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Nigeria : l’occasion perdue

La première tentative depuis l’indépendance du Nigeria de transférer le pouvoir d’un gouvernement civil à un autre s’est terminée de manière grotesque. En effet, l’élection présidentielle a dégénéré en une grossière opération de truquage des bulletins de vote et d’intimidation des électeurs.

En conséquence, la victoire de Umaru Yar’Adua, le candidat du parti au pouvoir, le Peoples Democratic Party (PDP) et le successeur désigné du président Olusegun Obasanjo, est aujourd’hui vivement contestée. Les principaux candidats de l’opposition - le général Muhammadu Buhari, du All Nigeria Peoples Party (ANPP), Patrick Utomi du African Democratic Party (PPA), Atiku Abubakar de l’Action Congress (AC) et Orji Uzor Kalu du Progressive Peoples Alliance (PPA) – ont rejeté les résultats et appelé les Nigérians à manifester pacifiquement. Les observateurs, tant occidentaux que nigérians, ont estimé que le scrutin avait été entaché d’irrégularités flagrantes.

Bien que les autorités américaines aient affirmé qu’elles ne soutiendraient pas Obasanjo si les élections étaient truquées, c’était un secret de polichinelle, avant même le scrutin, que le PDP falsifierait les résultats pour se maintenir au pouvoir. Obasanjo a eu les mots « ça passe ou ça casse » pour qualifier ces élections et a clairement laissé entendre que seul Yar’Adua lui succéderait. Mais même dans ce contexte, l’ampleur et l’impudence de la fraude, sans précédent, ont donné une idée de l’acharnement d’Obasanjo.

Obasanjo a en effet toutes les raisons d’être inquiet. En mai dernier, l’Assemblée nationale a rejeté sa tentative d’amender la constitution afin de pouvoir briguer un troisième mandat. Il a aussi essayé de faire rayer des listes électorales son vice-président, Atiku Abubakar, sous prétexte de corruption, mais la Cour suprême a estimé qu’il était un candidat légitime.