25

La Dernière Digue face au populisme

JÉRUSALEM – Il fut un temps, immédiatement après la réunification allemande, en 1990, où nombre de Français avaient peur de l’Allemagne. Mais les Allemands, aujourd’hui, n’ont pas tant peur de la France que pour la France. Dans le sillage du référendum de juin au Royaume-Uni sur le Brexit et de la victoire de Donald Trump aux élections présidentielles américaines début novembre, la France pourrait elle aussi succomber aux forces destructrices du populisme, si les électeurs choisissaient la candidate d’extrême-droite Marine Le Pen comme future présidente.

Quand bien même les Allemands seraient flattés que la chancelière Angela Merkel soit considérée par les médias américains comme « le dernier rempart de l’Occident libéral » – une île de stabilité sur un océan démonté –, c’est une chose d’être considérée comme le meilleur élève de la classe – l’Allemagne y est habituée –, c’en est une autre de s’apercevoir qu’on est le seul élève qui réponde à l’appel.

Si les États-Unis « sèchent » les cours, il restera effectivement peu d’élèves dignes de ce nom. Et si Trump a fait marche arrière sur certaines des promesses les plus radicales de sa campagne, il est peu probable qu’il renonce à « l’Amérique d’abord ». Il en ressort que les États-Unis sont peut-être sur le point de rompre irrémédiablement avec soixante-dix ans d’universalisme et d’engagement dans les affaires du monde.

La situation n’est pas meilleure en Europe. La Pologne emboîte le pas à la Hongrie sur la voie de l’illibéralisme. L’Autriche, autre voisin de l’Allemagne, pourrait fort bien s’apprêter à élire le candidat d’extrême-droite, du parti nationaliste dit « de la Liberté », Norbert Höfer, à la présidence. Et les Britanniques sont purement et simplement en train de quitter l’Union européenne.