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Demain, une Europe morcelée ?

PRINCETON – Alors qu'un nouveau sommet n'a apporté aucun résultat, les dirigeants européens seraient bien inspirés d'imaginer à quoi ressemblera leur continent - et le monde - s'ils ne parviennent pas à trouver une solution efficace à la crise financière et économique de l'Europe. Qu'est-ce qui arrivera en cas de désintégration de la zone euro et de celle alors quasi inévitable de l'UE ?

Le meilleur endroit pour envisager cette question n'est pas Bruxelles, mais Tiraspol, la capitale de l'entité autoproclamée indépendante de République moldave de Transnistrie. C'est en 1991, après la dissolution de l'Union soviétique (presque 300 millions d'habitants) que ce confetti d'un  demi-million d'habitants a déclaré son indépendance de la Moldavie (quatre millions d'habitants) qui elle-même s'est détachée de l'Ukraine (50 millions d'habitants) en 1940.

La Transnistrie est dotée d'un gouvernement, d'un Parlement, d'une armée, d'une Constitution, d'un drapeau et d'un hymne national d'un lyrisme de style soviétique et bien entendu de sa propre monnaie de manière à disposer de tous les éléments constitutifs d'une nation. Cette entité politique est l'équivalent en politique du phénomène physique de fragmentation. Quand elle est soumise à des tensions, une surface importante se fragmente en morceaux de grande taille qui à leur tour se fragmentent en morceaux de plus en plus petits.

Des six grands pays de l'UE, seule la France dispose d'un système politique centralisé bien défini. Le centralisme polonais s'en rapproche, mais de fortes différences régionales persistent - un héritage des trois grands systèmes impériaux très différents que la Pologne a connus au 19° siècle.