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Qui a tué Wall Street ?

Ces jours-ci, il n’est pas nécessaire de se donner beaucoup de mal pour se montrer sceptique à l’égard du monde de la finance. Tentons donc de nous souvenir à quel point la logique des innovations financières, à l’origine de la débâcle actuelle, nous semblait séduisante il n’y a pas si longtemps.

En premier lieu, personne n’a vraiment d’objection à ce que le marché du crédit serve la cause des propriétaires potentiels. Nous commençons donc par mettre en œuvre une réelle concurrence entre les prestataires des prêts hypothécaires. Nous permettons à des organismes, qui ne sont pas des banques, de faire crédit et de proposer des prêts hypothécaires plus créatifs, plus abordables aux acheteurs éventuels et avec lesquels les prêteurs conventionnels ne traitent pas.

Nous faisons ensuite en sorte que ces prêts soient regroupés sous forme de titres adossés à des actifs qui puissent être vendus à des investisseurs, réduisant ainsi le risque du processus. Puis nous divisons davantage encore la chaîne des créances sur ces prêts hypothécaires en tranches de risques divers, en compensant les détenteurs de la variété la plus risquée avec des taux d’intérêt plus élevé. Nous demandons alors aux agences de notation de crédit de certifier que les titres adossés aux prêts hypothécaires les moins risqués sont suffisamment sûrs pour que les fonds de pension et les compagnies d’assurance investissent dans ces titres. Si certains sont encore un peu nerveux, nous créons des produits dérivés qui permettent aux investisseurs de souscrire une assurance contre un défaut de paiement des émetteurs de ces titres.

Difficile de trouver mieux pour faire l’apologie des avantages de ces innovations financières ! Grâce à elles, des millions de familles moins aisées et jusqu’alors en marge ont accédé à la propriété, les investisseurs ont encaissé les intérêts de leurs créances et les intermédiaires, leurs commissions et honoraires. Un rêve devenu réalité, auquel un grand nombre de financiers, économistes et politiciens ont cru jusqu’à il y a un an et demi.