hadaslebel18_LIONEL BONAVENTUREAFP via Getty Images_french protest women Lionel Bonaventure/AFP via Getty Images

Réforme des retraites : une nouvelle bataille française

PARIS – Un an après la crise des « gilets jaunes », la France doit faire face à un nouveau conflit, lié cette fois à la réforme des retraites. Plus de quarante-cinq jours de conflit -un record- ponctués par des manifestations à répétition, et surtout par de graves perturbations du système des transports publics, notamment dans la région parisienne. Il n’y aura même pas eu de trêve pour Noël et les fêtes de fin d’année. Pour les deux sociétés nationales concernées, celle des chemins de fer (SNCF) et  celle du métro et bus parisiens (RATP), les pertes cumulées dépassent le milliard d’euros. Le manque à gagner est lourd pour plusieurs secteurs de l’économie française. La grève a cessé dans le secteur des transports, mais le conflit n’est pas encore achevé. A l’origine de ces perturbations, la protestation contre l’ambitieux projet d’Emmanuel Macron tendant à la refondation du système français de retraites. 

De fait, l’architecture actuelle du système des retraites est caractérisée par une multiplicité de régimes utilisant des techniques de calcul de droits différents et des paramètres encore plus variés, surtout si l’on y inclut les régimes de la fonction publique et une douzaine de régimes spéciaux, encore plus dérogatoires, en vigueur notamment dans les entreprises publiques de transport en commun. Aboutissement d’un long processus historique d’extension de la protection de vieillesse, le système français, dont les principes ont été mis en place au lendemain de la seconde guerre mondiale, est organisé en régimes structurés sur une base socio-professionnelle. Il en résulte une inévitable complexité et bien des inégalités de situation.

Le nouveau système proposé par le gouvernement, sur la base des engagements électoraux d’Emmanuel Macron, est particulièrement audacieux. Il ne revient certes pas sur le principe de la retraite par répartition, fondé sur la solidarité entre générations, et selon lequel les prestations de retraite d’une année donnée sont financées par les cotisations sociales prélevées la même année sur les salariés en activité.  Il maintient l’âge d’ouverture des droits à la retraite, fixé depuis 2010 à 62 ans. De même, le nouveau système ne devrait pas faire baisser le poids élevé -nettement plus élevé qu’ailleurs en Europe- des retraites dans le PNB français, soit environ 14 %. Mais la réforme proposée, dite « systémique », est profondément différente de toutes les réformes précédentes, qui visaient surtout à équilibrer financièrement le système par des mesures dites « paramétriques ». Elle conduit à la mise en place d’un système universel dans lequel, selon le propos du Président, « un euro cotisé doit donner les mêmes droits à tous ». Ainsi, les mêmes règles devraient s’appliquer à tous les actifs, quels que soient leur profession ou leur statut : salariés du privé, fonctionnaires, salariés des entreprises publiques, agriculteurs, membres de professions indépendantes, élus politiques et jusqu’au président de la République. Le même niveau de cotisation est  prévu pour la totalité des revenus jusqu’à 120000 € par an, une pension minimale de 1000 € étant prévue pour une carrière complète au salaire minimum.

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