0

A quoi bon la crise ?

Tandis que la crise financière mondiale touche le fond, la frustration politique va croissant. En effet, l’écroulement conjoncturel offre une dernière chance de promouvoir un coup de théâtre, que nous pourrions bien manquer. L’année dernière, le chef de cabinet à la Maison Blanche Rahm Emanuel a fait noter qu’il fallait toujours tirer profit d’une crise. Car, une catastrophe donne l’occasion de repenser à la marche du monde et à l’améliorer de manière substantielle – tout en prévenant d’autres crises éventuelles. La population est amenée à beaucoup réfléchir, mais il arrive parfois qu’elle pense tant que les réponses apportées soient contradictoires.

La vaste palette de diagnostics et remèdes en tous genres montre justement que cette crise est bien ancrée. Les débats politiques passionnés soulevés par les divergences d'interprétation semblent aussi rendre la crise insoluble. Ce sont ces différends, plutôt qu’une déficience technique des rouages économiques, qui ont fait de la Grande Dépression de 1930 un événement si désastreux et destructeur.

Il existe deux types de réponses à une crise. Le premier vise à réorganiser les institutions, afin de supprimer inefficacité et mesures perverses et de rendre le fonctionnement de l’économie plus efficace et harmonieux. Le second , plus radical, s’efforce d’améliorer, non pas l’économie, mais la manière dont nous gérons notre propre vie.

Aucune solution institutionnelle n’est strictement sans conséquence pour le revenu relatif. Or le débat politique est axé sur le revenu relatif et les richesses qui en découlent. Les opérations de sauvetage soulèvent constamment la controverse, car elles profitent à certains mais pas à d’autres. Renflouer les producteurs automobiles est bénéfique aux employés et fournisseurs. Mais tout le monde finit par en accuser le coût, y compris les sociétés non subventionnées – sans doute car elles sont plus efficaces – qui se retrouvent par conséquent en concurrence désavantageuse.