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La nécessaire transparence du Kremlin

En Russie, les élections sont généralement l'occasion d'une crise politique, ainsi la réélection de Boris Eltsine à la présidence en 1996 semblait destinée à écarter une possible résurrection du communisme, non par la révolution mais par les urnes. Par contre, les élections à la Douma (l'Assemblée nationale russe) se déroulent habituellement sans problème. La campagne qui vient de s'achever et le scrutin qui vient d'avoir lieu se sont déroulés dans l'indifférence et le silence, un silence de mort.

Le président Poutine est omnipotent aujourd'hui en Russie. Au point que s'il n'y avait eu en octobre l'arrestation et l'emprisonnement de Mikhail Khodorkovsky, le magnat du pétrole qui a eu l'outrecuidance de verser de l'argent aux deux partis libéraux d'opposition, les élections à la Douma n'auraient suscité grand intérêt ni en Russie ni à l'étranger. Cette arrestation n'a guère retenu l'attention de la population, qui par ailleurs n'attend plus grand chose des élections pour l'aider à échapper aux difficultés de la vie quotidienne. Mais cette arrestation a ébranlé la confiance mise en Poutine sur le plan international, tout en éveillant des craintes pour leur liberté parmi les autres membres de l'oligarchie russe et chez les partisans de la démocratie.

Plus grand est le pouvoir, plus grand est le risque d'en abuser assurait déjà Edmond Burke en 1771. Poutine a plus de pouvoir entre ses mains que n'importe quel autre leader élu démocratiquement et la manière dont il l'exerce est maintenant source d'inquiétude. La maxime de Lord Acton sur l'effet corrupteur du pouvoir ne s'applique pas encore, mais l'avertissement de Burke est d'actualité.

Le poste présidentiel crée par Boris Eltsine à ses fins personnelles il y a une dizaine d'années, - il a encore pris de l'importance quand ses tanks ont maté la fronde de la Douma en 1993 - donne à Poutine un étonnant degré de liberté en le dispensant d'avoir à rendre des comptes. Contrairement au président américain ou mexicain, il n'a pas besoin de faire les yeux doux à un Congrès retranché derrière le principe de la séparation des pouvoirs. Contrairement au Premier ministre britannique ou espagnol, il ne peut être destitué par un vote des députés. Contrairement au chancelier allemand, il n'est pas contraint de créer une coalition avec un partenaire qui limite sa liberté d'action. Contrairement à Berlusconi en Italie, Lula au Brésil ou Koizumi au Japon, il n'est pas confronté à des luttes internes à l'intérieur de son propre parti.