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Repenser le mercantilisme

CAMBRIDGE – Un homme d’affaires entre dans le bureau d'un ministre pour lui demander de l'aide. Que doit faire le ministre ? L’inviter à prendre un café et lui demander ce que le gouvernement peut faire pour lui ? Ou le renvoyer sous prétexte que le gouvernement ne doit pas rendre service au monde des affaires ?

Cette question est une sorte de test de Rorschach pour économistes et décideurs politiques. D’un côté se trouvent les partisans d’un marché libre et les économistes néo-classiques, qui croient en une ferme séparation entre l'état et le monde des affaires. A leurs yeux, le rôle du gouvernement est d’établir des règles et des règlements stricts et de laisser les entreprises marcher ou crever dans leur coin. Les fonctionnaires devraient se détacher de leurs propres intérêts sans jamais essayer de faire ami-ami avec l’autre monde. Après tout, c’est le consommateur, et non le producteur, qui est roi.

Cette vision reflète une honorable tradition qui remonte à Adam Smith et se taille encore une belle place dans les manuels d'économies d’aujourd’hui. C’est aussi le point de vue qui prédomine dans les systèmes de gouvernance états-unien et britannique et dans d'autres sociétés régies par les principes anglo-américains – même si, en réalité, une certaine déviation des idéaux s’est opérée.

Il existe d’autre part des corporatistes ou néo-mercantilistes (si vous me passez l’expression), qui considèrent tout partenariat entre le gouvernement et le monde des affaires d’une importance capitale à la bonne marche économique et à l’harmonie de la société. Dans ce cas, l’économie a besoin d’un état très à l’écoute des entreprises qui, si nécessaire, graisse les rouages du commerce en offrant des mesures incitatives, des aides, voire des avantages discrétionnaires. Etant donné que l’investissement et la création d'emploi sont des garants de la prospérité économique, le gouvernement devrait avoir pour objectif de rendre les producteurs heureux. Les règles rigides des décideurs politiques distants étouffent à peine l’esprit bestial des affairistes.