Wednesday, April 16, 2014
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Les Conséquences d'une guerre contre l'Irak

La guerre contre l'Irak semble inévitable, avec ou sans le soutien de l'ONU. Le coût économique d'une telle guerre pourrait se révéler astronomique, aussi bien pour les dépenses militaires américaines directes et leurs conséquences que pour les retombées indirectes que cela entraînerait sur l'économie mondiale. Cette guerre s'inscrirait sur fond de situation économique mondiale déclinante et accentuerait ses faiblesses, la projetant peut-être dans une récession. Les séquelles économiques de la guerre pourraient très bien dépendre du contexte diplomatique. Si l'Amérique agit seule, les coûts probables de cette guerre pour l'économie mondiale seront plus élevés que si elle obtennait le soutien de l'ONU.

Les coûts de la guerre doivent être mesurés à l'aune du coût des alternatives disponibles. Le coût élevé d'une guerre n'est certainement pas une bonne raison pour ne pas passer à l'action, particulièrement face au grave risque que représente l'acquisition, et l'utilisation éventuelle, d'armes de destruction de masse par l'Irak. Pourtant, se lancer dans la guerre là où les moyens diplomatiques (inspections des stocks d'armes, menace d'une réplique face à une agression irakienne ou encore empressement de l'ONU à réagir si l'Irak représente une menace imminente) devraient suffire et pourraient entraîner des coûts économiques (et d'autres encore) importants qui pourraient être évités.

Une vision traditionnelle et orthodoxe de la guerre part du principe que toute guerre stimule l'économie, du moins à court terme. Mais cette vision simpliste de l'économie de guerre est trop étroite pour décrire les effets possibles d'une guerre contre l'Irak. Nous devons aussi admettre que la guerre contre l'Irak, même limitée, pourrait profondément gêner la circulation mondiale des biens, des services, des investissements sur lesquels notre économie mondiale repose aujourd'hui.

Ces effets perturbateurs pourraient d'une part affaiblir la production mais aussi ébranler la confiance des investisseurs et des consommateurs, limitant ainsi l'investissement privé et les dépenses des ménages. La stimulation macroéconomique directe qui se produirait suite aux dépenses militaires pourrait très bien être débordée par les incertitudes et les perturbations qui accompagneraient un conflit armé.

De telles incertitudes sont déjà visibles. Les prix du pétrole sont montés de quelques dollars par baril depuis la fin de l'été. Depuis juin, les places boursières des États-Unis et du monde entier ont baissé d'environ 20% en terme de dollar. Chaque mouvement d'escalade vers une possibilité de conflit armé a eu tendance à pousser toujours plus les marchés à la baisse.

L'économie mondiale moderne repose sur un réseau complexe de connexions économiques internationales, et ces connexions sont directement menacées par la guerre. La guerre poserait des risques évidents et directs pour le transports des marchandises, en particulier le transport du pétrole du Moyen-Orient.

Les coûts élevés pourraient accentuer plus encore la baisse de la circulation mondiale des capitaux qui s'est déclenchée voilà deux ans, depuis la fin du boom du marché boursier américain. Le déclin des flux internationaux s'est intensifié après les attaques du 11 septembre de l'année dernière. L'investissement étranger direct s'est raréfié dans de nombreuses régions en développement et les marchés émergeants qui dépendent de ces flux de capitaux, l'Amérique latine tout particulièrement, ont vu leur économie projetée dans des crises financières sans cesse renouvelées.

Même si l'économie américaine peut bénéficier à court terme d'une stimulation de la demande suite à l'augmentation des dépenses militaires, le reste du monde, non. La plupart des pays n'en ressentirait que les effets négatifs : le dérèglement des échanges, l'augmentation des prix du pétrole, le retrait des capitaux internationaux, les coupes dans les programmes d'investissement, sans qu'aucune stimulation directe ne vienne les compenser.

La situation macroéconomique de l'Amérique est également inquiétante. Les politiques fiscales du gouvernement Bush, associées à l'éclatement de la bulle financière américaine de la fin des années 1990, ont poussé l'Amérique sur une trajectoire fiscale instable. Contrairement aux excédents budgétaires s'étalant « à perte de vue » dont elle bénéficiait par le passé, l'Amérique souffre aujourd'hui d'un énorme déficit budgétaire qui perdurera dans les années à venir. La guerre contre l'Irak pourrait facilement créer une envolée de ces déficits budgétaires.

L'accroissement des déficits budgétaires empoisonnera la politique intérieure des États-Unis et mènera à une impasse budgétaire, qui à son tour pourrait mener à une perte de confiance des consommateurs. Les dépenses des ménages ayant représenté le dernier rempart de l'économie américaine depuis l'éclatement de la bulle financière, la guerre contre l'Irak pourrait rompre le dernier point d'appui de sa stabilité économique.

Il est évident que les politiciens américains gardent un as « caché dans la manche ». Ils sont convaincus que la guerre sera courte, ne requièrant pratiquement aucun effort, et s'auto-financera, dès que les États-Unis gagneront de facto le contrôle des réserves de pétrole irakien, ce qui fera baisser les prix du baril mais financera aussi la reconstruction d'après-guerre en Irak. Une possibilité attrayante mais certainement peu probable. L'Irak d'après-guerre pourrait se montrer instable même en cas de guerre éclair. L'autre scénario possible est l'énorme incertitude et le désarroi qui se répandraient à travers tout le Moyen-Orient, avec des perturbations majeures des approvisionnements pétroliers pour des raisons politiques si ce n'est militaires.

Les coûts géopolitiques d'une guerre unilatéralement décidée par les États-Unis seraient encore plus élevés. Une guerre éclair réussie soutenue officiellement par l'ONU offre de meilleures chances pour empêcher des retombées économiques négatives importantes. Une guerre qui opposerait l'Amérique au reste du monde pourrait semer le doute sur les progrès de la mondialisation, dans les négociations commerciales en particulier. De plus, si les États-Unis agissent seuls, il ne fait aucun doute que les coûts d'après-guerre que l'Amérique supportera seule seront également plus élevés. Des dissensions ouvertes et politiques profondes entre l'Amérique et les autres principaux pays entraîneront une perte de confiance chez les investisseurs et saperont la stabilité de l'économie mondiale.

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