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Passer de l’endettement aux marchés de capitaux en Chine

HONG KONG – Une série de commentaires récents ont mis en garde contre la hausse vertigineuse de la dette de la Chine, qui a bondi de 148% du PIB en 2007 à 249% à la fin du troisième trimestre de 2015. Beaucoup soulignent anxieusement que la dette de la Chine est désormais comparable à celle de l'Union européenne (270% du PIB) et des États-Unis (248% du PIB). Ont-ils raison de s'inquiéter?

Dans une certaine mesure, oui. Néanmoins, bien que les préoccupations des observateurs ne soient pas entièrement sans fondement, il est beaucoup trop tôt pour sonner l'alarme du risque systémique. Comme un récent rapport HSBC le souligne, les raisons de l’accumulation rapide de la dette de la Chine, qui est concentrée dans les secteurs des entreprises et des administrations locales, donnent à penser que la situation est loin d'être aussi dangereuse que ce beaucoup ne prétendent.

Tout d’abord, la Chine a un taux d'épargne très élevé – supérieur à 45% au cours de la dernière décennie, beaucoup plus élevé que dans les économies avancées – qui lui permet de supporter des niveaux d'endettement plus élevés. En outre, le système bancaire de la Chine demeure le canal principal pour le déploiement de l'épargne du secteur des ménages, ce qui signifie que cette épargne finance l'investissement des entreprises par le biais des prêts bancaires, au lieu d’un financement direct sur les marchés financiers (qui ne représente que 5% de l'investissement net). En effet, la forte accélération du ratio dette sur PIB est en partie attribuable au sous-développement relatif du marché des capitaux chinois.

Une fois que ces facteurs sont pris en compte, le niveau d'endettement global de la Chine ne semble pas anormalement élevé. Bien que la dette puisse mettre en difficulté les entreprises chinoises à capacité excédentaire et faible productivité, elle ne devrait pas être un problème pour les entreprises à croissance rapide, ainsi que les secteurs et les régions productifs. Plus généralement, la Chine a fait récemment des progrès dans le renforcement de la productivité du travail, en encourageant l’innovation technologique, et l’amélioration de la qualité des services dans les zones urbaines clé, en dépit de la répression financière sévère et l’accès insuffisant au financement pour les entreprises privées de petite et moyenne taille.