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La Turquie et l’avenir de l’Europe

LONDRESCeci est mon dernier papier pour un moment. J’ai accepté la présidence de BBC Trust – l’autorité stratégique de l’une des plus importantes organisations audiovisuelles du monde. Je dois donc prendre un engagement sicilien d’omerta sur les questions controversées durant le terme de mon mandat. Ce qui se traduirait par des commentaires ennuyeux : je préfère donc poser ma plume.

Elle est dans ma main alors que j’observe le Bosphore en ce scintillant matin de mars. Hier, quelques flocons de neige sont tombés sur Istanbul. Mais aujourd’hui, le soleil scintille sur les eaux jusqu’aux côtes asiatiques de la ville ; les mouettes planent dans la brise ; un grand paquebot vogue majestueusement en direction du nord vers la mer Noire. C’est le genre de journée où l’on se sent heureux d’être en vie.

Mais je me sens toujours ainsi à Istanbul, une ville remarquable dans laquelle se sont forgés tant de pans de l’histoire mondiale. Et c’est la ville dans laquelle pourrait se façonner l’avenir de l’Europe – Istanbul, pas Bruxelles, Paris, ou Berlin. Laissez moi vous expliquer.

L’identité politique actuelle de l’Europe a émergé de son histoire récente. Au dix-neuvième siècle, la population du continent est passée d’un cinquième à un quart de la population mondiale. Cela a permis aux pays européens de dominer le siècle en tant que puissances coloniales expansionnistes. Mais cela a aussi créé des pressions concurrentielles pour l’espace de vie, beaucoup de luttes se cristallisant en un antagonisme entre la France et une Allemagne émergente.