Christopher Furlong/Getty Images

L’histoire britannique du Brexit

LONDRES – Depuis le 23 juin 2016, quand les électeurs britanniques ont réclamé, avec 52 % des suffrages exprimés, le retrait de l’Union européenne, le débat sur le « Brexit » empoisonne la politique au Royaume-Uni. Quoique le référendum sur le Brexit ne fût pas juridiquement contraignant, le Premier ministre d’alors, David Cameron, qui espérait un vote en faveur du maintien – le « Remain » –, avait promis d’en respecter le résultat. Le Royaume-Uni, qui avait tardé à rejoindre l’UE, sera le premier État membre à la quitter, la date de son départ étant fixée pour le mois de mars 2019.

Les partisans du Remain reprochent d’une part à Cameron de s’être montré imprudent en décidant du référendum et incompétent en l’organisant, d’autre part aux partisans du Brexit d’avoir abreuvé de mensonges les électeurs. Plus profondément, le vote en faveur du Brexit peut être considéré comme la conséquence d’une révolte des paysans, de chaque côté de l’Atlantique, qui s’est exprimée en France, en Hongrie, en Italie, en Pologne, en Autriche, et bien sûr aux États-Unis. Chacune de ces explications a son intérêt, mais aucune ne prend en compte les racines spécifiquement britanniques du Brexit.

La Grande-Bretagne a dû faire face seule, en 1940, à une Europe continentale dominée par Hitler, et c’est l’épisode de son histoire récente dont la mémoire est célébrée avec le plus de ferveur. Des années plus tard, Margaret Thatcher se faisait l’écho du sentiment britannique, à la manière emphatique dont elle était coutumière : « Voyez-vous – me dit-elle un jour – quand nous leur rendons visite, ils sont là. » Malgré l’intention affichée de l’ancien Premier ministre Tony Blair, La Grande-Bretagne ne fut jamais « au cœur » de l’Europe : elle était elle-même. Durant leurs quarante-deux années dans l’UE, les Britanniques ont toujours été un partenaire embarrassant, eurosceptique. Le soutien de l’opinion à l’inclusion du pays dans l’UE n’a été que très brièvement majoritaire et, en 2010, il était tombé sous les 30 %. Tenu à cette époque, un référendum aurait probablement dégagé une majorité plus importante encore en faveur de la séparation.

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