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Vers une véritable Union économique et monétaire ?

FRANCFORT – Depuis la création de l'Union Économique et Monétaire (UEM) de l'Europe, aucun progrès vers l'unification politique n'a été fait, ni n'a même vraiment été tenté. Maintenant que la crise actuelle de l'Europe a convaincu de nombreuses personnes que les arrangements institutionnels existants ne sont pas durables, cela va peut-être bientôt changer. Mais est-ce bien souhaitable ?

D'après les présidents de la Commission européenne, le Sommet de la zone euro, l'Eurogroupe, la Banque centrale européenne et le Parlement européen, la réponse est oui. En effet, dans un rapport récent, ils en appellent à progresser vers une UEM « profonde, authentique et équitable » : une union économique, financière, budgétaire et une union politique qui fournisse la fondation au reste « par une authentique responsabilité démocratique, par la légitimité et par le renforcement institutionnel. » Le rapport fait écho à des propositions semblables d'universitaires, de journalistes et d'autres fonctionnaires publics et en particulier à celle du Président français François Hollande.

À mon avis toutefois, le rapport, tout comme la proposition de créer un poste de ministre européen des finances, est fondamentalement vicié. Bien que le rapport contienne un certain nombre d'observations importantes, son hypothèse sous-jacente (que les étapes vers l'ensemble de ses objectifs doivent être menées en parallèle, et qu'une véritable union politique doit apparaître à la fin du processus), est problématique. Après tout, l'établissement d'une union politique exigerait des amendements aux constitutions et dans la plupart des pays, des référendums nationaux. Mais les électeurs sont loin d'être enthousiastes à l'idée de céder davantage de pouvoirs à l'Europe.

Initialement l'union monétaire était censée propulser l'Europe vers l'union politique. Mais l'euro n'est plus une devise commune forte qui renforce une identité européenne partagée. Au contraire, l'euro est à présent la source d'un profond ressentiment entre les peuples européens : un ressentiment qui, 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, était censé avoir été écarté.