même le soutien de la BCE n'est pas évident. Les faucons de la politique monétaire (la Bundesbank et d'autres banques centrales au cœur de la zone euro) qui craignaient un nouveau mandat sans limite précise pour la BCE ont obtenu que les achats des obligations des pays en difficulté fassent l'objet de conditions draconiennes qui leur permettent de suspendre leurs achats au cas où elles ne seraient pas remplies.