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Le divorce difficile de la Grande-Bretagne

LONDRES – Alors que la Grande-Bretagne a officiellement déclenché les tristes négociations qui vont la conduire à s’exclure elle-même du jeu politique et économique européen, la Première ministre Theresa May refuse d’employer le mot « divorce » pour nommer la procédure en cours. À juste titre, se pourrait-il, pense ma femme, retirée du barreau, qui fut avocate en droit de la famille et médiatrice. Car nous laissons au domicile familial une bonne part de notre histoire et de l’argenterie de famille, mais aussi de notre avenir économique. Le divorce, dans une telle situation, n’est pas véritablement le bon choix.

La Grande-Bretagne n’est pas l’île que certains voudraient qu’elle soit, du moins pas autant qu’ils le voudraient. De notre famille régnante (qui est allemande) à nos exportations (massivement tournées vers l’Europe), nous avons contribué à façonner le reste de cette Europe occidentale, qui, en retour, nous a profondément influencés, et dont nous ne sommes séparés que par les 20 miles (33 kilomètres) du Strait of Dover – le Pas de Calais –, distance décidément considérable ces jours-ci.

Pourquoi donc partons-nous ? La cause en est un mélange de frustrations et d’illusions, d’imposture et d’obstination. Nous en avions assez de l’incapacité de l’Europe à relever les grands défis – de la compétitivité à l’immigration – autrement qu’en renforçant son pouvoir central.

En outre, nos dirigeants politiques, acceptant apparemment toutes les critiques faites à son encontre, qui n’étaient bien souvent qu’un tissu de mensonges, faisaient le jeu, depuis des années, de ceux qui sont hostiles à l’UE. Nous refusons de nous voir tels que nous sommes : une puissance moyenne qui ne décide plus grand-chose dans le monde. Nous nous laissons trop facilement convaincre qu’on ne peut être patriote sans être nationaliste.